Blogue 045 : Agnosticisme

Pourquoi nous ne sommes pas agnostiques

David Rand, 2014-07-01

La déclaration de principes de l’association LPA, notre Manifeste athée, affirme que « Nous ne sommes pas agnostiques. Nous savons que les croyances surnaturelles découlent de mythologies pré-scientifiques infondées, héritées de l’antiquité, et que leur fausseté est une certitude hors de tout doute raisonnable. » Dans ce blogue, David Rand explique le sens et l’importance de cet aspect de notre manifeste.

Le terme « agnostique », à été inventé en anglais par Thomas Henry Huxley au XIXe siècle en attachant le préfixe privatif « a » au mot « gnostic » qui indique une connaissance intuitive et révélée des mystères de la divinité. Agnostique veut donc dire brièvement : sans connaissance de dieu.

Selon l’usage courant, le terme « agnosticisme » est souvent employé par opposition à l’athéisme, un agnostique étant un individu qui n’est pas tout à fait athée, ou qui se trouve quelque part entre la croyance théiste et l’incroyance athée. Mais en réalité, je doute que la plupart des agnostiques soient vraiment à mi-chemin. L’individu agnostique est probablement soit un théiste qui veut se dissocier des différentes églises et institutions religieuses, mais demeure croyant, soit un athée dans le placard, un athée qui n’ose pas assumer son athéisme. Cette forme d’agnosticisme, c’est de la tergiversation intellectuelle.

L’athéisme a toute la science de son côté et il est falsifiable […] Les théismes, par contre, sont des mythologies héritées de l’Antiquité, ils ne sont appuyés par aucune preuve que ce soit […]

Car, il faut bien le reconnaître, il n’y a pas de choix à faire. L’athéisme est une certitude scientifique. Pas une certitude absolue comme seules les religions auraient la prétention de mettre de l’avant. Non, l’athéisme est une certitude hors de tout doute raisonnable. L’athéisme a toute la science de son côté et il est falsifiable (par la trouvaille d’un dieu, par exemple). Les théismes, par contre, sont des mythologies héritées de l’Antiquité, ils ne sont appuyés par aucune preuve que ce soit, ils se contredisent mutuellement et chacun se contredit lui-même à l’intérieur de son propre système de dogmes. Le problème du mal et le problème de la volonté divine[1,2] en sont des exemples. Nous pouvons légitimement les rejeter. Nous devons les rejeter si nous sommes intellectuellement cohérents.

Selon David Eller[3], l’agnosticisme est une expression de doute appliqué au domaine de la religion, au théisme précisément. Il n’est pas une prise de position valable, il est plutôt un outil cognitif que l’on applique à une hypothèse afin de tester celle-ci. Lorsque l’on applique cet outil, ce doute, à l’hypothèse de l’existence de « Dieu » en remettant en cause cette croyance, en posant des questions, en exigeant des preuves à l’appui, on se rend vite compte que cette hypothèse est tout à fait vide. Le preuves à l’appui de l’hypothèse-dieu sont absentes et complètement nulles. Tout ce que l’on aurait voulu expliquer par l’action d’un dieu – les phénomènes naturels, les astres, les diverses espèces de vie sur terre –, tout se trouve dans le domaine de la science. Nous avons maintenant des explications matérielles, scientifiques d’un très grand nombre de ces phénomènes, et avec les années et le progrès de la recherche ce nombre ne cesse de grandir, tandis que les phénomènes que certains persistent à attribuer à une action divine sont de plus en plus retreints, de plus en plus limités. Nous constatons maintenant que l’hypothèse-dieu n’a qu’un usage, le seul usage qu’elle a jamais eu : elle est la métaphore de notre ignorance. Quand on dit « Dieu seul le sait », cela veut dire que personne ne le sait. Lorsque nos sciences n’ont pas encore réussi à expliquer quelque-chose, c’est dieu qui l’a fait, disent d’aucuns. Chaque découverte scientifique, ne serait-ce que la plus petite, la plus banale, est un autre clou dans le cercueil de cette hypothèse-dieu, réduisant encore davantage son champ d’application, c’est-à-dire, le champ d’action de l’ignorance et de la pensée magique.

L’usage du terme agnostique peut-il jamais être justifié ? Rarement, seulement dans des conditions particulières. Au sens figuré, il peut être employé en dehors du domaine religieux pour indiquer une neutralité fonctionnelle. Par exemple, en informatique, on dit parfois qu’un logiciel est « agnostique » par rapport au système d’exploitation sous lequel il roule, ce qui implique que le logiciel ignore lequel système est présent et a donc l’avantage d’en être indépendant. De retour au domaine religieux, un croyant qui remet en cause ses croyances et suit un cheminement vers l’incroyance va peut-être passer par un stade agnostique, mais ce stade devrait être justement un passage, c’est-à-dire temporaire, avant de passer à l’athéisme et au rejet du surnaturel.

L’agnosticisme, à moins d’être temporaire ou utilisé ponctuellement comme un outil de doute, est donc dogmatique car il prône la neutralité dans un contexte – le théisme – ou nous avons certainement suffisamment de connaissances pour tirer des conclusions.

Mais rester dans l’agnosticisme durant des décennies ou pour toute la vie, l’adopter comme conclusion finale, c’est se figer dans un scepticisme absolu, c’est une prise de position irrationnelle qui équivaut à donner son aval au théisme comme toujours plausible, toujours possible. L’agnosticisme, à moins d’être temporaire ou utilisé ponctuellement comme un outil de doute, est donc dogmatique car il prône la neutralité dans un contexte – le théisme – ou nous avons certainement suffisamment de connaissances pour tirer des conclusions.

Possiblement la pire variante de l’agnosticisme est celle qui s’accompagne d’un discours comme « Je ne crois pas en Dieu, mais au lieu de me dire athée je me définis comme agnostique par respect pour les croyants ». Est-ce qu’un paléontologue s’abstiendrait de s’appeler « évolutionniste » pour ne pas offenser les créationnistes ? Cet agnosticisme « respectueux » persiste pour les mêmes raisons que les lois anti-blasphème demeurent en vigueur : les croyants religieux ne pouvant fournir aucune justification rationnelle de leurs dogmes, ils les font respecter par intimidation, allant de la désapprobation sociale jusqu’à la répression légale. Au fait, cet agnosticisme n’a rien à voir avec le respect. Ceux et celles qui le professent capitulent devant cette intimidation et en deviennent les victimes. Sous un régime théocratique, comme celui de l’Arabie saoudite par exemple, une telle position est tout à fait compréhensible étant donné la nature bien réelle, voire draconienne de la menace. Mais dans un pays comme le Canada où nous jouissons d’une grande (quoiqu’imparfaite) liberté d’expression, l’agnosticisme « respectueux » est une manifestation de la plus abjecte lâcheté intellectuelle.

L’agnosticisme est à son plus dogmatique lorsqu’il est symétrique, c’est-à-dire lorsque l’on prétend que l’existence d’un dieu aurait la même probabilité que son inexistence. Cette assertion constitue une erreur logique sérieuse, un exemple du sophisme du juste milieu. Voyant la croyance et l’incroyance en dieu(x) comme deux « extrêmes », le tenant d’agnosticisme symétrique en tire la fausse conclusion que la meilleure position se trouve à mi-chemin entre les deux. Il m’est peut-être impossible de prouver que le Père Noël n’existe pas, mais il ne s’ensuivrait pas que son existence aurait une probabilité de 50 %. Les théologiens écrivent parfois des tomes volumineux dans le but de se convaincre que la probabilité de l’existence de leur « Dieu » serait d’au moins 50 %. Mais l’agnostique symétrique est paresseux ; il suppose, de prime abord, une probabilité de 1 sur 2.

Ainsi, l’agnosticisme, s’il n’est pas une position passagère, nuit aux progrès intellectuels et moraux de l’humanité car il légitime les théismes, ces idéologies irrationnelles, néfastes et infondées, en laissant comprendre qu’ils auraient autant de possibilités d’être valables que de ne pas être valables.

Finalement, le terme « agnostique » est inutile. Se déclarer sans connaissance de dieu, c’est l’équivalent de se déclarer sans connaissance de la licorne ou du griffon. Ces animaux mythologiques étant inexistants, tout le monde est sans les connaître, forcément ! Les dieux étant des agents surnaturels mythologiques, nous en sommes tous ignorants, par définition. Dire ne pas connaître « Dieu », c’est une tautologie.

Références


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