Blogue 119 : Racisme et antiracisme

David Rand

2020-06-23

Je critique souvent le mouvement antiraciste actuel, celui de notre XXIe siècle, car je le trouve faux et corrompu à 95%. Il affiche trois principaux comportements qui je déplore :

  1. Ce mouvement confond allègrement race et religion. Il en vient à s’opposer à la laïcité.
  2. Ce mouvement a abandonné l’universalisme et est maintenant obsédé par l’identité raciale (ou autre) de toute personne. Ce problème est tellement grave, que le mouvement est devenu lui-même raciste, quoique je préfère le terme « racialiste ».
  3. Ce mouvement voit du racisme partout, là où souvent il n’y en a pas, ou bien où il y en a bien moins qu’il le prétend. Pourtant, il néglige de dénoncer certaines manifestations flagrantes de racisme ou de préjugé éthnique : en particulier, ce mouvement ne critique jamais ni le fort racisme anti-noir chez les arabo-Musulmans de l’Afrique du Nord, ni le préjugé anti-québécois instrumentalisé par les opposants canadiens de la Loi 21.

Ces trois comportements toxiques s’expliquent par la popularité actuelle de plusieurs idéologies douteuses, voire réactionnaires, telles que l’intersectionnalisme, la philosophie postmoderniste, le relativisme culturel (lié au multiculturalisme) et certaines variantes dégénérées du post-marxisme.

J’ai dit au début que le mouvement antiraciste serait faux et corrompu à 95% à mon avis. Je n’ai pas dit 100%. Il y a un noyau valable et nécessaire dans ce mouvement. Autrefois, la lutte antiraciste était une noble entreprise qui prônait l’universalisme, qui visait ce que nous avons tous et toutes, les humains, en commun, qui refusait de voir les êtres humains par le prisme de leurs identités particulières. Ce mouvement a eu beaucoup de succès, mais son travail n’est pas complété. Il y a maintenant plusieurs déclarations officielles de droits humains — aux niveaux international, national et provincial — qui interdisent la discrimination raciale. Le racisme anti-noir aux États-Unis, si extrême à cause de l’héritage de l’esclavage si important dans l’histoire de ce pays, est énormément réduit, sans pour autant être éliminé. Les Canadiens sont aujourd’hui beaucoup plus conscients du problème du racisme anti-autochtones.

Il est possible que la vague de manifestations antiracistes qui ont suivi le meurtre de George Floyd puisse avoir quelques effets positifs. Une réforme des corps policiers aux États-Unis — où la police jouit actuellement d’une grande impunité — serait un résultat possible de cette vague antiraciste. J’ai même lu que cette vague a réactivé la revendication d’éliminer le système kafala dans le monde arabe. (Anti-kafala activists join global protests against racial injustice)

Mais j’ai bien peur que ces exemples soient des exceptions. Le racisme, le vrai, existe encore, mais le mouvement soi-disant antiraciste fait un très mauvais travail pour lutter contre lui. Au fait, ce mouvement attise davantage le racisme qu’il ne l’affaiblit.

Quelques exemples objectifs de racisme :

  • Déclarer une « race » supérieure ou inférieure aux autres.
  • Promouvoir ou accepter la discrimination raciale dans le logement ou dans l’emploi.
  • Dénigrer injustement tout un groupe racial, par exemple en disant que « Les X sont sales. »
  • Développer des théories racialistes.

Quelques exemples de fausses accusations de racisme :

  • Confondre la race et l’affiliation religieuse, car les deux sont complètement distinctes l’une de l’autre.
  • Déclarer « racistes » ou « discriminatoires » les interdictions de signes religieux dans certains emplois, une mesure nécessaire pour la laïcité, une mesure qui n’a rien à voir avec la race et qui est, au fond, ANTI-discriminatoire.
  • Faire de vagues allégations de « racisme systémique » sans donner de définition claire de chacun de ces deux mots.
  • Censurer ou empêcher la recherche scientifique sous prétexte que les résultats pourraient être considérés « racistes ». Exemples de ce type de recherche : essayer de mesurer la part génétique dans un attribut humain, ou tenter d’expliquer la violence policière qui diffère selon le groupe racial (ou autre) visé. La crainte des résultats ne justifie pas une telle censure.

Notre devoir, c’est de faire la distinction entre réel racisme et faux racisme, et de le faire avec le plus de rigueur et d’exactitude possible. Un outil très utile pour nous aider à faire cette nécessaire distinction, c’est le test de la vérité. C’est le même test qu’utilise la loi canadienne contre la propagande haineuse — une loi que je critique pour son exception religieuse 319(3)(b), mais qui n’a pas tout faux. Selon cette loi, si une assertion est vraie, elle n’est pas haineuse — c’est l’alinéa 319(3)(a). Or, de la même manière, on peut dire que, si une assertion est manifestement vraie, elle n’est pas raciste.

L’effet de toutes ces accusations gratuites de racisme que lancent les militants « antiracistes » est de brouiller la démarcation entre le vrai et le faux. À cause de ce manque total de rigueur, il devient de plus en plus difficile de reconnaître le vrai racisme. Toutefois, ce n’est pas une raison de laisser passer les manifestations de vrai racisme. Nous devons toujours faire la part des choses et dénoncer les actes et propos qui sont réellement racistes.

L’impétuosité du mouvement antiraciste est devenu extrême, surtout depuis le meurtre de George Floyd. L’expression « racisme systémique » est rendue très à la mode, même si peu de gens, y compris parmi les gens qui l’utilisent régulièrement, sont capables d’en fournir une définition convenable. C’est comme une injure presque aléatoire que l’on lance à tout vent, peu importe la cible.

Avec son obsession du « privilège blanc » et du « suprémacisme blanc » et tout ce qui est blanc, sa prétention que le racisme anti-blanc serait non seulement inexistant mais même impossible, le mouvement antiraciste déconne sérieusement, aliénant ainsi toute personne « blanche » qui ne soit pas profondément masochiste. Au fait, des catégories comme « les blancs », « les noirs », « les rouges » etc. sont des catégories raciales — c’est-à-dire racistes — du XIXe siècle qui, étant donné le métissage ininterrompu des éthnies humaines, devraient disparaître de notre vocabulaire. Mais les militants soi-disant « antiracistes » les maintiennent et les répètent ad nauseam, attisant le racisme et assurant ainsi aux racistes anti-toute-autre-couleur-que-blanc un bon avenir avec plein de votes.

Ce mouvement « antiraciste » est un moteur qui génère le racisme et aide à faire élire des gens comme Trump.

Mais au Québec, la situation est encore pire. Ce mouvement « antiraciste » se prête ici à un jeu qui conforte et alimente l’extrême-droite islamiste. On accuse la Loi 21 — qui implante partiellement la laïcité au Québec — d’être………raciste !!! Cette Loi 21 qui n’a absolument rien à voir avec la race ni avec le racisme, cette Loi qui ne discrimine personne car elle s’applique à tout le monde, à toutes les religions et à toutes les personnes, aux hommes autant qu’aux femmes. De plus, l’accuser de racisme ne suffit apparemment pas. Elle serait même coupable de « racisme systémique ».

Le mouvement « antiracisme » actuel a perdu presque toute sa crédibilité et toute sa pertinence.

Suggestions de lecture :

Quelques exemples de la folie et du délire du mouvement « antiraciste » :


5 commentaires sur “Blogue 119 : Racisme et antiracisme
  1. Réal Boivin dit :

    Quelques exemples objectifs de racisme : j’ajouterais: développer des théories racialistes

    Excellent Texte David. Tu es un véritable anti-raciste.

    • jean.meslier dit :

      Merci Réal ! J’ai ajouté ta suggestion.

    • Lorraine Lefebvre dit :

      Oui David comme le dit Réal, excellent texte. et merci Réal, j’aime beaucoup de mot racialiste qui est plus juste à utiliser… pi j’ai cherché sa définition que je ne connaissait pas..un mot que je devrais apprendre à utiliser… car je suis souvent traiter de raciste et malheureusement par mes proches. Car avec d’autres de différentes nationalités avec qui je jase l’échange est plus du genre racialisme et j’aime bien.
      Racialisme est plus juste pour moi et apprendre à m’en servir
      Le racialisme est un courant de pensée distinct du racisme, apparu en Europe au milieu du XIXᵉ siècle, qui prétend expliquer les phénomènes sociaux par des facteurs héréditaires et raciaux.

    • Eve Bilodeau dit :

      Pour la distinction entre la race et la religion, je suis entièrement d’accord. On me l’a appris comme ça: racisme pour race et xénophobie pour religion. Mais les dictionnaires ne font pas eux-mêmes la distinction. On me l’a souvent servi celle-là pour justifier les fausses accusations.

  2. Joseph Aussedat dit :

    Salut David, comme d’habitude, ton texte est excellent, explicatif et nuancé, et propose quelques solutions.

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