Blogue 142 : L’incompétence flagrante de la Commission canadienne des droits de la personne

David Rand

2023-11-30

Sur le site web de la Commission canadienne des droits de la personne (CCDP) se trouve une page intitulée « Document de réflexion sur l’intolérance religieuse », en date du 23 octobre 2023 et indiquant qu’il s’agit d’un « travail de lutte contre le racisme ».

Étant donné que le sujet est l’intolérance religieuse, on s’attendrait à ce que cette publication traite de l’intolérance des religions à l’égard des incroyants, ainsi que des croyants d’autres religions. Recommande-t-elle l’abrogation de l’alinéa 319(3)b) du Code criminel du Canada, cette exception religieuse qui accorde l’impunité aux croyants religieux en matière de propagande haineuse ? Dénonce-t-elle le mariage forcé, la mutilation génitale des enfants ou la persécution religieuse des apostats et des athées ? Non, il n’en est rien. Cette publication ne mentionne aucun de ces points !

Selon cette publication de la CCDP, l’intolérance religieuse serait une voie à sens unique : seules les membres des minorités religieuses en subissent, jamais les membres de la majorité, et jamais les non religieux. Pour la Commission, la liberté de religion l’emporte apparemment sur tout. Elle ne considère pas la liberté de s’affranchir de la religion. Encore pire, elle ne mentionne même pas la liberté de conscience, cette liberté fondamentale qui englobe non seulement la liberté de croyance, mais aussi la liberté d’incroyance, de pensée, d’opinion, etc.

La CCDP ne distingue pas les deux aspects différents de la liberté de religion, soit la croyance religieuse et la pratique religieuse. Bien que la liberté de croyance (comme de l’incroyance) puisse être illimitée, la liberté de pratique ne doit pas être absolue car il s’agit d’actions qui peuvent heurter les droits d’autrui. Mais la Commission ignore de telles nuances.

Pour la CCDP, il ne suffit pas de laïciser les fêtes anciennement chrétiennes – une laïcisation déjà accomplie au Québec. Non, apparemment il faudrait en plus accommoder toutes les fêtes de toutes les religions, un casse-tête administratif ingérable.

La Commission ne reconnaît pas qu’une source majeure de l’intolérance religieuse, ce sont les religions elles-mêmes. Plusieurs religions sont très intolérantes à l’égard des autres religions. Il existe aussi beaucoup d’intolérance à l’intérieur même de certaines religions, où les plus pieux ou les intégristes méprisent les moins pieux. La publication cite Statistique Canada qui constate une augmentation du nombre de crimes haineux motivés par la religion en 2020 et en 2021. Pourtant, elle néglige de mentionner que les crimes visant des juifs sont beaucoup plus nombreux (3.5 fois) que ceux visant les musulmans, tandis qu’il est notoire que les textes islamiques abondent en propos anti-juifs.

Ce document de réflexion essentialise, c’est-à-dire racialise, l’appartenance religieuse, comme si le croyant ou la croyante restait, la vie durant, prisonnier ou prisonnière de la religion de sa « communauté », ainsi dépourvu de sa liberté de conscience.

De plus, ce document foisonne de jargon douteux et actuellement très à la mode, emprunté aux soi-disant antiracistes américains, des termes comme « microagressions », « intersectionnalité », « systémique », « être un meilleur allié », etc. Inspirés par cette idéologie suspecte, certains exemples d’intolérance décrits dans le document frisent le ridicule. Critiquer le port de signes religieux constitue apparemment une discrimination violente et traumatisante, car « Lorsque ces symboles sont attaqués, que ce soit physiquement ou verbalement, la violence et le traumatisme restent les mêmes. » On verse dans la sensiblerie en alléguant que « se lever de son siège sur un banc public ou dans un train » serait une manifestation d’intolérance si une personne portant hijab ou turban se trouve à proximité !

Nous savons que la Commission canadienne des droits de la personne se trouve parmi les contestataires de la Loi sur la laïcité de l’État québécoise (Loi 21) devant les tribunaux. Cette législation impose des mesures modestes pour protéger la liberté de conscience des usagers des services publics et des élèves dans les écoles publiques. La Commission mentionne, au début de sa publication, la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU. Or, l’article 29.2 de cette déclaration stipule que les droits et libertés peuvent être limités afin « d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui », ce qui est précisément ce que fait la Loi 21.

Le fait que la CCDP s’y oppose en dit long sur son peu d’égard pour les enjeux de la laïcité. Or, ce document de réflexion vient non seulement confirmer cela, mais de plus il révèle l’incompétence abyssale de la Commission en matière de protection des libertés fondamentales. Au fait, force est de constater que ce document constitue un manifeste anti-laïque, une sorte de profession de foi pour les contestataires de la Loi 21.


2 commentaires sur “Blogue 142 : L’incompétence flagrante de la Commission canadienne des droits de la personne
  1. RÉJEAN DROUIN dit :

    ..flagrante ..
    Corrigez ça au plus vite 🤫

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Imprimer cette page Imprimer cette page