Blogue 014 : Volonté « divine » II

La volonté de « Dieu », un second regard

David Rand

Dans un volet antérieur (no 11) du blog LPA, David Rand a raisonné sur la morale théiste et démontré qu’elle est tout à fait arbitraire car fondée sur la soi-disant volonté de dieu – ce qui est entièrement inconnue et inconnaissable. Dans le présent volet, il présente et commente quelques exemples de la nature capricieuse des décisions morales motivées par une croyance en dieu.

Une des excroissances les plus farfelues de la droite religieuse américaine est une séries de films documentaires, disponibles sur DVD, ayant pour titre Resisting the Green Dragon (Résister au dragon vert). Il s’agit d’une initiative de l’Alliance Cornwall, une formation qui se dit la « voix de la foi » la plus importante en Amérique en matière de gestion de l’environnement. Elle nie catégoriquement que le réchauffement de la planète puisse avoir pour cause les gaz à effet de serre produits par l’activité humaine. Je n’ai pas visionné ces DVD, mais le site web nous en dit suffisamment. Nous y apprenons que la série met en vedette des chefs chrétiens de renom qui dénoncent le mouvement environnementaliste radical qui constitue une menace pour nos enfants et facilite l’instauration d’un gouvernement mondial. Ce mouvement représente, selon Cornwall, une nouvelle religion avec des politiques qui seraient dévastatrices pour les pauvres et mettraient en péril la sainteté de la vie.

Dans le communiqué de presse qui annonçait la sortie de Resisting the Green Dragon en 2010, nous apprenons aussi que l’environnementalisme prône sa propre vision du monde et ses propres doctrines sur dieu, la création, l’humanité, le péché et le salut. Et que ces doctrines ne sont pas bibliques ! Ils dénoncent même certaines tendances chrétiennes sympathiques au mouvement environnementaliste, car contaminées par une vision du monde et une théologie fausses, séculières et païennes ! Ainsi, l’approche de Cornwall se résume à la diabolisation de l’environnementalisme comme une horrible religion païenne, un leurre spirituel. C’est très ironique étant donné que le christianisme lui-même est un ramassis de croyances païennes bricolées ensemble afin de former une nouvelle religion devenue très à la mode vers la fin de l’empire romain.

En revanche, considérons l’association Blessed Earth (Terre benie), un groupe chrétien pro-environnemental dont la devise est « Servir Dieu, Sauver la planète », qui se veut un moyen d’inspirer et d’équiper les chrétiens à mieux prendre soin de la terre et qui prône le changement environnemental mesurable et la croissance spirituelle significative. Ce sont les saintes écritures, disent-ils, qui leur auraient confié cette tâche. Ils croient que chacun est responsable moralement des plus pauvres parmi nous, car ce sont ceux qui possèdent le moins de ressources qui seraient les plus atteints par la destruction actuelle du monde naturel.

Ainsi, l’anti-environnemental Alliance Cornwall et le pro-environnemental Blessed Earth fondent tous les deux leur position morale sur le dieu chrétien et sur la bible. Les deux ont la même prétention de défendre les intérêts des plus démunis et de se préoccuper de la bonne gestion de la création.


Penchons-nous maintenant sur une autre question, très controversée celle-ci parmi les théistes en général et les chrétiens en particulier : l’homosexualité et les droits des gais.

Dans un article intitulé « Homosexualité : le point de vue chrétien », trouvé sur le site web bible.org, nous lisons un message familier : la position chrétienne, fondée entièrement et nécessairement sur la bible, que l’on considère être la parole divine de dieu, serait que l’homosexualité est une luxure illicite et défendue par dieu. Ce serait un vice et une perversion contre nature. D’ailleurs, à propos du mariage gai, on déclare que l’idée même que deux personnes du même sexe puissent se marier serait absurde, malsain, ridiculement déraisonnable, et stupide. Si un membre du clergé peut bénir une telle union, dieu n’en ferait jamais autant.

Toutefois, l’Église unie du Canada (ÉUC), lors de son 37e Conseil général en 2000, a adopté une résolution qui « affirme que les orientations sexuelles humaines, qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle, constituent un don de Dieu et font partie de la diversité merveilleuse de la création. » De plus, le Conseil a décidé d’affirmer et de travailler dans le but de faire reconnaître les unions de partenaires de même sexe. Dans un communiqué de presse en 2005, Jackie Harper, du service de pastorat aux familles de l’ÉUC, a déclaré que le mariage serait fondé dans « l’amour de Dieu pour l’humanité, l’amour entre partenaires de vie voulant vivre dans une relation fondée sur la confiance, la réciprocité, et l’engagement. » Selon Harper, personne n’est privé ni de l’amour de dieu ni de leurs droits en raison de leur choix de partenaire.

Bien que l’ÉUC reconnaisse que l’ouverture d’esprit, même à la critique des écritures bibliques, est importante, elle continue néanmoins à prendre la bible très au sérieux comme livre central de l’Église et une source fiable de la parole divine vivante, nécessaire pour bâtir les communautés chrétiennes à notre époque.

Ainsi, bible.org et l’ÉUC adoptent des politiques diamétralement opposées en ce qui concerne l’homosexualité et le mariage gai. Toutefois, les deux s’inspirent principalement du dieu chrétien et de la bible chrétienne. Les deux prétendent faire le bien.


Or, en réaction aux deux exemples présentés ci-dessus, on pourrait très bien hausser les épaules. Alors, les chrétiens expriment une diversité d’opinions sur différentes questions ? Comme tout le monde. Puis après ?

Voici ce qu’il faut retenir : Toutes les quatre positions plus haut se fondent – ou du moins ont la prétention de se fonder – sur le christianisme, le « Dieu » chrétien et sur les écriture dites « saintes ». Ces exemples confirment ce dont on se doutait depuis toujours : que la bible (ou le coran, ou toute autre écriture « sainte ») pourrait servir à justifier n’importe quelle politique que l’on avait déjà décidé préalablement d’adopter.

Selon l’Alliance Cornwall, dieu aime l’humanité plus fort que le reste de la création. Selon Blessed Earth, dieu aime toute la création. Selon bible.org, dieu aime les homosexuels qui se convertissent à l’hétérosexualité. Selon l’Église unie du Canada, dieu aime même les gais qui demeurent gais. Toutes les quatre déclarations sont de pures foutaises. Même si l’on insiste sur l’existence d’un dieu, personne ne possède la moindre connaissance de ce qu’il ou elle pourrait aimer, haïr, approuver, désapprouver ou désirer.

Nous avons ici deux illustrations de l’arbitraire de la morale théiste. Un argument moral, pour qu’il soit pris au sérieux, doit se faire en rapport avec les réalités de notre monde matériel, des aspects de réalité que toute personne – croyante ou incroyante – puisse reconnaître. Évoquer un dieu ou des écrits « saints », c’est donner à cet argument un habillage qui peut avoir une charge émotive très forte mais qui demeure intellectuellement vide. Essayer de légitimer et même sacraliser une opinion en y collant un statut « divin », c’est une façon de tricher, c’est de la malhonnêteté intellectuelle. Une approche honnête serait d’abandonner complètement tout élément surnaturel de chacune des quatre positions, ne laissant ainsi que des raisonnements basés sur le monde réel, des raisonnements que l’on pourrait alors évaluer objectivement afin de mesurer leurs mérites et leurs démérites.

Je présume que la plupart de mes lecteurs et lectrices seraient plus sympathiques aux positions prises par Blessed Earth et par l’ÉUC, qu’à celles prônées par les deux autres organismes. Je ne cherche pas à faire passer sous silence les divergences majeures entre les deux opposants dans chacun de ces deux débats. Mais j’insiste sur l’importance de reconnaître ce que les deux opposants ont en commun : un malhonnête appel à des enfantillages surnaturels qui n’ajoutent rien à notre compréhension et qui nous distraient des importantes questions en cause.


Dans mes deux blogues traitant de la volonté de « Dieu », je n’ai toujours pas mentionné ce qui est probablement le plus important raisonnement – et certainement un des plus anciens – contre la morale théiste. La plupart des lecteurs et lectrices le connaissent probablement déjà. Je parle, bien sûr, de la simple mais très perspicace question posée par Socrate, et rapportée par Platon dans son dialogue Euthyphron. La question peut se résumer ainsi : Le « bien » est-il bien parce que les dieux le veulent, ou est-il bien en soi ? La première option mine la morale car elle la réduit à un caprice des dieux. La seconde option rend les dieux inutiles, sans pertinence. Dans les deux cas, fonder la morale sur la volonté divine s’avère inutile, futile et déraisonnable.

Références


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