Blogue 106 : Le PQ, la CAQ et l’abolition du programme ÉCR

David Rand

2019-03-04

Le Parti Québécois (PQ) qui, lors de l’élection du 1er octobre 2018, a été réduit à une ombre de sa précédente importance, essaie de se faire valoir dans les débats actuels sur la laïcité en proposant l’abolition du programme Éthique et culture religieuse (ÉCR). Depuis la défaite de son gouvernement minoritaire en avril 2014, le PQ se trouvait déjà dans l’opposition, mais avec l’élection d’octobre il a été réduit à seulement une dizaine de sièges à l’Assemblée nationale. Entre les deux élections, le PQ tergiversait en matière de laïcité. Son nouveau chef intérimaire Pascal Bérubé montre enfin un peu de détermination en proposant cette abolition.

Indépendamment des motivations derrière cette proposition, l’abolition d’ÉCR demeure une excellente idée. Les militants laïques l’exigent depuis les débuts de ce cours en 2008 car ses défauts sont nombreux et profonds. Il présente des images stéréotypées des croyants, des images correspondant aux plus pieux, voire intégristes, des fidèles. Il ignore presque totalement les athées et les autres incroyants. Il banalise des pratiques sexistes. Il ne prône aucunement un esprit critique à l’égard des croyances, présentant celles-ci sans référence à leurs contextes historiques et anthropologiques. Au fond, ÉCR constitue de l’endoctrinement religieux et de la propagande politique car, non seulement présente-t-il une vision édulcorée des religions, mais en plus il dénigre la critique des pratiques religieuses, sous prétexte que cette critique serait une forme d’intolérance, et prend carrément position contre toute interdiction de signes religieux.

Mais la raison principale de se débarrasser d’ÉCR, c’est que l’école laïque n’a pas à enseigner le contenu des religions. Donc, dans le contexte de la laïcisation de l’État québécois, cette raison s’impose inéluctablement. Pendant la campagne électorale en septembre dernier, la Coalition Avenir Québec (CAQ) s’est engagée à une réforme d’ÉCR. Plus récemment, le premier ministre François Legault a réitéré son désir d’une révision de ce cours, mais son gouvernement n’a pas l’intention de l’abolir.

D’ailleurs, en matière de laïcité, l’ÉCR est un enjeu bien plus important que le fameux crucifix au mur du Salon bleu de l’Assemblée nationale. Le crucifix doit être enlevé, certes, car sa présence est une violation flagrante de la laïcité d’État. De plus, on pourrait espérer que sa suppression cloue le bec aux anti-laïques et aux pseudo-laïques qui accusent d’hypocrisie la CAQ qui laisserait le crucifix sur place — tandis que ces mêmes critiques permettraient hypocritement le port de signes religieux par tout le monde partout, y compris par les député(e)s de cette même Assemblée. Mais cet espoir est sans fondement : connaissant la malhonnêteté des ennemis de la laïcité, nous savons qu’ils trouveront n’importe quel prétexte pour vilipender tout gouvernement québécois qui essaierait de laïciser l’État ; n’importe quelle imperfection servirait d’excuse pour un rejet total.

La perspective d’une abolition du programme ÉCR est donc une très bonne nouvelle. Le PQ, l’ayant proposée, se vante d’une plus grande cohérence que la CAQ. Pourtant, ce même PQ prône l’adoption d’une clause grand-père qui permettrait aux fonctionnaires en service avant l’entrée en vigueur d’une interdiction des signes religieux de s’y exempter — ce qui créerait des inégalités très problématiques au sein du personnel —, tandis que la CAQ s’est déjà déclarée opposée à une telle clause. Il est ainsi évident que les deux partis ont du chemin à faire dans ce dossier.

Alors, pourquoi pas une alliance entre ces deux partis pour l’avancement de la laïcité ? Une simple entente leur permettrait de contourner deux lacunes : la CAQ devrait abandonner son refus d’abolir ÉCR, tandis que le PQ devrait laisser tomber la clause grand-père. Le public québécois en tirerait un bénéfice significatif. De plus, ces avancées en laïcisation seraient accomplies avec le concours de plus d’un parti politique, rendant cette démarche moins partisane et plus consensuelle, l’accréditant davantage et renforçant ainsi son importance historique.

Dans la conjoncture actuelle où l’opposition à la laïcité est si bruyante et si virulente, le gouvernement actuel doit faire tout ce qu’il peut pour consolider sa position. Une étude récente vient jeter de la lumière sur ce contexte : une analyse des questions et réponses se rapportant aux accommodements, faite par des chercheurs de trois universités (Montréal, Laval et Columbia) a trouvé que le sentiment antireligieux des Québécois, et non le racisme, expliquerait leur opposition aux accommodements religieux. Cette conclusion n’a rien de surprenant car nous savons depuis des années que les anti-laïques ne se gênent pas pour traiter de « racistes » les Québécois qui n’expriment qu’une saine méfiance à l’égard des religions. Et nous pouvons prévoir que ces mêmes anti-laïques ne tiendront pas compte des conclusions de cette étude, mais vont continuer leur malhonnête campagne de dénigrement, confondant volontairement race et religion dans le but d’aider les religions à garder leurs privilèges.

Il va falloir rester forts et vigilants face à cette opposition déloyale.

Quant à nous, Libres penseurs athées, nous prônons l’entière laïcité d’État, ce qui va bien plus loin que les intentions exprimées par la CAQ et le PQ. Nous préconisons l’interdiction des signes religieux partout dans la fonction publique (y compris dans la salle législative, dans les écoles publiques et dans les centres de petite enfance), que ces signes soient sur les installations (comme le crucifix au Salon bleu) ou bien portés par le personnel, et ce, sans clause grand-père. Nous prônons aussi l’abolition du programme ÉCR, la fin des subventions publiques aux écoles privées (dont beaucoup sont religieuses), l’abrogation de tout privilège fiscal dont jouissent les églises et les autres institutions religieuses, le refus de tout accommodement religieux (y compris dans l’abattage des animaux), ainsi que l’interdiction de toute manifestation religieuse (par exemple les prières collectives) dans les édifices publics. Finalement, nous demandons que la laïcité de l’État québécois soit inscrite dans la Charte des droits et libertés de la personne afin de protéger la liberté de conscience (qui doit inclure explicitement les libertés d’incroyance et d’apostasie) de tout le monde.

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