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Blogue 076 : Faudrait-il interdire le burkini ?

Posted By jean.meslier On 2016-08-26 @ 11:23 In | 6 Comments

David Rand

2016-08-28

Les vêtements ostentatoires islamistes (que certains appellent, imprécisément, « musulmans ») sont encore au coeur de l’actualité. Récemment Hillary Clinton, candidate à la présidence américaine, a félicité, par le biais de Twitter, l’athlète olympienne Ibtihaj Muhammad d’être la première américaine à porter le hijab en compétition, comme si cela constituait un progrès valable. Lors des mêmes jeux de Rio 2016, toutes les membres de l’équipe égyptienne féminine de volleyball de plage portait le hijab.

Mais le plus grand brouhaha autour de cette question des vêtements islamistes provient de la France, où le premier ministre Valls vient d’approuver, informellement du moins, la décision de plusieurs maires de villes côtières de bannir le soi-disant burkini des plages publiques. Le burkini est une sorte de maillot de bain, pour femme, qui couvre entièrement le corps sauf le visage.

Avant d’exprimer une opinion à ce sujet, il est essentiel de rappeler quelques préalables qui doivent être pris en considération lors de toute discussion autour des symboles et vêtements d’inspiration religieuse.

  1. D’abord, il faut reconnaître que l’islam politique est actuellement en campagne pour imposer ses symboles, ses tenues vestimentaires et ses valeurs partout où il peut trouver une ouverture et particulièrement en France, pays-phare de la laïcité à laquelle les islamistes s’opposent farouchement. La promotion des divers vêtements pour femmes tels que le burkini, le hijab, le tchador, le niqab, la burka, etc., fait partie de cette campagne d’islamisation. Toute femme qui porte volontairement un vêtement de ce type participe un tant soit peu à cette campagne de provocation et d’exhibitionnisme identitaire et s’associe ainsi aux courants les plus rétrogrades et les plus politisés de l’islamisme. Mais généralement les musulmanes se voient obligées de porter ce genre de vêtements ; il s’agit rarement d’un choix.
  2. Toute opposition intégrale aux codes vestimentaires—exprimée normalement par le pseudo-argument qu’il ne faille pas dire à quiconque comment il ou elle doit s’habiller—est irrecevable. Des codes vestimentaires se trouvent un peu partout dans plusieurs domaines de la vie, comme le travail, le sport, les cérémonies, etc. On peut discuter de la pertinence d’une contrainte particulière dans des circonstances particulières, mais il est irrationnel de penser que l’on puisse se passer de toute règle en tout temps et en tout lieu. De plus, il est non seulement irrationnel mais tout à fait injuste d’accorder aux religions le privilège de faire exception aux règles.
  3. S’il est normal qu’il y ait des divergences d’opinion, si on peut légitimement s’opposer à un code vestimentaire spécifique, il est toutefois inacceptable de lancer des accusations gratuites de « racisme » ou de « xénophobie » ou d’« intolérance » ou d’« islamophobie » contre ceux et celles dont le seul « péché » est de prôner un code. De telles accusations ne sont que de la diffamation. Nous avons vu ce comportement odieux ici au Canada lors du débat sur le port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté, où plusieurs politiciens sans scrupules ont versé dans la démagogie en traitant de « racistes » ceux et celles qui prônaient l’interdiction des couvre-visage dans ce contexte. Dans la presse britannique, on a approfondi la sottise, allant jusqu’à accuser de « misogynie » les maires qui ont interdit le burkini. Quiconque pratique ce genre de diffamation ne fait que fournir la preuve de son manque d’intégrité intellectuelle.
  4. La liberté de religion n’implique pas un « droit » le pratiquer sa religion en tout temps et en tout lieu. Au contraire, cette liberté doit s’exercer en privé, dans sa vie privée, ou dans des lieux de cultes avec ses coreligionnaires. Des contraintes sur l’exhibitionnisme identitaire dans les lieux de travail (surtout dans la fonction publique), ou dans les cérémonies d’État, ou dans des compétitions sportives officielles par exemple, sont non seulement envisageables mais souhaitables, à condition que ces contraintes s’appliquent également à l’ensemble des religions. Au fait, pour que cette application soit égalitaire, il n’est même pas nécessaire que les autorités sachent ce qui est « religieux » et ce qui ne l’est pas ; il suffit de refuser tout accommodement, toute dérogation aux normes, sans motif valable, et les motifs religieux ne sont à peu près jamais valables car s’appuyant sur des pseudo-besoins fictifs.

Or, étant donné ces préalables, que peut-on penser de la décision de prohiber le burkini sur les plages publiques de certaines villes françaises ? Moi, je m’opposerais à cette prohibition pour la simple raison que le burkini ne couvre pas le visage et il s’agit d’un contexte de vie privé (même si l’endroit est public). Si on voulait bannir le burkini, il faudrait aussi bannir le hijab et le tchador dans la rue et partout en public, et cela constituerait une contrainte draconienne à mon avis. Mais quant aux maires qui ont opter pour la prohibition, je ne les accuserais surtout pas d’être des « fachos » et je ne les traiterais pas de tous les noms, je dirais tout simplement qu’ils font erreur mais pour des motifs bien valables et compréhensibles—ces motifs étant le désir de freiner la campagne prosélyte islamiste. De toute façon, nous venons d’apprendre que le Conseil d’État français s’est prononcé, vendredi 26 août, contre l’arrêté « anti-burkini » de Villeneuve-Loubet [1].

Pourtant, il faudrait, à mon sens, prohiber le burkini dans les compétitions sportives officielles, comme les jeux olympiques, et il faudrait bannir aussi, bien évidemment, le hijab et les autres versions du voile islamiste lors de ces compétitions. D’ailleurs, si un pays participant à une compétition internationale (comme les olympiques) oblige ses athlètes femmes à porter un vêtement non conforme aux normes du sport, il faudrait exclure ce pays (y compris ses athlètes hommes) de la compétition.

Évidemment il faut bannir les signes religieux, y compris toutes les variantes du voile islamiste, dans la fonction publique, c’est-à-dire pour les fonctionnaires d’État au travail. L’éventualité de telles prohibitions dans le secteur privé aussi n’est pas exclue, à condition, bien sûr, que cela s’applique à l’ensemble des religions. Plus le rôle de l’employé(e) est public, plus un code vestimentaire est approprié ; par exemple, une lectrice d’actualités à la télévision devrait s’abstenir d’afficher son appartenance religieuse, surtout lorsqu’elle est en ondes. (Voir notre « Déclaration pour une fonction publique laïque [2] » )

En ce qui concerne les couvre-visage, une prohibition plus étendue est justifiée, s’appliquant non seulement aux fonctionnaires d’État mais aussi à la clientèle de services d’État. En France les couvre-visage sont interdits partout en public, ce qui est un choix légitime. (Voir « Les couvre-visage doivent être interdits dans toute institution d’État [3] »)


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[1] le Conseil d’État français s’est prononcé, vendredi 26 août, contre l’arrêté « anti-burkini » de Villeneuve-Loubet: http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/08/26/le-conseil-d-etat-suspend-l-arrete-anti-burkini-de-villeneuve-loubet_4988472_3224.html#IThlLoEoFvLEfFU2.99

[2] Déclaration pour une fonction publique laïque: https://www.atheologie.ca/special/declaration-fonction-publique-laique/

[3] Les couvre-visage doivent être interdits dans toute institution d’État: https://www.atheologie.ca/blogue-062/couvre-visage-position-conseil/

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