Blogue 127 : Sans dieu il n’y a pas de morale ?

Pierre Marchand

2021-12-01

La religion source de la morale ? Plusieurs le croient, comme Dostoïevski qui dit dans Les frères Karamazov que si Dieu n’existe pas tout est permis. Ce sont donc les textes sacrés, surtout la Bible en occident, et leurs commandements qui dictent la morale. Comme on nous le répète depuis des millénaires, on finit par le croire.

Mais cette croyance ne tient pas la route. En effet, quel commandement ou quelle religion interdit l’esclavage, le trafic d’humains et le proxénétisme, le cannibalisme, le viol, la pédophilie, le génocide, la torture, la lapidation, les mutilations génitales, le rapt, le trafic de drogues, alors que toutes ces choses répugnent à l’humain civilisé. Quel commandement ou quelle religion préconise l’égalité homme-femme, la liberté ? Par ailleurs, certains commandements sont franchement ridicules, par exemple « Tu ne feras pas cuire un chevreau dans le lait de sa mère » (Deut. 14.21), et certains textes sacrés sont carrément faux, par exemple la Genèse avec ses deux versions de la création et l’histoire du déluge et l’Exode.

En fait, on peut fonder une morale sans dieu. Une façon est de se baser sur des faits, une autre est de se baser sur le bien-être des êtres doués de sensation, une autre sur la nécessité pour pouvoir vivre ensemble.

En se basant sur les faits, on dit que l’homme est né libre, donc que la liberté est une valeur morale. On en déduit les droits de l’homme et autre principes moraux.

D’autres, comme Sam Harris basent la morale sur le bien-être des êtres doués de sensations.

Finalement en se basant sur la nécessité du vivre ensemble, on peut interdire des comportements asociaux tels que le meurtre, le cannibalisme et le viol. Les deux dernières options se rejoignent quelque peu, puisque le bien-être favorise le vivre ensemble. Il faudrait sans doute les combiner pour résoudre des problèmes moraux tels que l’euthanasie des personnes âgées pour réduire la population ou favoriser la croissance de l’économie.

Reste à savoir si la liberté individuelle est préférable à la soumission à l’État pour favoriser le vivre ensemble. A priori, les deux se valent. Mais force est de constater que la civilisation occidentale, le « monde libre » a mieux « performé » que les régimes où domine l’État ou l’Église, comme les régimes islamiques qui stagnent depuis près de mille ans et les autres régimes totalitaires tels que le nazisme et le communisme en URSS et en Chine sous Mao. Cette « performance » peut se mesurer objectivement par les progrès en santé, en longévité, en prospérité, toutes utiles au vivre ensemble. Curieusement ces progrès coïncident avec l’affranchissement de l’Occident vis-à-vis les religions chrétiennes.

Il semblerait donc que la liberté soit une valeur à préconiser, avec tout ce qui en découle : droits de l’homme, égalité des sexes, etc. On pourrait objecter que le régime oppressif de la Chine performe très bien. Mais la Chine a copié depuis Mao les avancées de l’Ouest, et il n’est pas certain que laissée à elle-même elle puisse le surpasser à long terme. Heureusement, tout comme Mao, Xi Jinping n’est pas immortel.

On n’a donc pas besoin de religion pour avoir une morale. Pis encore, une morale basée sur la religion et sur la soi-disant « volonté de Dieu » est nuisible, car elle ne reflète que les préjugés, les caprices, les lubies et l’ignorance de ceux qui ont écrit ces fameux textes sacrés. Ainsi, on en vient à préconiser la peine de mort, la mise à mort des gais, la lapidation en cas de relations sexuelles avant le mariage, etc. Par contre, en se basant sur des principes humains défendables et dont on peut mesurer les effets, on évite de telles aberrations.


5 commentaires sur “Blogue 127 : Sans dieu il n’y a pas de morale ?
  1. GEORGES TREMBLAY dit :

    Bonne synthèse.
    On peut fonder une morale sans dieu ,en se basant sur
    – des faits,
    – le bien-être des êtres doués de sensation,
    – la nécessité pour pouvoir vivre ensemble.
    L’auteur pourrait élaborer davantage, mais il s’impose de rester dans son sujet.
    Les thèmes principaux ne se perdent pas dans un déluge de mots.
    Vraiment, bonne synthèse.

    • Michel Boileau dit :

      Dans mon livre La vie… quel mode d’emploi ? L’Objectivité de la réalité, de la vérité, du bien et du mal., publié aux Éditions Crescendo !, je propose une réflexion sur la réalité, sur la vérité, sur le bien et le mal ainsi que sur leur objectivité. Alors que, depuis des siècles, un consensus semble se dégager quant à l’impossibilité d’identifier un fondement objectif pour la morale, je relève le défi d’y parvenir sans aucune référence métaphysique ou religieuse. Je reconnais d’abord la vie comme le bien le plus précieux pour tout être vivant. Sans vie, on ne peut apprécier aucun autre bien. La santé physique et mentale constitue la manifestation d’une plénitude de la vie humaine. J’explicite ensuite comment les conséquences du comportement humain sur la santé physique et mentale des personnes concernées constituent un fondement objectif pour la morale.

  2. Crisd dit :

    Quand un adulte s’adresse à un être imaginaire, on dit qu’il a des problèmes de santé mentale.

    Quand plusieurs adultes font la même chose, on dit qu’ils pratiquent une religion.

  3. Michel Belley dit :

    Qu’est-ce que l’euthanasie des personnes âgées vient faire dans ce texte? Est-ce une allusion à l’aide médicale à mourir? Est-ce ainsi que l’auteur de ce texte voit ça?

  4. Pierre Marchand dit :

    L’euthanasie des personnes agées pour réduire la surpopulation est elle un bien ou un mal ? Ça c’est un problème moral. C’est une question qu’on a le droit proposer comme solution à la surpopulation et y répondre est de l’ordre de la morale. Ce que j’ai écrit c’est que les deux approches combinées, vivre-ensemble et bien-être des êtres doués de sensations, peuvent donner une réponse plus acceptable que l’une ou l’autre prise séparément. Désolé si je n’ai pas été assez clair.

    P.S. On pourrait se poser la même question à propos de l’aide médicale à mourir.

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