Blogue 015 : Obligations et choix

Les obligations et choix religieux

David Rand

Ce volet du blog LPA traite d’un sujet qui est au cœur de la question des accommodements dits « raisonnables » qui sont, à vrai dire, principalement des accommodements religieux, c’est-à-dire des demandes de privilège à accorder à un groupe de croyants.

Le langage que nous utilisons pour exprimer nos idées – ou, plus précisément, les idées que nous avons reçues de notre milieu, souvent sans nous en rendre compte – est parfois teinté de certains préjugés dont nous ne sommes pas toujours conscients. Que nous soyons athées ou croyants, nous avons l’habitude de répéter des phrases comme, « Les adhérents de la religion X doivent montrer le comportement Y. », sans nous rendre compte que de tels énoncés légitiment implicitement le faux principe de l’« obligation » religieuse.

La réalité est que « Les adhérents de la religion X choisissent de se comporter selon Y. » Ce simple changement de langage pourrait nous éviter bien des malentendus et bien des ennuis. Au minimum, il nous aiderait à mieux réfléchir sur la laïcité.

Considérons les énoncés suivants représentant des exemples communs de tromperies verbales religieuses :

  • Les musulmans pieux doivent prier 5 fois par jour (la salât).
  • Les chrétiens pieux doivent s’abstenir de manger gras durant le Carême.
  • Les juifs pieux doivent s’abstenir de travailler durant le Chabbat.
  • Les Sikhs initiés doivent porter les cheveux longs, la barbe, le kirpan, le turban et un caleçon spécifique.

Le problème avec chacun de ces énoncés est que le mot « doivent » implique une obligation qui n’en est pas une. Il faudrait remplacer « doivent » par « choisissent de » ou même « peuvent choisir de »

En effet, si la liberté de religion a un sens réel, alors les « obligations » religieuses ne sont jamais des obligations. Ce sont des choix. Le croyant choisit de respecter les contraintes imposées par sa foi – ou plutôt, les contraintes que sa religion essaie traditionnellement de lui imposer. Par contre, si la personne croyante est réellement obligée — par sa famille, par sa communauté, par autrui — de suivre certaines pratiques religieuses, alors elle est ainsi privée de sa liberté de conscience. Cela veut dire que le croyant doit assumer ses choix et être responsable des pratiques religieuses qu’il choisit de suivre. Les institutions de l’État laïque ne sont pas obligées de s’accommoder de ces contraintes virtuelles. C’est le croyant qui doit s’accommoder en assumant le coût de ses croyances et de ses pratiques religieuses, parce que c’est lui qui les a choisies.

Les croyants sont des adultes et responsables de leurs choix. Il est inacceptable que les autres soient contraints à s’y adapter ou à s’y accommoder, car cela représenterait une atteinte à la liberté de conscience des autres. (Je ne parle ici que des adultes. Les enfants ne devraient pas être associés à une religion particulière. Il devrait y avoir un âge de consentement pour l’adhésion à une religion. Mais cela est un sujet important à traiter séparément.)

Si les croyances personnelles intangibles (c’est-à-dire religieuses) de l’individu sont incompatibles avec les exigences d’un emploi d’État, il incombe à l’individu de s’adapter. L’État ne doit pas être contraint d’accommoder l’individu. Par exemple, si un croyant porte normalement un vêtement particulier et que ce vêtement est incompatible avec la tenue qu’il doit porter en tant qu’employé d’État, alors cet individu doit se plier aux exigences de l’emploi durant son service. Toutefois, ce qu’il porte en dehors de ses heures de travail, c’est son affaire.

Le turban Sikh dans la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) en est un exemple. Malheureusement, la décision a été prise, il y a plusieurs années déjà, d’accorder un privilège aux officiers de religion sikhe, un privilège dont les autres officiers de la GRC ne jouissent pas : les Sikhs peuvent porter le turban que leur religion les « oblige » à porter. Si cette tenue était permise pour l’ensemble des officiers, peu importe leur croyance ou incroyance, il n’y aurait aucun problème. Mais dans les circonstances actuelles, il s’agit d’une discrimination basée sur l’adhésion à une religion particulière. C’est inexcusable. S’il existe un uniforme pour l’ensemble des officiers, cet uniforme devrait être porté par tous et toutes, sans variante majeure – c’est le sens même du terme « uniforme » ! –, seulement des variantes mineures nécessaires pour s’ajuster aux critères réels comme la taille ou le sexe de la personne.

Car l’« obligation » pour un Sikh de porter le turban n’est pas une obligation réelle. C’est un choix que fait l’individu. S’il n’accepte pas d’enlever ce vêtement religieux durant ses heures de service, alors ce choix équivaut (ou devrait équivaloir) à la décision de se priver de la possibilité de devenir officier de la GRC. Si vous me protestez qu’un vêtement comme le turban sikh ne peut être convenablement enlevé au début des heures de travail et renfilé à leur fin, je vous répondrai que ce problème incombe à la personne qui choisit de le porter. Ce n’est pas aux autres de résoudre cette difficulté causée entièrement par une croyance intangible.

Même dans le cas d’un emploi d’État sans uniforme, il est inacceptable que l’employé ou l’employée porte un symbole religieux indiscret durant ses heures de service. Le même principe s’applique au voile islamiste. Porté par des clientes des services d’État ou ailleurs en public, cela ne dérange pas. (Je ne parle pas ici du voile intégral, qui lui, pose problème à peu près partout en public !) Mais il est inacceptable qu’une employée d’État, en service et donc agente de cet État, porte un symbole si partisan et si ostentatoire de son adhésion à une religion.

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