Blogue 136 : Multiculturalisme et colonialisme

Pierre Marchand

2022-01-27

Le multiculturalisme canadien est du pur colonialisme. Les descendants des colons britanniques et des loyalistes américains réfugiés ici sont les maîtres du pays, peu importe le parti politique au pouvoir. Nulle part ce colonialisme n’est-il aussi évident que dans son traitement de ses autochtones. Mais cela ne s’arrête pas là. Le colonisateur n’a pas le choix de laisser immigrer des indigènes de ses anciennes colonies et d’ailleurs parce qu’il a besoin de main d’œuvre bon marché. Toutefois, comme il veut maintenir son pouvoir, quelle meilleure façon que de les inciter à se regrouper selon des lignes culturelles, religieuses ou ethniques ? Diviser pour régner. C’est ce qu’on appelle le multiculturalisme.

Sous couvert de tolérance et d’inclusion, le colonisateur wasp (white anglo-saxon protestant) se targue d’une moralité supérieure mais ne partage rien de ses privilèges et ne demande pas aux immigrants d’adopter quoi que ce soit de sa culture si ce n’est que d’exiger qu’ils parlent sa langue. Qui n’est pas wasp est membre d’une « ethnie ». Pas question de le laisser s’approcher de lui. Pour lui, les québécois francophones sont une ethnie au même titre que les autochtones et les immigrants, comme l’a bien démontré Michael Rousseau récemment. Voyez aussi comment même un Paul Desmarais (père) n’a jamais réussi à être accepté totalement par l’establishment canado-britannique et ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Pas question non plus pour le colonisateur d’intégrer quoi que ce soit des autres cultures. Certains font semblant d’adopter des aspects (surtout religieux) des cultures ethniques, mais c’est du théâtre. Exemple : Trudeau qui tantôt porte la kippa, tantôt le kifu, tantôt le costume traditionnel indien, ou encore une ministre qui met le hijab pour rencontrer des musulmans, etc.

Des juges bien pensant nommés par le colonisateur au Canada et au Royaume Uni font preuve de relativisme moral et ont de la difficulté à appliquer les lois du pays aux ethnies sous prétexte d’inclusion et de tolérance. Ainsi, ils ont de la difficulté à reconnaître qu’un crime d’honneur est un meurtre, puisque ça fait partie de la culture de telle ou telle ethnie. Même raisonnement pour les mutilations génitales et le mariage des fillettes, le port du niqab. etc. Certains seraient même prêts à appliquer la charia quand il s’agit de crimes commis par des musulmans. Mais c’est surtout leur conviction que la liberté de religion prime sur toutes les autres libertés qui les inspire. Là encore, du colonialisme : « Si un membre d’une ethnie commet un crime, nous serons tolérants si c’est dans sa religion. Mais nous sommes moralement supérieurs et jamais nous ne tolérerions cela chez les nôtres car notre religion est la meilleure ». En effet, le Dieu mentionné dans le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés n’est ni Allah, ni Vishnu, ni celui des catholiques, mais bien celui de l’Église Anglicane dirigée par notre gracieuse souveraine britannique.

Pour sa part, le modèle québécois essaye d’Intégrer les différentes cultures dans le but d’accéder à un meilleur vivre ensemble. Il est vrai que les québécois sont des descendants des colonisateurs français qui ont dominé les autochtones d’alors. Mais les québécois d’aujourd’hui n’ont pas pour autant la fibre colonisatrice, parce qu’ils n’ont aucune velléité de conquérir d’autres territoires. De plus, ils sont eux mêmes colonisés par le Canada, comme les autres ethnies et les autochtones, mais ils sont nombreux, majoritaires sur leur territoire (pour l’instant), et ont leur propre culture.

Pour les québécois, la liberté religieuse est une liberté au même titre que les autres et n’a pas préséance sur les autres. Et ce, parce que pour eux la religion est un choix libre et non une caractéristique indissociable de l’identité d’un individu. Ils ne se prétendent pas pour autant moralement supérieurs à qui que ce soit. Chez eux l’Église est séparée de l’État et la différence est que l’État québécois ne reconnaît aucune religion, alors que le multiculturalisme du colonisateur anglo-saxon reconnaît toutes les religions (la sienne en premier).

Les québécois acceptent la plupart des aspects de la culture des immigrants et essayent tant bien que mal de les intégrer à la leur. En échange ils souhaitent que les immigrants laissent tomber des aspects de la leur qui sont inacceptables pour eux : mutilation génitale, mariage des fillettes, port du niqab, etc. De plus, les québécois tiennent à leur langue et à leur laïcité. Ils n’aiment pas les signes ostentatoires d’appartenance religieuse. Leurs prêtres et leurs religieuses l’ont compris il y a 50 ans et se font discrets. Les québécois s’attendent à la même discrétion de la part des autres religions. Il y a au Québec des immigrants de toutes les ethnies et de toutes les religions et un grand nombre d’entre eux se sont intégrés harmonieusement sans pour autant perdre leur identité culturelle ou religieuse. Mais cela ne peut se faire sans un nombre limité d’immigrants et de meilleurs mécanismes d’intégration.

Il y a des extrémistes qui immigrent dans le but d’instaurer ici la même tyrannie que celle qui sévit dans leur pays d’origine. Ceux là, les québécois préfèrent qu’ils restent chez eux car ils ne sont pas intégrables.

Le colonialisme canadien est une des raisons pour lesquelles on ne réussit pas à abolir le poste de gouverneur général, à affranchir le Canada de la couronne britannique comme l’Australie a l’intention de le faire après le décès de notre gracieuse souveraine britannique, ni à régler le problème autochtone. Le modèle québécois de société, en résistant au multiculturalisme veut affranchir le Québec du colonialisme canadien. C’est sans doute la principale raison pour laquelle des lois comme la Loi 21, la Loi 101 et la Loi 96 rencontrent tant d’opposition dans le ROC (Rest of Canada). En effet, quand un pouvoir se sent menacé, ses politiciens soulèvent la population contre l’ethnie la plus menaçante et c’est ainsi que débute le fascisme. En ce moment ce sont les québécois qui sont perçus comme l’ethnie la plus menaçante et c’est pourquoi on assiste à tant de Quebec-bashing et à un suprématisme décomplexé de la part des colonisateurs « canadian » blancs de souche.

Finalement, chaque fois qu’un québécois critique le colonialisme canadien, il se fait mettre sous le nez que les québécois sont eux-mêmes coloniaux envers les autochtones. C’est oublier que c’est le Gouvernement du Canada qui a la responsabilité ultime des premières nations avec sa honteuse loi sur les indiens. En dépit de cela, le Québec est une des seules provinces à avoir signé des traités avec l’une de ses nations autochtones, notamment lors de la Paix des Braves. D’autre part, certaines nations autochtones se sont très bien intégrées aux québécois sans perdre leur identité ou leur culture.


Un commentaire sur “Blogue 136 : Multiculturalisme et colonialisme
  1. Michel Caron dit :

    Bon texte pas mal complet tant qu’à moi. Bonne journée.

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