Le saviez-vous ? Platon codifie l’athéophobie

Saviez-vous que Platon a codifié l’atheophobie — le préjugé anti-athée selon lequel la morale doit forcément se fonder sur la croyance en la divinité — et préconisait de longue peine de prison, ou bien la peine de mort, pour les athées ? Selon l’historien Georges Minois :

Attestant la présence massive d’athées, il recherche les causes de cette incroyance, à ses yeux dangereuse, et préconise de sévères mesures à l’encontre des athées. À bien des égards, on peut estimer que Platon est à l’origine de l’opinion péjorative qui va peser sur l’athéisme pendant deux milles ans : en liant l’incroyance et l’immoralité, il franchit un pas décisif qui frappe les athées d’une tache indélébile. — Platon va l’enraciner dans une conception métaphysique et éthique fondamentale qui va en faire le crime par excellence.

Georges Minois, Histoire de l’athéisme

Dans les paroles de Platon lui-même :

Il y aura dans la cité trois sortes de prisons, une sur la place publique, qui sera commune à la plupart des délinquants et s’assurera de leurs personnes ; une autre à l’endroit où se réuniront la huit certains magistrats et qu’on appellera maison de correction ; une troisième enfin au milieu du pays dans un endroit désert et aussi sauvage que possible, qui sera surnommée la prison du châtiment. Il y aura délit d’impiété pour trois motifs, qui sont précisément ceux dont nous avons parlé, et, comme chaque espèce se divise en deux, il y aura donc six espèces de fautes envers les dieux, qui demandent à être distinguées, vu que la punition n’en sera ni égale ni pareille.

Il y a en effet des gens qui ne croient pas du tout a l’existence des dieux, mais qui tiennent de la nature un esprit de justice, qui haïssent les méchants, et, parce que l’injustice leur répugne, s’abstiennent de toute action injuste, fuient la compagnie des pervers et chérissent les gens de bien. Mais il y en a d’autres qui, non seulement croient que le monde est vide de dieux, mais sont encore incapables de maîtriser le plaisir et la douleur, et qui possèdent une mémoire solide et une grande pénétration d’esprit. Ils ont une maladie commune, qui est de ne pas croire aux dieux ; mais pour ce qui est de gâter les autres hommes, les premiers font moins de mal que les seconds.

En effet, les premiers s’expriment avec une pleine licence à l’égard des dieux, des sacrifices et des serments, et, en se moquant des autres, ils pourraient peut-être les rendre impies comme eux, s’ils échappaient au châtiment ; mais les seconds, étant dans les mêmes sentiments que les premiers, sont, comme on dit, des finauds, pleins de ruse et d’artifice; c’est parmi eux que se forment un bon nombre de devins et ceux qui exercent tous les genres de sorcellerie, quelquefois aussi les tyrans, les généraux d’armée, ceux qui séduisent le public par des initiations privées et les sophistes avec leurs raisonnement captieux ; car les espèces de ces impies sont nombreuses ; mais il y en a deux qu’il faut réprimer par des lois, l’une, qui feint l’ignorance, mérite non pas une, mais plusieurs morts ; l’autre n’a besoin que de réprimande et de prison.

Pareillement, ceux qui pensent que les dieux ne s’occupent pas des hommes forment deux espèces, et ceux qui pensent qu’ils sont faciles â fléchir, deux aussi. Cette distinction faite, les juges condamneront, suivant la loi, ceux qui sont impies par défaut de jugement, mais sans mauvais penchant ni mauvaises moeurs, à passer cinq ans au moins dans la maison de correction. Pendant ce temps, aucun citoyen ne devra frayer avec eux, sauf les magistrats du conseil de nuit, qui l’entretiendront pour son instruction et le salut de son âme. Lorsque son temps de prison sera fini, s’il paraît assagi, il ira vivre avec les citoyens vertueux ; s’il ne l’est pas, et qu’il soit convaincu de nouveau, il sera puni de mort.

Platon, Les Lois : Livre X, page 908

Minois résume la situation ainsi :

Le « divin » Platon … invente ainsi du même coup l’intolérance religieuse, l’inquisition et les camps de concentration, …

Références :

  • Histoire de l’athéisme, Georges MINOIS, Fayard, 1998
  • Les Lois : Livre X, Platon, Hodoi Elektronikai.

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