Blogue 013 : Créationnisme

La déraison créationniste

Pierre J. MAINIL

Au début du XXe siècle, il y avait encore des personnes qui croyaient que la terre était plate. En 1952, mon professeur de topographie à l’Université de Liège croyait encore utile de consacrer une heure de son cours pour donner les preuves de la rotondité de la planète bleue.

De la même manière existe encore au début de ce XXIe siècle un courant d’idées qui estime que tout ce qui concerne le vivant doit être conforme au message biblique. Notamment les sectes « créationnistes » qui ont le vent en poupe aux USA !

Elles sont légion dans certaines contrées de l’Amérique du Nord au point que, dans certains États, du moins jusqu’il y a peu il était interdit d’enseigner les théories de Darwin. Pour eux, le « dieu créateur » avait tout réglé au début du monde. Ce courant progresse dans les pays de la vieille Europe. Et les communautarismes religieux qui s’y installent vont renforcer la tendance en s’épaulant.

Les fondamentalistes ne font rien d’autre qu’affirmer. Pourquoi prouver disent-ils. Tout au plus se contentent-ils de mettre en évidence les erreurs des partisans d’un scientisme imprudent !

À Collonges, près de la frontière suisse, existe le séminaire français des Adventistes du 7e jour. Un pasteur qui y enseigne la géologie s’exclamait ; « Après tout, l’évolution n’est qu’une théorie que l’on présente comme une vérité scientifique. Nous voulons simplement rétablir la vérité et dire qu’il est possible d’envisager la formation de la terre et des espèces d’une autre manière plus conforme aux thèses bibliques. » Plus conformes aux textes de l’Ancien Testament, mais sans s’écarter du sens littéral ! Car poursuivait-il : « on ne peut adapter le Bible pour réconcilier l’évolution avec l’idée de Dieu car la Bible est faite pour nous révéler une vision du monde. »

Celui qui veut contrer les thèses créationnistes quelle que soit la forme adoptée pour les exprimer, afin de défendre entre autres les schémas évolutionnistes, doit en tout premier lieu se positionner sur le concept du hasard, du véritable hasard non pas l’apparent qui n’est que la marque de nos ignorances, non pas celui des causes cachées. En d’autres termes avoir une position claire en choisissant soit un déterminisme sans faille, soit un déterminisme acceptant qu’il y ait dans le monde une part d’indéterminisme, une part d’aléatoire.

En général, nous sommes portés à considérer qu’une cause ou un ensemble de causes produisent toujours le même effet. Posons-nous la question : une telle loi est-elle universelle ? Ou n’y a-t-il pas des phénomènes où elle ne se vérifie pas ?

J’avoue être dans l’incapacité de répondre objectivement à l’interrogation. L’expérimentation ne permet en effet de mettre en évidence que les phénomènes qui obéissent à une loi. Et si le phénomène est régi ne serait-ce qu’avec un peu de hasard, comment pourrait-on en déceler la présence puisqu’il n’obéit dans ces cas à aucune loi. Le hasard n’est pas réplicable. Il est donc indécelable. Le véritable hasard ne peut jamais, de ce fait, ni être prouvé, ni être nié. Il ne peut que passer inaperçu.

Comme je ne veux pas résider dans l’inconfortable position du doute perpétuel, j’ai été contraint de choisir. J’ai opté pour son existence au risque de me tromper peut-être. Le hasard, le « vrai », fait maintenant partie de mon paradigme. La progression de ma réflexion était à ce prix.

Sans cette acceptation, il n’est pas permis d’expliquer l’arrivée des mutations, notamment les mega-mutations qui en modifiant les codes génétiques, provoquent l’apparition d’espèces nouvelles. Il m’est en effet impensable de me ranger derrière un finalisme à la THEILLARD DE CHARDIN.

Ce dernier défendait certes l’évolution des espèces, il la prônait, mais en partisan du finalisme. Il estimait qu’elle était trop complexe pour être le fruit du hasard. Pour lui le souffle de Dieu était présent ; c’était l’élément qui dirigeait de l’intérieur l’évolution vers plus de conscience pour arriver à l’homme.

C’était là un compromis mais il n’apporte rien à la connaissance. De plus il fait intervenir une divinité facétieuse qui, malgré qu’elle ait le pouvoir absolu, n’arrive pas aux fins que son ingéniosité lui a assignée, sans se livrer à de multiples essais, essais qui sont abandonnés les uns après les autres une fois qu’elle a constaté qu’elle s’était engagée dans des voies sans issues. A moins qu’elle n’y ait trouvé son plaisir !

Si le dieu du Livre avait pour dessein la création finale de l’homme en lui attribuant la conscience la plus développée, ne pouvait-il le faire directement ? Quelle est la nécessité d’avoir créé des chaînons plus ou moins intermédiaires que sont les Australopithèques, les HOMO Habilis, l’HOMO Erectus, l’HOMO Sapiens archaïque, l’Homme de Neandertal ? Pourquoi ? Question sans réponse à moins d’en appeler au mystère que nous ne pouvons comprendre !

Celui qui professe ce finalisme doit aussi en mesurer toutes les conséquences. Et les accepter. Notamment sur le concept de la liberté humaine.

Pour un finaliste, le monde soumis à la volonté de la divinité ne peut-être que déterminé. Dès lors nous qui en faisons partie, le sommes tous. Il s’ensuivrait que chacun de nos actes le serait. Une espèce de prédestination Chaque action posée serait dans ce cas prévisible même si le fil qui la conduit ne nous est pas apparent. Chaque parole prononcée devait l’être puisqu’elle ne serait que la résultante d’une multitude de causes réelles même si leur complexité fait que nous n’en sommes pas conscients.

Si le grand livre de l’histoire du monde vivant existait, il n’y aurait pas selon moi de page qui me serait consacrée et où serait inscrit qu’un enfant de sexe masculin, fils de Georges et de Jeanne, devait voir le jour le 1er janvier 1932.

Je pense de la même manière qu’il y a un siècle ou 100 000 ans, il n’existait pas de certitude déterministe selon laquelle les presque sept milliards d’êtres humains qui peuplent aujourd’hui notre planète seraient aujourd’hui sur terre et qu’ils seraient bien ceux qui maintenant sont là. Et personne d’autre. Ni que les guerres, les massacres, les génocides, les tortures, les famines, les épidémies, … qui ont meublé les 50.000 ou 100.000 années d’existence de l’ « Homo Sapiens Sapiens » ne pouvaient pas être évités.

Dans un deuxième temps il faut aussi avoir le courage de récuser les mythes créationnistes hérités des religions issues des cultures néolithiques. Il faut oser montrer qu’ est infantile ce que contient LA GENESE des bibles chrétiennes et le CORAN en ce qui concerne la création du monde et des êtres vivants.

Et pour ce faire, nous devons montrer toute l’évolution des connaissances depuis le XVIe siècle. Dans tous les domaines et ne pas se cantonner dans la défense du DARWINISME.

Je ne vais que prendre deux exemples, celui de la naissance des animaux sur terre, et celui de la création du monde matériel comportant terre, soleil, étoiles. Il en est d’autres !

A l’heure actuelle on pense que la terre se serait créée il y a 4 milliards 500 millions d’années.

La paléontologie a montré que dans les premiers temps de l’existence de la terre solidifiée, seuls existaient des êtres monocellulaires, les protozoaires. Les organismes multicellulaires, les métazoaires, leur sont postérieurs puisqu’on ne les a retrouvés que dans des terrains plus jeunes de près de 3 milliards d’années. Dans les terrains plus récents, apparaissent de nouvelles formes de colonies cellulaires. Leur étude et surtout celle des divers types de colonies cellulaires existant actuellement, permet de se figurer les étapes qui ont abouti à ces fédérations que constituent les milliers de milliards d’êtres que sont les mammifères supérieurs.

Et de toutes ces lignées vivantes, des centaines de milliers sont disparues à jamais : nous en avons retrouvé quelques traces qui permettent d’affirmer la réalité de leur existence passée.

Alors que l’on m’explique si cette petite phrase tirée de la version Yahviste de la Genèse de l’Ancien Testament a un sens ?

« Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages. »

Je me suis toujours demandé comment un paléontologue chrétien pouvait se satisfaire d’un tel texte. Le premier homme aurait donc connu les grands reptiles disparu voici 65 millions d’années, les brontosaures, tyrannosaures et iguanodons par exemple.

Et aussi des pré-hominidés, comme le Proconsul, le Paranthrope, l’Oréopithécus, ou des hominidés comme l’Homme de Toumaï, Ororin, l’Australopithèque robuste ou gracile, l’Homo habilis, l’Homo erectus, l’Homo sapiens archaïque, l’Homo sapiens de Neandertal, tous ces êtres qui sont disparus de la planète.

Pour les rédacteurs de l’Ancien Testament que l’on m’assure avoir été inspirés par la divinité, la terre était plate et le soleil tournait autour de celle-ci. L’affaire Galilée en est la meilleure démonstration. A l’heure présente, plus personne ne met en doute que la terre est sphérique et qu’elle tourne autour du soleil.

Mais nous sommes bien plus loin que cela.

Le développement des instruments d’observation et d’exploration a fait le bond prodigieux qui a permis de préciser la connaissance en astronomie par rapport au connu du début du XVIIe siècle. Si l’on avait dit aux théologiens de 1633 qui contestaient l’héliocentrisme que non seulement la Terre n’était pas le centre du monde, mais que le soleil n’était qu’une étoile quelconque parmi les cent milliards que compte la Voie Lactée, notre galaxie, que ce soleil n’était même pas au centre de la galaxie mais à 30 000 années lumière de celui-ci, que cette galaxie n’en était qu’une parmi un nombre incommensurable d’autres, quelle aurait été leur attitude à l’encontre du prétentieux.

Je pourrais continuer avec d’autres phrases du texte religieux et en montrer l’infantilisme.

Il faut avoir le courage et la détermination de dénoncer tout cela.

La Voix Lactée et notre Soleil

Vue de la Voie lactée, la GALAXIE de 100.000 années lumière de diamètre et de 1000 années lumière d’épaisseur maximale dans laquelle le Soleil est un petit astre quelconque situé à l’extrémité d’un bras de la spirale. Même pas au centre … !


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