Blogue 046 : Être antireligieux

Qu’est-ce donc qu’être antireligieux ?

Pierre-Réal Gosselin, 2014-07-15

Le manifeste de l’association Libres Penseurs Athées affirme ce qui suit :

Nous sommes antithéistes, antidéistes et antireligieux. Nous sommes convaincus que la libre expression des idées est nécessaire. Critiquer les religions est non seulement un droit, mais une nécessité. De toutes les croyances surnaturelles ou paranormales qui infectent la pensée humaine, les divers théismes sont parmi les plus répandus et les plus dangereux. Nous ne critiquons pas seulement le fondamentalisme ou l’extrémisme. Nous critiquons aussi les tendances religieuses dites « modérées » ou « libérales ». Toutes les croyances surnaturelles sont irrationnelles, qu’elles soient considérées « modérées » ou « intégristes ». Toutes les variantes religieuses ont en commun l’arrogance morale, la nature arbitraire de leurs croyances surnaturelles, et un attachement funeste à l’autorité et à la tradition religieuses aux dépens de la raison.

Note : Afin de se faire une idée précise et claire de ce dont il est discuté ici, nous suggérons fortement de consulter les définitions des termes suivants : Théisme[1], Déisme[2], Religion[3].

Qu’est-ce donc qu’être antireligieux ?

À première vue, être antireligieux semble indiquer l’exclusion et la répression de tout ce qui englobe le monde des religions et par extension les personnes qui l’habitent. Il n’en est rien puisque cette appellation exprime avant tout une attitude personnelle, une prise de conscience intérieure, un état d’être face au phénomène des religions. C’est le résultat d’une analyse approfondie de l’histoire des idées et des concepts déterminant la relation de l’homme avec la nature.

les théologies sont en collision directe et en opposition avec les connaissances modernes de la nature

L’homme a toujours été hanté par la recherche d’explications de ses malheurs et de ses souffrances plutôt que de son bonheur. Se voyant prisonnier de la nature et soumis à ses aléas, il élabore une romance qui lui permet de se satisfaire du fonctionnement de l’univers et d’expliquer son sort. Il imagine un monde dans lequel il y transpose les processus sociaux auxquels il obéit. Et afin d’apaiser les éléments qui contrôlent ce monde il s’oblige à des rites et des obligations qu’il considère comme nécessaires. C’est ainsi que sont nés les dieux dont les rapports avec les hommes constituent la religion. Comme les premières populations étaient petites et dispersées sur la planète, de nombreux dieux et religions ont été élaborés. La croissance de ces populations, leurs déplacements et les échanges qu’elles ont entretenus ont provoqué des chocs culturels forçant la disparition des panthéismes et des polythéismes au profit des monothéismes. Aujourd’hui, trois grands monothéismes accaparent la majorité de la population mondiale. Les religions, issues de croyances simplistes, se sont raffinées grâce à la réflexion philosophique créant ainsi les théologies. Bien qu’étant mieux structurées, ces dernières recèlent toujours les éléments anciens et arbitraires que sont les mythes. C’est pourquoi, en plus de souffrir de contradictions internes, les théologies sont en collision directe et en opposition avec les connaissances modernes de la nature.

Des raisons émotives, culturelles, environnementales et sociales font en sorte que l’éducation et la connaissance du monde n’est pas la même pour tous. Ainsi tous n’ont pas la même capacité de confronter les affirmations des religions, d’en analyser les prétentions, de renier ce milieu et de faire face à l’ostracisme et même aux menaces létales qui en résultent trop souvent. La majorité demeure une masse manipulée pour la plus grande efficience du système parce que non suffisamment instruite. Elle est gardée dans l’ignorance ou embrigadée très facilement par les sbires du système. Avec le temps, les religions se sont fractionnées à cause de crises internes ou de schismes. Il en est résulté de nouvelles religions qui ne sont en fait que des variations sur le thème original. Aujourd’hui, on compte une pléiade de croyances et de religions qui offrent une variété de réponses à la question de l’être.

Le XVIième siècle marque un changement dans l’évolution des idées. Il prend sa source dans une révolution sociale induite par des souffrances et des inégalités devenues intenables et la corruption généralisée à tous les niveaux du pouvoir. C’est à cette époque que des penseurs élaborent les principes humanistes. La Renaissance et les Lumières engendrent une nouvelle réflexion sur la nature et l’homme d’où naît la méthode scientifique qui procure au monde un thésaurus de connaissances sans cesse croissant. L’homme dispose maintenant de tous les appuis nécessaires à la remise en question des idées passées et découvre que le paradigme des religions ne correspond en rien à la réalité.

l’athée sait hors de tout doute raisonnable, que les mythes, croyances, rites, interdits et obligations dont les religions font leurs postulats sont aberrants, absurdes, anormaux, anachroniques, archaïques, abêtissants.

Ainsi, l’athée sait hors de tout doute raisonnable, que les mythes, croyances, rites, interdits et obligations dont les religions font leurs postulats sont aberrants, absurdes, anormaux, anachroniques, archaïques, abêtissants. Malgré tout, la presque totalité de l’humanité persiste encore aujourd’hui dans ses erreurs. Dans ce contexte, la pensée athée est en totale opposition avec les pensées religieuses, mythiques, théocratiques, et surnaturelles. C’est pourquoi on peut dire que l’athée est antireligieux.

Un des principes fondamentaux de notre société est la liberté de pensée laquelle est protégée par le droit d’expression, quoique restreint pour certains sujets. Tous les membres de la société ont le même droit d’adopter les comportements et les attitudes qu’ils désirent. En conséquence, tous doivent s’entendre et se respecter mutuellement sinon c’est l’anarchie. Ceux qui adhèrent à un système de pensée quel qu’il soit sont libres de se soumettre et de s’obliger à des règles et des lois. Par contre, pour ceux qui n’y adhèrent pas ces règles et ces lois sont sans valeur ni effet. Elles ne peuvent en aucun cas affecter ni obliger quiconque extérieur au dit système. En clair, personne ne peut imposer ses impératifs à son voisin.

Dans le cas des religions, ceux qui s’imposent des règles basées sur les mythes peuvent considérer certains gestes ou paroles comme des infractions jugeables selon leurs propres lois. Par exemple, le blasphème et le sacrilège ne sont des perceptions intolérables que pour ces membres religieux. En réaction à de telles perceptions, aucun geste ou sanction basés sur des préceptes religieux ne saurait porter atteinte aux droits fondamentaux de l’homme. Il n’est pas possible d’inciter à la violence et à la haine puisque c’est encourager des comportements qui troublent l’ordre public. Tout agissement doit respecter la loi et l’ordre public, c’est-à-dire la personne et la propriété privée, et nul ne peut se faire justice lui-même. La critique des fondements mythiques religieux est absolument sans rapport avec la discrimination, le racisme ou la xénophobie. Quiconque prétend le contraire fait des accusations gratuites et infondées.

En résumé, être antireligieux n’est pas une tare, ni une infraction à la loi, ni de la haine, ni de l’animosité mais simplement l’expression d’un concept différent de l’être. C’est être conséquent avec la connaissance du monde et conscient que les religions sont des erreurs du passé qu’il ne faut pas perpétuer. Cette conscience différente est nécessairement en opposition avec les visions religieuses d’où le fait que l’athée est nécessairement antireligieux. Et le clamer haut et fort sur la place publique, c’est user de sa liberté de pensée et de son droit d’expression.

En conséquence, nous voulons contrer tout ce qui est religieux et associé aux religions, nous y opposer fermement sans toutefois tomber dans le piège du partage du monde selon la vision binaire du bien et du mal laquelle conduit invariablement à l’intolérance et au rejet de l’autre. Nous voulons un principe d’équité pour tous, c’est-à-dire que personne ni aucun groupe de quelque nature qu’il soit ne puisse bénéficier d’avantages fondés sur des prémisses religieuses. Nous voulons nous assurer et faire en sorte que l’État et les institutions publiques ne considèrent ni n’attribuent une quelconque valeur au statut religieux. Nous voulons qu’en tout temps, tout lieu et toute circonstance, que leurs décisions, leurs actions et les lois promulguées soient toujours fondées entièrement et uniquement sur des principes qui excluent les considérations religieuses. Nous voulons nous assurer que la Justice soit appliquée également à tous sans retenue ni abstention selon le même principe d’équité. Nous voulons nous adresser à l’intelligence des personnes, éduquer et faire reculer l’obscurantisme par l’action politique ou tout autre moyen légitime.

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