Blogue 084 : Amalgamer race et religion relève de l’incompétence

David Rand

2017-06-14

Ce texte est paru dans les Huffington Post Québec le 16 juin 2017.

Récemment le terrorisme islamiste a fait des ravages dans plusieurs pays. Maryam Namazie, militante laïque britannique et ex-musulmane d’origine iranienne, constate 21 attentats dans la première semaine de juin. Selon le site TheReligionofPeace, depuis 30 jours les ravages du terrorisme islamiste s’élèvent à presque deux cents attaques dont seulement une faible proportion dans les pays occidentaux. Il fait bien plus de victimes dans les contrées musulmanes. L’​extrémisme islamiste n’est extrême que du point de vue rationnel, car l’​islamisme suit les préceptes écrits en toutes lettres dans le coran qui invite ses adeptes à tuer les mécréants.

La récente attaque sur le pont de Londres représente la troisième en Angleterre depuis le mois de mars. Dans ses remarques à ce sujet, la Première ministre britannique Theresa May a fait ce que beaucoup de politiciens n’osent jamais : elle a identifié explicitement l’ennemi qui l’a perpétrée, soit « l’idéologie de l’extrémisme islamiste ». Justin Trudeau s’est limité à déclarer que cet incident n’avait aucun sens, ce qui est faux, car il avait bel et bien un sens, c’est-à-dire une motivation : l’islam politique.

Car le privilège de cette idéologie politico-religieuse, cette variante intégriste de l’islam appelée couramment islamisme, est tel qu’elle jouit d’un traitement de faveur de la part d’un grand nombre de gens prétendument de gauche — la gauche dite régressive ou multiculturaliste — au point où il est devenu tabou de nommer explicitement cet islamisme par peur d’offenser les musulmans. Ce privilège n’est aucunement justifié. Qui m’accuserait de « christianophobie », ou d’insulter tous les chrétiens, si je déclarais que le vice-président des États-Unis est un intégriste chrétien, un partisan du christianisme politique ?

…le but est de diffamer et de faire taire ses adversaires : les fausses accusations de racisme qui s’appuient sur la confusion entre race et religion.

Cette gauche islamolâtre est une véritable nuisance car elle empêche de faire un sain débat sur la place de la religion dans nos sociétés. Une explication de ses origines outrepasserait le cadre de ce court blogue. Je voudrais parler plutôt d’une des stratégies principales de cette gauche, une stratégie dont le but est de diffamer et de faire taire ses adversaires : les fausses accusations de racisme qui s’appuient sur la confusion entre race et religion.

Nous en avons vu un exemple récemment lors du congrès de Québec Solidaire où la militante voilée Dalila Awada a accusé de Parti Québécois de racisme pour avoir prôné la laïcité.

Mais un exemple encore plus frappant nous a été donné le 25 mars 2017 lorsque plusieurs organismes et individus ont signé et fait paraître une déclaration intitulée « Lutte contre le racisme: des paroles aux actes ». Un paragraphe en particulier illustre bien le problème :

« S’il n’existe pas de races au sens biologique du terme, on conviendra qu’il existe une construction sociale qui racialise les citoyens. Il existe un système social qui fait en sorte qu’une personne est défavorisée dans la société par sa couleur de peau, sa religion ou ses origines. Ce système, qui produit et reproduit des inégalités entre citoyens sur la base de leur racialisation, est appelé racisme systémique. »

Ce paragraphe, suivi par un appel à la mise sur pied d’« une commission de consultation publique sur le racisme systémique », révèle pourtant une ignorance du concept de race et une incompréhension totale de la distinction capitale entre race et religion.

Les scientifiques sont un peu réticents à utiliser le terme « race » dans le cas des êtres humains, sans doute à cause de plusieurs abus politiques de ce terme, les plus spectaculaires étant les nazis et l’esclavage dans le sud des États-Unis. Toutefois, la notion de race existe bel et bien en biologie. Il s’agit d’une classification taxonomique à l’intérieur d’une sous-espèce. Les races sont des groupements aux frontières assez floues. Les différences entres races humaines sont infimes comparées à ce que celles-ci ont en commun. Le racisme consiste en l’exagération de ces différences et surtout en l’hypothèse que certains de ces groupements seraient « supérieurs » ou « inférieurs » à d’autres.

Les auteurs de cette déclaration donne une définition de « racisme systémique » qui confond trois critères — la couleur de peau, l’appartenance religieuse et l’origine géographique — dont seulement le premier est un indicateur de race. En particulier la religion n’est pas une race. Tandis que la race est une caractéristique innée, codée dans les gènes, l’appartenance religieuse est un attribut acquis, comme une opinion politique, qui peut changer du jour au lendemain. Mais nul ne peut changer son héritage génétique. Confondre ces deux critères est une imposture.

La seule façon d’éviter cette distinction serait de jeter la liberté de conscience par-dessus bord et de remonter aux origines tribales des religions. À ses débuts, le christianisme, par exemple, était pratiqué surtout par des Juifs, tandis que l’islam se pratiquait chez des Arabes. Mais ces deux religions sont très prosélytes et ont des prétentions universalistes, ayant pour but de recruter et de convertir le plus de gens possible, indépendamment de toute race ou de toute ethnie, ce qu’elles ont effectivement fait. Il s’ensuit que quiconque accepte le principe de liberté de conscience doit forcément abandonner ce lien historique et tribal entre groupe racial ou ethnique et appartenance religieuse, c’est-à-dire entre tribu et religion.

Donc, après avoir évacué le concept de race de tout son sens, cette déclaration la réinvente en l’associant à l’appartenance religieuse, et ce afin de « racialiser » les croyants pour que leur croyance devienne une caractéristique essentielle qui doit être acceptée comme immuable et indiscutable. Les religions deviennent ainsi intouchables. De plus, avec son utilisation du terme « islamophobie », ce racisme imaginaire, la déclaration accorde à une religion particulière la jouissance de ce privilège.

Ils font l’amalgame entre race et religion, une confusion qui implique la non-reconnaissance de la liberté de conscience (y compris la liberté de religion et la liberté de s’affranchir de la religion) et un retour au tribalisme religieux de l’Antiquité.

Les auteurs et signataires de cette déclaration prétendent lutter contre le racisme. Mais de toute évidence ils ne savent même pas ce que c’est que la race et encore moins le racisme. Ils font l’amalgame entre race et religion, une confusion qui implique la non-reconnaissance de la liberté de conscience (y compris la liberté de religion et la liberté de s’affranchir de la religion) et un retour au tribalisme religieux de l’Antiquité. Les auteurs de cette déclaration se révèlent incompétents (ou malhonnêtes, ou les deux), et en matière de race, et en matière de religion, et les signataires endossent ainsi cette incompétence.

Voilà une posture qui ne nous aide absolument pas à faire face aux sérieux défis posés par la violence religieuse, par le racisme (le vrai) et par les inégalités sociales. Au contraire, elle nuit sérieusement en semant, volontairement ou non, la confusion totale. Cette posture est typique du discours de la gauche régressive qui accuse ses adversaires de faire l’amalgame entre les extrémistes et l’ensemble des musulmans, tandis que cette même fausse gauche fait l’amalgame liberticide entre race et religion.

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