Blogue 107 : Prévenir la violence antimusulmane

David Rand

2019-03-20

Nous sommes toujours sous le choc de cet horrible attentat terroriste qui a eu lieu à Christchurch en Nouvelle Zélande, le vendredi 15 mars, et qui a fait une cinquantaine de morts et autant de blessés. Même si la période de deuil est loin d’être achevée, il est essentiel de réfléchir à la façon de prévenir des attaques semblables à l’avenir.

Des similitudes avec le massacre de la mosquée de Québec, le 29 janvier 2017, ont été évoquées. Mis à part le fait que le nombre de victimes de la récente attaque est beaucoup plus élevé, il y a tout de même des différences importantes.

Le tueur de Christchurch a eu des motifs manifestement idéologiques. Je n’ai pas eu l’occasion de lire son long manifeste, mais il semble y exprimer un désir de vengeance envers des attaques islamistes, ainsi qu’un fort racisme de type suprémacisme blanc. Deux observations sautent immédiatement aux yeux. Primo, il met bêtement tous les musulmans dans le même panier, les associant tous à la frange la plus violente et extrémiste. Secundo, il considère que cette catégorie de gens se distingue des soi-disant « blancs », comme si l’appartenance religieuse constituait une race. Où a-t-il pu aller piger une telle idée saugrenue ? Peut-être chez les multiculturalistes, c’est-à-dire les communautaristes, qui s’allient si allègrement avec les religions et défendent si farouchement les privilèges religieux.

Mais le tueur de Québec, par contre, n’avait pas de mobiles racistes et était motivé surtout par la peur. Il n’était pas motivé par le suprémacisme blanc, malgré les allégations tendancieuses d’une certaine « gauche » qui racialise tout et voit du racisme partout. C’était un jeune homme, psychologiquement instable, qui avait été la cible d’intimidation durant toute sa courte vie et qui craignait le terrorisme islamiste.

[…] un immense cadeau pour l’islam politique […]

Ces distinctions étant précisées, les deux attaques ont toutefois plusieurs aspects en commun. Chacune des deux tueries était anti-musulmane, chacune a fauché de nombreuses vies et en a laissé meurtries plusieurs autres, des victimes innocentes tuées et blessées. Et chacune a été, malheureusement mais évidemment, un immense cadeau pour l’islam politique, qui mène une campagne sans relâche contre la laïcité, contre les valeurs des Lumières et contre toute critique de la religion que ce mouvement d’extrême droite instrumentalise. Malgré la (ou peut-être à cause de) la nature antimusulmane de l’attaque, ce mouvement, épaulé par la complaisance des communautaristes, en a profité au maximum pour jouer les victimes. Si les islamistes eux-mêmes avaient planifié clandestinement ces deux attaques, ils n’auraient pas pu mieux faire pour faire avancer leur programme.

Nous l’avons vu en 2017 avec, entre autres, la motion M-103, qui a suivi de près la tuerie de Québec, dont le but était de mettre une chape de plomb sur toute critique de l’islam en condamnant la soi-disant « islamophobie », tandis que le vrai problème est la violence anti-musulmane. Et nous le voyons encore aujourd’hui, dans la foulée de l’attentat de Christchurch. Les néozélandaises sont invitées à porter le hijab ce vendredi 22 mars ; cette absurde idée est extrêmement irresponsable, car cela montrera une solidarité avec l’islamisme, non pas avec les Musulmanes. La stratégie des islamistes est toujours : (1) amalgamer critique de la religion et violence contre les croyants et (2) confondre race et religion, les deux afin de salir toute opposition à leur programme.

La violence religieuse antireligieuse

L’idée que la critique des dogmes d’une religion soit la cause de la violence contre les adhérents de cette religion ne tient tout simplement pas la route.

La critique du christianisme n’est pas la cause des attentats contre les chrétiens et contre les Églises — p.ex. au Moyen-Orient ou au Nigeria. Au contraire, ces actes anti-chrétiens ont surtout été motivés par l’islam politique. La critique du judaïsme ne se trouve pas parmi les diverses causes de gestes anti-juifs. Au contraire, les causes principales sont plutôt l’antisémitisme classique du genre nazi qui s’inspire grandement du christianisme luthérien, auquel il faut ajouter les dogmes anti-juifs de l’islam ainsi que la confusion avec l’antisionisme pratiquée par une certaine gauche.

Il est évident qu’une cause majeure de la violence contre des communautés religieuses, peut-être la cause principale, c’est la religion elle-même, c’est-à-dire la concurrence religieuse. Cette concurrence ne s’opère pas au niveau des croyances, mais plutôt au niveau de l’appartenance : c’est-à-dire que les personnes sont visées, non pas les dogmes. Les chrétiens de droite n’aiment pas les musulmans et les juifs, les juifs intégristes n’aiment pas les musulmans et les chrétiens, les islamistes en veulent aux juifs et aux chrétiens — et, en passant, tous les trois détestent les incroyants qui, eux, se taisent et ne font rien.

Depuis plusieurs années et pour diverses raisons, la plupart de nos politiciens et grands médias véhiculent une idée fixe, une pensée unique à l’égard de l’islam : quiconque ose émettre la moindre inquiétude à l’égard de cette religion ou qui ose suggérer des liens entre cette dernière et sa variante politique islamiste est immédiatement la cible d’intimidation, subit un flot d’accusations calomnieuses de racisme, d’« islamophobie », d’intolérance, de xénophobie, d’affinité avec l’extrême droite et une pléthore d’autres infamies.

[…] lorsque tout espoir d’un débat sain de ces questions est étouffé, alors ces inquiétudes finiront par s’exprimer de façon explosive, avec un risque accru de violence […]

Lorsque le peuple n’a plus le droit d’exprimer ses inquiétudes légitimes ouvertement, sans violence, lorsque tout espoir d’un débat sain de ces questions est étouffé, alors ces inquiétudes finiront par s’exprimer de façon explosive, avec un risque accru de violence perpétrée par les gens les plus instables ou radicalisés. Ce n’est pas pour rien que le tueur de Québec est passé à l’acte durant la gouvernance du PLQ, ce parti qui s’est opposé férocement à la Charte de la laïcité en diffamant tous ceux et celles qui l’appuyaient.

Une mesure nécessaire pour favoriser la paix sociale et réduire les risques d’extrémisme est justement la laïcité, c’est-à-dire une nette séparation entre les religions et l’État. D’abord, c’est la bonne chose à faire pour protéger les citoyens contre les visées politiques des religions. De plus, en poursuivant la laïcisation de l’État, le public voit que les autorités d’État prennent au sérieux leurs inquiétudes légitimes à l’égard de l’ingérence religieuse dans les institutions d’État.

Pour résumer, rien ne justifie la thèse selon laquelle la violence anti-musulmane serait causée par la critique de l’islam. Au contraire, c’est plutôt le censure sociale et légale de cette critique qui en est responsable. Cette violence fait le jeu des deux mouvements d’extrême droite mutuellement opposés : l’extrême droite islamiste et l’extrême droite classique qui s’apparente au christianisme. Ces deux extrêmes se nourrissent mutuellement et sont tous les deux nourris par le communautarisme qui nous empoisonne la vie avec ses obsessions racialistes.

Voici, donc, quelques suggestions pour réduire les risques de violence causée par cette concurrence religieuse malsaine :

  • Contrôler des armes à feu.
  • Arrêter de stigmatiser la critique des religions en général et de l’islam en particulier.
  • Arrêter la racialisation de la religion (p.ex. l’imposture des accusations d’islamophobie).
  • Être solidaires des apostats — ceux de l’islam en particulier, car cette religion nie la liberté de conscience.
  • Séparer les religions de l’État, y compris l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique.
  • Promouvoir l’universalisme au lieu du communautarisme.

2 commentaires sur “Blogue 107 : Prévenir la violence antimusulmane
  1. Pierre Thibault dit :

    Excellent!

    « tous les trois détestent les incroyants qui, eux, se taisent et ne font rien. » Nous, nous sommes incroyants et nous ne faisons pas rien. Il serait donc mieux de dire « tous les trois détestent les incroyants qui, eux, très souvent, se taisent et ne font rien.»

    « Ce n’est pas pour rien que le tueur de Québec est passé à l’acte durant la gouvernance du PLQ, ce parti qui s’est opposé férocement à la Charte de la laïcité en diffamant tous ceux et celles qui l’appuyaient. » Cet extrait devrait être nuancé. On pourrait suggérer PLQ a alimenté les craintes mais, on ne peut pas affirmer que le PLQ en soit la cause. C’est un peu en contradiction avec « C’était un jeune homme, psychologiquement instable, qui avait été la cible d’intimidation durant toute sa courte vie et qui craignait le terrorisme islamiste. » où l’aspect psychologique prédomine.

    • David Rand dit :

      Pierre, merci pour ton commentaire.
      Toutefois, je ne prétend pas que le PLQ soit « la cause » de l’attentat de Québec !! Ce serait vraiment exagéré. La cause, c’était le tueur, celui qui portait des armes.
      Mais je dis que le PLQ, QS, les partis fédéraux et la « gauche » régressive et anti-laïque ont tous et toutes réussi a instauré un climat de désespoir en accusant les pro-laïques de tous les péchés. Ce climat de désespoir a, à mon avis, empêché les gens d’exprimer leurs inquiétudes de façon saine dans des débats. Le couvercle de la marmite était bien trop serré disons.
      Avec le projet de loi 21 du gouvernement actuel (mars 2019), la situation est heureusement bien changée et il y a de l’espoir pour du progrès vers la laïcité.

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