Blogue 017 : Aan et Sokrat

Deux cas, une condamnation : La prison pour Aan et Sokrat

Jaque Parisien

Tous ici se souviennent du cas Alex Aan. Si votre mémoire vous trahit, je vous rappelle qu’Alex, un jeune blogueur indonésien, avait été arrêté pour avoir écrit « Dieu n’existe pas » sur le mur de sa page Facebook. Peu de temps après, les zélotes de son voisinage, offusqués par un tel blasphème, le menaçait physiquement tandis que d’autres se chargeaient de le dénoncer aux autorités policières qui l’arrêtèrent aussitôt. Depuis nous avons appris qu’Alex a été condamné à deux ans et demie d’emprisonnement en plus d’écoper d’une amende d’environ $10,600 dollars américains, tout ça malgré, selon notre source, une atteinte directe aux droits de l’homme et une infraction au pacte international relatif aux droits civils et politiques de l’ONU, plus particulièrement les articles 18 et 19, signé par l’Indonésie le 23 février 2006. Je reproduis ici les deux articles, question de voir en quoi il consiste exactement :

Article 18

  1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement.
  2. Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix.
  3. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui.
  4. Les États parties au présent Pacte s’engagent à respecter la liberté des parents et, le cas échéant, des tuteurs légaux de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions.

Article 19

  1. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions.
  2. Toute personne a droit à la liberté d’expression ; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.
  3. L’exercice des libertés prévues au paragraphe 2 du présent article comporte des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales. Il peut en conséquence être soumis à certaines restrictions qui doivent toutefois être expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires :
    1. Au respect des droits ou de la réputation d’autrui ;
    2. À la sauvegarde de la sécurité nationale, de l’ordre public, de la santé ou de la moralité publiques.

C’est d’ailleurs sur les restrictions en « b » concernant l’ordre public que les autorités indonésiennes ont misé pour justifier l’incarcération d’Alex. Ce que j’aimerais par contre souligner c’est l’indignation générale qu’a suscitée l’arrestation de ce jeune homme. Plusieurs efforts allant dans le sens d’une libération d’Alex ont vu le jour et vous trouverez les liens y menant plus bas aussi.

Comme si ce n’était pas suffisant, un cas similaire s’est produit au Maroc, plus exactement à Marrakech, et c’est grâce à un de nos sympathisants Facebook, Esprit Madani, que j’ai eu vent de cette affaire. En effet, Mohamed Sokrat, jeune blogueur lui aussi, s’est vu pris à partie par les autorités pour avoir osé défendre la laïcité, les libertés individuelles et pour avoir critiqué le régime. Je signale que le Maroc a aussi signé le pacte des droits individuels et politiques le 19 janvier 1977. L’affaire a pris une tournure ignoble lorsque les autorités ont aussi arrêté le père et le frère du jeune blogueur alléguant que la famille vendait de la drogue. Je souligne la similitude des ruses employées contre les deux blogueurs : Alex pour avoir perturbé l’ordre public et Mohamed pour avoir enfreint la loi. Ce dernier a donc dû signer un aveu de culpabilité afin d’éviter que ses proches subissent les contrecoups d’un pouvoir étatique ayant recours aussi bien au décret divin qu’aux tactiques éprouvées des systèmes totalitaires de tout acabit. Reporters sans frontières parle bien, et je cite, « d’accusations fallacieuses ». Avouez qu’on ne peut évoquer le nom du jeune blogueur, Sokrat, sans penser à l’autre, le Socrate grec, condamné injustement pour avoir nié les dieux et corrompu la jeunesse. Si on voulait jouer les cyniques, on pourrait dire que plus ça change plus c’est pareil. Ce cas, tout comme celui d’Alex Aan, est affiché sur notre page Facebook ainsi que les quelques échanges que j’ai eus avec Esprit Madani.

Celles et ceux qui fréquentent notre site, qui sont amies et amis sur Facebook, ont déjà vu les articles en lien avec ces deux affaires. Alors pourquoi y revenir, me demanderez-vous. Eh bien ! Justement, je crois que ces deux cas non seulement partagent des similitudes frappantes, mais représentent en plus ce contre quoi nous nous battons : l’intolérance religieuse. En fait, vous conviendrez que lorsque la religion est mêlée aux affaires de l’état, il devient d’autant plus facile pour un zélote d’exciter l’opinion publique contre un individu en invoquant le blasphème ou encore, et on peut se demander lequel des deux maux est le pire, il devient d’autant plus facile pour un pouvoir politique, profitant d’une forte présence de la religion dans les affaires publiques, de faire taire un citoyen en l’accusant d’un crime allant à l’encontre de la morale prescrite par la religion dominante. L’une et l’autre de ces tactiques visent à faire taire celles et ceux qui jettent une nouvelle lumière sur les ténèbres entretenues par les autorités religieuses et politiques.

Je fais donc appel à vous pour manifester votre désapprobation en signant les pétitions respectives de nos deux inculpés et, si vous le pouvez, de donner généreusement aux organismes luttant pour leur libération.

Liens vers le cas Alex Ann

Liens vers le cas Mohamed Sokrat

Liens Nations Unies


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