Blogue 019 : Béaba de l’athéisme

Le béaba de l’athéisme

David Rand

Puisque des idées fausses, des mythes, voire des mensonges à propos de l’athéisme et des athées circulent couramment, même parfois parmi les athées eux-mêmes, il convient d’en rappeler quelques éléments essentiels.

L’athéisme n’est pas une croyance, encore moins une religion. Par définition, l’athéisme est tout simplement l’absence de théisme, c’est-à-dire le refus de gober une croyance arbitraire et infondée. Ayant abandonné la croyance en dieu(x), il est tout naturel pour l’athée cohérent de rejeter également l’ensemble des croyances surnaturelles, dont les théismes sont parmi les plus extravagantes. On en arrive au monisme et au matérialisme philosophique, que j’appelle aussi l’athéisme matérialiste.

L’athéisme ne peut être associé ni à l’immoralité, ni à l’amoralité. Au fait, c’est plutôt le théisme que l’on devrait associer à une morale pervertie, car corrompue par la croyance au surnaturel, par le dénigrement du monde matériel, par le faux espoir en une vie éternelle, et par l’obéissance à un dieu souvent totalitaire.

L’athéisme ne peut être associé à l’intolérance. Au fait, la plupart des athées sont tellement tolérants des religions qu’ils demeurent totalement silencieux. Les rares qui s’expriment ouvertement sont en général des partisans convaincus de la laïcité, un programme qui protégerait formellement la liberté de religion, ainsi que la liberté de vivre sans religion, de tout le monde. Ce sont les religions qui ont une forte tendance à l’intolérance, surtout celles qui sont majoritaires ou puissantes. Elles s’opposent à la liberté de conscience et à la laïcité, et constituent ainsi une menace pour la liberté de religion.

L’athéisme n’est pas un choix métaphysique. Au contraire, c’est une certitude scientifique. Il ne s’agit pas d’une certitude absolue — comme les religions ont la prétention de l’être. Au contraire, il s’agit d’une certitude hors de tout doute raisonnable, car nous savons que le théisme est incompatible avec la raison et avec nos acquis scientifiques solidement prouvés. Et comme il est courant en science, cette conclusion est révisable à l’avenir si de nouvelles connaissances justifient une révision.

L’aspect négatif de l’athéisme n’est pas une faiblesse. Au contraire, c’est une force, car il n’oblige pas à adopter une quelconque solution de rechange. L’athéisme au sens strict se résume au rejet d’une idéologie infondée et dangereuse : le théisme. Il n’implique pas l’adoption d’une idéologie ou d’une pratique qui le remplacerait.

Au fait, il serait inutile de remplacer la religion, car cette dernière ne répond à aucun besoin réel qui ne puisse être comblé sans religion. Il suffit d’abandonner celle-ci, et en particulier le théisme, afin de trouver nos repères dans le monde réel et matériel qui est le seul que nous connaissons et que nous pouvons connaître. En particulier, l’humanisme n’est pas un remplacement de religion ; ce n’est que l’athéisme vu du point de vue de la morale. L’humanisme, c’est la morale de l’athée matérialiste, sans référence surnaturelle.

Donc, à partir d’un concept syntaxiquement négatif, les implications de l’athéisme — tant cognitives que morales — sont très positives, car il s’agit d’écarter tout une gamme d’idéologies dangereuses.

Les divers mythes et mensonges à propos de l’athéisme sont intentionnellement véhiculés par les chefs religieux pour des raisons simples et évidentes : cela leur permet de garder ou augmenter leur influence sociopolitique et leurs revenus. C’est surtout le mythe qui associe la morale avec la croyance religieuse qui est le plus rentable (et le plus mensonger). Puisque l’être humain est un animal social, les rapports entre humains sont alors d’une importance capitale. Chacun chérit une image positive de soi-même, tout individu veut se convaincre qu’il est bon, qu’il est une bonne personne. Les théismes, surtout les monothéismes, sont des supercheries qui exploitent malhonnêtement cette tendance en s’arrogeant la morale et en se prétextant nécessaire pour que les gens soient moraux.

Le discours anti-athée des religions constitue de la propagande haineuse. Cela s’appelle de l’athéophobie. Cette constatation n’implique pas que l’on doive prôner des mesures légales pour réprimer les expressions d’athéophobie. Au contraire, comme beaucoup d’athées je prône une liberté d’expression la plus large possible, afin que la vacuité de cette propagande soit exposée par le biais de débats ouverts.

Lorsque nous nous penchons sur les différentes variantes du théisme, il y a de bonnes raisons de dire que le polythéisme serait moins dangereux (mais mon moins faux) que le monothéisme. La croyance en un seul « Dieu », c’est le théisme totalitaire, toute autorité étant concentrée dans un dieu unique, monolithique et mâle. Le polythéisme par contre se montre souvent bien plus tolérant, à l’instar de la diversité des dieux et des déesses qu’il admet. Il suffit de comparer le polythéisme gréco-romain avec les religions dites « du Livre » — le judaïsme, le christianisme et l’islam — pour s’en rendre compte. Toutefois, cette généralisation doit être comprise avec un peu de réserve, car les religions peuvent évoluer dans le temps. Apparemment il n’existe aucune conception traditionnelle de blasphème dans l’hindouisme, une religion polythéiste ; mais, qui sait si, sous l’influence de l’islam avoisinant, pour lequel le blasphème est une véritable obsession, l’hindouisme pourrait un jour se doter d’un telle susceptibilité.

Les préjugés anti-athée, l’athéophobie, la frilosité face à l’athéisme, tout cet ensemble d’idées reçues de notre passé religieux ne se manifestent pas que chez les croyants. En effet, les incroyants trahissent souvent des attitudes semblables. Le monde est plein d’athées dans le placard. On dirait que presque tous ont peur de l’athéisme et feraient n’importe quoi pour éviter de l’assumer ou de s’assumer. D’où une pléthore d’euphémismes et faux-fuyants qui servent à dissimuler ce que l’on n’ose pas se dire : athée !

Étant donné que la propagande religieuse vise particulièrement les athées, il est évident que c’est précisément ce terme qu’il faut employer afin de contrer cette propagande. C’est en nous déclarant athées en grand nombre que nous allons faire le maximum de progrès pour renverser ces préjugés qui font le bonheur des chefs religieux et des autres ennemis de la laïcité. Heureusement, la sortie des athées du placard est un phénomène moderne de plus en plus répandu. Il faut encourager cette tendance encore et encore.


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