Blogue 104 : Les lois anti-blasphème tombent, mais l’Islam demeure indemne

David Rand

2018-11-02

Deux récentes nouvelles, une bonne, l’autre mauvaise, révèlent une tendance actuelle très inquiétante lorsque l’on les considère côte à côte.

Dans un référendum tenu le 26 octobre dernier, l’Irlande a voté solidement (65 %) en faveur de l’abolition du délit de blasphème. Dans ce pays, si connu pour sa forte tradition catholique, il s’agit du troisième référendum récent où l’électorat a rejeté un élément-clé de la doctrine catholique. En mai de cette année, les Irlandais ont voté massivement (66 %) pour l’abrogation d’une provision de la constitution qui interdit l’avortement dans presque toutes les circonstances. Et en mai 2015, ils ont voté décisivement (61 %) pour la reconnaissance du mariage entre couples de même sexe. Décidément, l’Irlande met le cap sur la modernité.

Mentionnons aussi, en passant, que le Congrès de députés de l’Espagne vient de voter en faveur de l’abrogation d’une loi qui pénalise les « offenses contre les sentiments religieux ». Le Danemark a abrogé sa loi anti-blasphème le 2 juin 2017. La Norvège a abrogé la sienne en mai 2015, par suite de l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier de la même année.

Mais, la veille même du plus récent référendum irlandais, la Cour européenne de droits de l’homme (CEDH) a rendu une décision (E.S. v. AUSTRIA) qui va tout à fait dans un sens contraire. La CEDH a confirmé la condamnation d’une Autrichienne pour incitation à l’intolérance religieuse pour avoir déclaré, lors d’un séminaire public, que Mahomet était pédophile, étant donné son mariage avec une fillette de six ans, un mariage consommé à l’âge de neuf ans. La Cour donne ainsi raison à la justice autrichienne qui a condamné cette citoyenne pour « dénigrement de doctrine religieuse ». Selon la CEDH, la liberté d’expression dans ce cas est limitée par l’importance de protéger les « sentiments religieux » et de préserver la « paix religieuse ». Cette décision constitue une atteinte flagrante contre la liberté d’expression et un retour du délit de blasphème sous une nouvelle appellation.

Un pas en avant, un pas en arrière

Donc, nous avons deux événements, presque simultanés, l’un, le référendum irlandais, qui fait reculer l’obscurantisme religieux en abrogeant un délit de blasphème, l’autre, la décision de la CEDH, qui conforte cet obscurantisme en censurant des propos sous prétexte de ne pas offenser les sentiments religieux. Il y a toutefois une différence majeure entre les deux : la disposition irlandaise abrogée, quoique s’appliquant en principe à toutes les religions, visait évidemment la religion chrétienne, et plus précisément catholique, étant donné les traditions de ce pays ; mais la décision de la CEDH s’applique à un dogme islamique, soit le fait de faire une assertion qui critique le soi-disant prophète de cette religion. Donc l’obscurantisme chrétien recule, mais l’obscurantisme islamique avance.

Remarquons aussi que la législature espagnole et la CEDH utilisent toutes les deux un langage semblable, soit celui de protéger le « sentiment religieux ». Mais la première veut abroger cette protection, tandis que la seconde l’entérine. Et dans le cas espagnol, ainsi que les cas danois et norvégien, il s’agit encore une fois d’un recul de la religion dans un pays de tradition chrétienne.

Pourquoi la Cour européenne aurait-elle fait une décision si rétrograde ? Dans une entrevue accordée au magazine français Le Figaro, Délit de blasphème : « La CEDH n’est pas Charlie ! », Grégor Puppinck, directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) qui est intervenu dans cette affaire pour défendre la plaignante, déclare :

« Cette décision est grave à mes yeux. D’abord parce qu’elle se résigne à l’intolérance et même à la violence des musulmans face à la critique, et qu’elle renonce à défendre fermement la liberté d’expression sur l’islam. En fait, c’est la violence même des musulmans qui justifierait et exigerait que leurs croyances soient davantage protégées contre les critiques. »

Au fait, la décision de la CEDH aurait justifié la condamnation des caricatures de Charlie Hebdo et de bien d’autres.

Mais cette même Cour a statué deux fois récemment pour protéger le droit de s’exprimer librement lorsqu’il s’agissait de croyances chrétiennes. En janvier 2018 elle a refusé de condamner des publicités en Lituanie qui représentaient le Christ et Marie comme des junkys et elle a statué en faveur de la liberté d’expression des Pussy Riots qui ont manifesté bruyamment dans une église orthodoxe de Moscou.

La situation au Canada

Ici au Canada, nous constatons une tendance semblable. Avec le projet de loi C-51, le gouvernement fédéral s’apprête à abroger la loi anti-blasphème, soit l’article 296 du Code criminel. Mais ce même gouvernement a adopté, le 23 mars 2017, la Motion M-103 qui condamne la soi-disant « islamophobie » et fait la fausse amalgame entre race et religion. De plus, le Comité permanent du patrimoine canadien, ayant reçu le mandat de se pencher sur ce prétendu phénomène auquel on donne le très douteux titre de « racisme systémique et la discrimination religieuse », a émis un rapport qui approfondi dangereusement cette confusion entre race et religion, ouvrant la porte toute grande au détournement des programmes anti-racistes au profit des religions.

Nous remarquons aussi, que la législature de la province de Saskatchewan vient tout juste de marquer sa rentrée par une prière musulmane.

Donc, dans un pays à tradition chrétienne, le délit de blasphème est à la veille de disparaître. Mais simultanément, on prend des mesures pour protéger la religion, et spécifiquement la religion islamique, contre la critique. Le délit de blasphème sort par la porte, mais reviens par la fenêtre, et sous une forme spécialement adaptée pour favoriser l’Islam.

Le retour de tous les intégrismes

La décision de la Cour européenne, ainsi que la position de ceux et celles qui s’opposent à toute interdiction des signes religieux portés par les fonctionnaires, s’appuient sur le même socle : faire primer la liberté de religion sur tout autre droit, c’est-à-dire, accorder à la religion un privilège indu. C’est extrêmement dangereux.

Nous pouvons être sûrs que les autres religions surveillent jalousement les privilèges accordés spécifiquement à l’Islam et essaieront d’en profiter en réclamant des avantages semblables. En privilégiant l’intégrisme musulman, nos politiciens préparent le retour de tous les intégrismes, y compris, bien entendu, le chrétien.


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