Blogue 026 : François

François, un idéaliste* dangereux

Jacques Savard

Nous, les athées, oublions parfois que c’est la papauté qui est notre adversaire philosophique et politique, peu importe l’individu qui occupe ce poste. Dans ce blogue, Jacques Savard met les pendules à l’heure.

Depuis l’élection du pape François, plusieurs se sont empressés d’explorer son passé pour mieux cerner le personnage. De vieux textes ont rapidement fait surface dans lesquels on découvre un homme de droite ayant possiblement eu des liens avec une dictature militaire. On a aussi su qu’il a proposé la lutte contre l’athéisme comme principe fondateur d’une université catholique au milieu des années 70. Quoique ses liens avec la junte militaire restent à corroborer, cet exercice demeure inutile pour juger de la valeur de l’homme comme opposant à l’athéisme.

Plusieurs personnes ont été gênées par ses écrits. Je n’y vois cependant rien de surprenant car il va de soi que les cadres d’une institution soutiennent les principes fondamentaux de l’institution qui les a mis en poste. Lorsque le Cardinal Bergoglio établit les trois principes fondateurs de l’Université du Salvador, il y place naturellement la priorité du Vatican. L’importance accordée au savoir dans ce choix (c’est-à-dire, aucune) est la même que pour toutes autres institutions religieuses d’éducation où la croyance l’emporte toujours sur le savoir, la raison critique et la pensée libre. Il s’agit d’un autre triste exemple de cette réalité trop répandue, s’il en fallait.

À cette époque, le monde était engagé dans une guerre froide qui menaçait de se réchauffer à tout moment. La guerre froide, une guerre d’influence géopolitique, était accompagnée par des guerres parallèles entre les opposants : une guerre des théories économiques entre le marxisme et le libéralisme, de même qu’une guerre sur le plan métaphysique : les défenseurs du théisme contre l’athéisme étatique communiste. Ce dernier combat était mené principalement par les différentes églises chrétiennes au nom du monde « libre ». Le Vatican était un important leader dans cette lutte contre l’athéisme. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que la lutte contre l’athéisme devienne la priorité en établissant une université catholique. Le Cardinal jouait ainsi son rôle de bon soldat.

En devenant le pape François, l’ancien cardinal accepte le rôle de général en chef des troupes théistes catholiques. Il a posé devant nous, en direct, des gestes théâtraux qui suffisent à le caractériser comme adversaire féroce. Devant le monde entier, il a affirmé l’existence d’un dieu gouvernant le monde, le dieu des chrétiens évidemment. Il a incité la foule à s’adresser à ce dieu, le prier, pour lui demander d’intervenir dans le monde (affirmant ainsi sa capacité à le faire) pour qu’il lui apporte sa bénédiction (c’est-à-dire qu’il intervienne en ce monde pour que les choses tournent au mieux pour lui, François). Ensuite il est allé prier la Vierge, sa demi-déesse préférée. Une autre affirmation du mensonge grossier de l’existence d’un monde parallèle dans lequel vivent des êtres spirituels qui ont le pouvoir d’intervenir dans nos vies. Ça, ce sont des faits avérés dont le monde entier a été témoin et qui sont suffisants pour mériter notre opposition farouche. Il ne remplit cependant que son rôle. Et il continuera ainsi jusqu’à sa mort. Prenons note de ces gestes significatifs et dénonçons systématiquement les suppositions sous-jacentes.

Le Cardinal Bergoglio, comme jésuite, a toute sa vie été quelqu’un qui a professé, propagé et défendu les théories théistes. Il a propagé ses hypothèses non vérifiées comme des vérités et continuera à le faire comme pape. Il ne cédera jamais de terrain. C’est évidemment primordial pour eux : pas de Dieu veut dire perte de pouvoir et perte de contrôle sur les populations. Comme pape, il rejette la raison critique comme guide pour l’homme sur terre au profit d’affabulations dont il demeure le seul interprète sûr et infaillible. Il cherche essentiellement à éloigner les peuples de la raison critique et de leur intelligence pour leur imposer un monde idéaliste qui mène au contrôle des esprits et des corps.

Ce contrôle a toujours été mis à la disposition des puissances économiques et politiques et le sera tant qu’il sera possible. Le copinage des papes avec les pouvoirs économiques et politiques a toujours été. Cela remonte à la prise de contrôle de l’Église chrétienne par Constantin au Concile de Nicée en 325 de notre Ère. C’était pour s’assurer un meilleur contrôle des masses qu’un de ses successeurs, l’Empereur Théodose, a fait de l‘Église chrétienne la seule et unique Église de son empire en 380.

Personnellement comme homme, François semble sympathique, simple et près des pauvres. Il aurait, parait-il, souvent sonné les trompettes contre le néo-libéralisme et la mondialisation. Si ces allégations sont avérées ce sera en soi une révolution ; qu’un pape s’oppose au libéralisme et à la mondialisation serait une première. S’il réussissait ça, il mériterait mon admiration. Je lui souhaite cependant bonne chance s’il veut vraiment changer le cours du navire dont il vient de prendre la gouverne.

Il a nié et va continuer à nier en public la primauté de la raison critique, l’immanence de l’homme. C’est un disciple de Platon comme beaucoup d’autres, sauf que lui, il agit pour amener les hommes à tomber sous son influence et son contrôle, et ce, en se drapant dans ses propres allégations de détenir toujours la vérité.

Je n’ai vraiment pas besoin de ses vieux squelettes pour m’opposer farouchement à lui et à tous ses complices locaux. Ses plus récents gestes me suffisent.

Note

* Dans le contexte du présent texte, le terme « idéaliste » se réfère à l’idéalisme philosophique, une vision du monde selon laquelle la réalité se base sur les idées et la spiritualité, tandis que, selon les philosophies matérialistes, c’est plutôt la matière qui en est le fondement. Platon est le plus célèbre idéaliste de l’Antiquité qui a été suivi d’une multitude de philosophes occidentaux.


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