Le Créationnisme, quelle belle fumisterie créée par les religions !

Richard Rousseau*

Un autre exemple de la bêtise humaine dans le merveilleux monde des religions est le Créationnisme. Imaginez, lorsque l’on croit très sérieusement à une vérité fondamentale depuis deux mille ans, et que les sciences modernes viennent démontrer sans l’ombre d’un doute que vous êtes dans l’erreur, qu’on vous a trompé, il est difficile d’admettre la vérité. C’est un choc ! Pas facile de rejeter un mensonge de deux mille ans. Comment réagit-on alors ? Tout simplement, en adaptant les preuves expérimentales aux conclusions, déjà préalablement établies, de nos convictions religieuses. Rien de moins. La « méthode » des créationnistes est exactement l’inverse de la méthode scientifique : ils partent avec des conclusions qu’ils ne remettent pas en cause et ne retiennent que les observations qui vont dans le sens de ces conclusions. Au contraire, en sciences, on tire des conclusions à partir de l’observation de faits expérimentaux. Et pour donner un peu plus de crédibilité à leur croyance, ses adeptes l’appelèrent pompeusement le Dessein intelligent ou Intelligent Design en anglais. Ainsi on peut dire que le Créationnisme est né d’une déception. Voyons maintenant son contenu qui est pour le moins insolite.

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La doctrine du Créationnisme

Le Créationnisme est une approche religieuse et métaphysique sur l’origine de l’univers et de la vie sur Terre. Elle ne découle pas d’une théorie scientifique; elle n’est même pas pseudo-scientifique et elle n’est reliée à aucune religion en particulier, sauf que des chrétiens fondamentalistes ont créé le terme « créationnisme ». Il est maintenant difficile de parler de Créationnisme sans qu’il soit entendu qu’on veuille parler de la doctrine chrétienne fondamentaliste. Cette approche repose avant tout sur la croyance, partagée par des millions de croyants, qu’un Créateur surnaturel et éternel est l’auteur de tout en ce bas monde : l’univers, la Terre, la vie sous toutes ses formes et les humains. En plus, ce Créateur, que personne n’a jamais réussi à voir puisqu’il est surnaturel, qui est en quelque sorte un genre de fantôme, nous attend de pied ferme après notre mort. Mais ça, c’est une autre histoire. Revenons à nos moutons.

Pour connaître la doctrine de cette approche, il faut consulter la Bible, plus spécifiquement la Genèse, aux chapitres 1 et 2. Cette approche affirme que le récit de l’origine de l’univers et de la vie sur Terre qui est racontée dans la Genèse doit être pris au pied de la lettre, c.-à-d. doit être lue de façon littérale. Pour les militants créationnistes, les six jours de la création, Adam et Ève, le déluge, etc., tout cela est vrai et est évidemment incompatible avec les théories du Big Bang et de l’évolution de Darwin (proposée en 1859). Les créationnistes affirment que ces théories sont fausses et que les scientifiques qui les défendent se trompent. Au contraire, comme leur approche repose sur la Bible, et que cette dernière est la soi-disant révélation de Dieu, ils prétendent qu’elle ne peut contenir aucune erreur. À leurs yeux, aucun argument scientifique ne peut venir contredire la Bible. C’est plutôt leur argument qui doit être réfuté.

Cette interprétation littérale des textes de la Genèse s’appuie sur la conviction qu’ils ont été « dictés par Dieu » comme vérités absolues, définitives et indiscutables. Les créationnistes affirment que leur traduction de la Bible ne peut pas être erronée. Ils présentent leurs vues comme étant irréfutables. Par conséquent, quand les faits expérimentaux contredisent leur lecture de la Bible, ils prétendent que les faits sont faux. La seule recherche scientifique qu’ils semblent faire a toujours pour but de prouver que telle ou telle allégation scientifique est fausse. Les créationnistes n’ont aucun besoin de tester leur propre approche puisqu’elle a été révélée par Dieu. Une croyance absolument sûre, qui ne peut être mise en doute, n’a pas besoin d’être empiriquement testée, sauf que la vérification expérimentale est le propre d’une véritable théorie scientifique. D’où le côté peu crédible du Créationnisme.

Ce qui est le plus révélateur à propos du manque de rigueur scientifique des créationnistes, c’est de constater avec quelle facilité, quel empressement et le peu d’esprit critique qu’ils acceptent et adoptent une nouvelle pensée du moment que cette pensée semble contredire la théorie sur l’origine de l’univers ou celle de l’évolution de Darwin. Par exemple, tout fait soutenant la notion que les dinosaures et les humains ont vécu ensemble sera accueilli avec enthousiasme par les militants créationnistes. Ils rejettent catégoriquement toute idée d’évolution géologique et biologique.

Les créationnistes vont combattre avec conviction tout ce qu’ils croient être des attaques contre la vérité de Dieu révélée dans la Bible. Tous leurs arguments sont défensifs ; ils ont tous pour but de nier les preuves qui soutiennent le fait scientifique des origines de l’univers et de la vie sur Terre, car tout est dû à une force et une intelligence illimitée qu’on appelle Dieu. Par conséquent, à leurs yeux, les théories du Big Bang et de l’évolution sont des impossibilités. Tout simplement, les scientifiques se tromperaient au sujet de ces deux théories. Ce sont eux, les créationnistes, qui ont raison.

Voilà donc la thèse défendue par les créationnistes. À notre avis, elle a peu de crédibilité, sous ses airs de pseudo-science, reposant surtout sur la lecture littérale d’un texte écrit il y a 3 400 ans par des fanatiques religieux, à une époque où les connaissances de notre monde étaient à toutes fins utiles, inexistantes. Nous allons maintenant considérer quelques arguments qui soutiennent cette thèse et laisser les scientifiques leur répondre.

Analyse de quelques arguments des créationnistes

Plusieurs éléments nous démontrent la nature non scientifique des arguments utilisés par les créationnistes : d’abord leur souci primordial de faire correspondre les faits avec une approche préconçue, celle provenant de la lecture littérale des textes de la Bible. Ensuite, leur conviction qu’ils sont en possession de la vérité absolue et que l’investigation scientifique n’est pas essentielle pour confirmer cette vérité. Pour les créationnistes, la vérité n’est pas quelque chose qui doit être constamment remis en question, discutée, améliorée ou modifiée, contrairement à la démarche scientifique. Pour eux, la vérité semble être quelque chose qui leur a été donnée une fois pour toutes par un dieu infaillible et ils doivent la garder précieusement et la défendre à tout jamais.

Les créationnistes ont une façon de pensée qui leur est bien particulière. Si un argument scientifique, sérieux et valable, entre en contradiction avec les textes de la Bible, il est automatiquement faux. Ce n’est pas nécessaire d’en faire la preuve. Par contre, les arguments des créationnistes sont tous vrais, car ils reposent sur des textes bibliques révélés par Dieu lui-même. Avec une telle philosophie, toute discussion est une perte de temps et ces « intransigeants » ne méritent même pas qu’on leur accorde la moindre attention. Cependant, pour montrer le côté absurde de leur raisonnement, voici quelques exemples typiques.

Le principal argument des créationnistes est le suivant : « L’observation de l’univers nous révèle qu’il est loin d’être chaotique. Au contraire, il répond à des lois physiques d’une extrême complexité, qui sont réglées de façon incroyablement précise, pour produire l’univers visible que l’on observe. Alors germe l’idée que cet univers n’est pas apparu par accident, mais doit être l’aboutissement du projet d’un Créateur intelligent et tout-puissant sans commencement et sans fin. » Ils concluent : « À partir du moment de la création de l’univers, à partir de ce qui ressemble à un gigantesque Big Bang, jusqu’à l’aménagement de la Terre, rien n’a été laissé au hasard. Tout ceci démontre un dessein intelligent extraordinairement bien planifié. »

À ceci je réponds : l’univers obéi aux mêmes lois de la nature qui s’appliquent à notre bonne vieille planète Terre. Lorsque la nature rencontre un problème, on peut être certain que la solution trouvée sera la plus efficace, la plus simple, celle la mieux adaptée à la situation, celle requérant le moins d’énergie, toutes les autres solutions étant rejetées, car peu viables. Un exemple très simple pour démontrer cette vérité est la suivante : supposons que l’on veuille fixer solidement une tige de métal filetée à une plaque de métal. Supposons que la plaque est percée d’un trou fileté de 1 cm de diamètre. On aura beau essayer des milliers de tiges ayant des diamètres et des filets différents, seule celle ayant exactement un diamètre de 1 cm, possédant des filets exactement compatibles avec ceux de la plaque, fera l’affaire. La solution est unique. Ainsi, si l’univers visible que l’on observe actuellement obéit à des lois physiques d’une extrême complexité, qui sont réglées de façon incroyablement précise, c’est parce que ce sont les seules possibles qui puissent permettre son existence. L’existence de l’univers est à solution unique. Tous les autres univers soumis à des lois physiques différentes ont disparu.

Un des points de discordance entre créationnistes et évolutionnistes est l’âge de la Terre. Pour les géologues, l’âge estimé de la Terre à partir de nombreuses méthodes de datation différentes est d’environ 4,55 milliards d’années. Tous les scientifiques s’entendent sur ce chiffre. Mais selon l’interprétation biblique des créationnistes, la Terre n’aurait que de 6 000 à 12 000 ans. Donc, les scientifiques se trompent !

L’un des arguments avancés par les créationnistes pour contester ainsi toutes les données scientifiques est que le déluge a tellement bouleversé le paysage terrestre que cela fausse toutes nos tentatives de trouver son âge. Mais lorsque l’on date les roches lunaires rapportées par la mission Apollo, elles donnent aussi autour de 4,55 milliards d’années. Pourtant, la Bible ne relate pas d’épisode lunaire du déluge. Alors, je préfère croire que l’âge de la Terre est d’environ 4,55 milliards d’années et que c’est plutôt les créationnistes qui se trompent.

Les créationnistes affirment : « L’évolution est une théorie controversée que quelques scientifiques présentent comme une explication scientifique de l’origine de la vie. Personne n’était présent lorsque la vie est apparue sur Terre. Par conséquent, toute explication sur les origines de la vie devrait être considérée comme une théorie et non comme un fait. Tous les fossiles que l’on retrouve un peu partout sur Terre ne prouvent rien. »

À ceci je réponds : si vous vous réveillez un matin et qu’il y a de la neige sur le sol, mais que vous ne l’avez pas vu tomber parce que vous dormiez pendant la nuit, vous pouvez toujours imaginer que c’est Dieu qui l’a déposée sur le sol. Évidemment, il est impensable d’imaginer le cycle de l’eau voulant que l’eau des océans s’évapore, forme des nuages qui sont poussés par le vent, soit refroidie à haute altitude, et retombe sur le sol sous forme de neige. Lorsque l’ignorance est présente, il est facile de berner les humains. On peut même essayer de leur faire accroire que les lois de la nature sont régies par Dieu. Apparemment, les créationnistes croient que les humains sont stupides et ils essayent de les tromper et de les manipuler.

Les créationnistes affirment : « L’œil de l’être humain, les bactéries et beaucoup d’autres formes de vie de la nature sont bien trop complexes pour n’être que le seul fruit du hasard ; c’est mathématiquement impossible ; donc ça ne peut être que l’œuvre d’une intelligence supérieure ! »

À ceci je réponds : cet argument démontre que les créationnistes n’ont strictement rien compris à la théorie de l’évolution ! L’évolution n’est pas le fruit uniquement du pur hasard ! Certes, le hasard joue un rôle important dans le processus de mutations et d’améliorations, mais l’élément principal qui conditionne l’évolution d’une espèce est la sélection naturelle créée directement par l’environnement et les autres formes de vie. Or, la sélection, c’est un tout petit peu le contraire du hasard !

Considérons un exemple pour bien comprendre. Imaginez une race d’hyènes évoluant dans une savane d’herbe verte. Au départ de notre histoire, supposons que ces hyènes sont toutes de couleur rouge ; elles sont très voyantes et elles ont de la difficulté à attraper des proies, car celles-ci les voient arriver des kilomètres à l’avance. Heureusement, « variations génétiques » obligent (ou « intelligence supérieure » pour nos amis créationnistes), certaines hyènes naissent d’une couleur rouge légèrement moins vive que celle de leurs congénères, cette subtile différence les rendant moins repérables ; ce sont les plus aptes du lot pour trouver de la nourriture. C’est à ce moment-là qu’intervient la sélection naturelle qui va contribuer à « orienter » les futures variations et évolutions que subiront les prochaines générations d’hyènes. En effet, celles qui sont les moins rouges sont celles qui ont le plus de chance de survivre donc de se reproduire et donc de transmettre leur patrimoine génétique à la génération suivante, laquelle aura de grandes chances d’avoir le pelage de couleur rouge légèrement moins vive, voir encore moins rouge que celui de leurs parents. Reproduisez ce mécanisme plusieurs milliers de fois, sur des milliers, pour ne pas dire des millions d’années, et vous finirez par aboutir à des hyènes à pelage gris ou fauve tacheté de brun, les pires prédateurs que la savane d’herbe verte ait jamais connus !

Dans cet exemple, on voit bien que, contrairement à ce qu’affirment les créationnistes, l’évolution n’est pas le résultat du pur hasard, mais provient de l’effet combiné du hasard ET de la sélection naturelle qui exerce un tri parmi les fluctuations des caractéristiques au sein d’une même espèce pour ne choisir que les plus viables. L’argument de « gros coups d’essai et erreurs successifs » est une vision (volontairement ?) erronée de l’évolution.

Les créationnistes affirment : « La théorie de l’évolution, au sein même de la communauté scientifique, n’est pas bien acceptée et étayée, car les spécialistes passent leur temps à se disputer, à discuter des détails ou à se lancer au visage des arguments contraires. Dans ces conditions, le Créationnisme est beaucoup mieux parce qu’on est tous d’accord, nous marchons main dans la main, et même parfois, nous entendons de petites voix célestes qui viennent confirmer que nous marchons dans la bonne direction ! »

À ceci je réponds : cet argument est la preuve formelle que les créationnistes, en plus de ne rien comprendre à la théorie de l’évolution, ne comprennent rien à la démarche scientifique (ça commence à faire lourd comme boulet à porter). Un des principes de base de la science est de tester, de tester encore et encore, remettre en cause, retravailler, mettre à l’épreuve des théories dans le but de les améliorer, de les affiner par rapport au réel. Il est donc tout à fait normal de voir de nombreux chercheurs discuter de la théorie de l’évolution, mais ils ne font que discuter des détails, pas des fondements mêmes qui sont eux largement acceptés et éprouvés. En langage plus clair, les scientifiques ne discutent pas pour savoir si l’évolution a bien eu lieu, mais plutôt comment elle a eu lieu, la nuance est de taille. De plus, l’argument idiot des créationnistes revient finalement à dire que la science, pour que celle-ci soit acceptable, devrait rester figée ; malheureusement, ça marche peut-être ainsi pour le charlatanisme et les pseudo-sciences, mais pas pour la recherche scientifique !

Les créationnistes affirment : « De toute façon, l’évolution ce n’est qu’une théorie, pas des faits ! »

À ceci je réponds : vraiment ? La relativité générale, la physique quantique et la gravitation universelle sont toutes des théories qui ont permis, grâce à elles, à faire fonctionner des centrales nucléaires ou à prédire qu’une pomme peut tomber sur la tête de Newton ! Une théorie ce n’est pas un conte de fées ou une jolie histoire que quelques scientifiques sortent de leur chapeau comme un magicien, loin de là. Une théorie, pour être considérée comme valide, doit être soutenue par un très large éventail de faits ou d’expériences reproductibles ! Donc oui, les théories sont des faits, pleins de faits mis ensemble pour former un modèle cohérent et reproductible. Alors bien sûr une théorie n’est pas nécessairement immuable, elle peut évoluer ou être remise en cause en fonction de nouvelles découvertes, mais une théorie acceptée et validée représente, à l’instant T de nos connaissances, le modèle le plus juste et le plus proche de la réalité que l’on peut concevoir. On est quand même bien loin du « ce n’est qu’une théorie » péjoratif qu’utilisent souvent les créationnistes par méconnaissance pure et simple de la définition de ce mot.

Les créationnistes affirment : « Il n’y a aucune preuve de l’évolution tout simplement parce qu’il n’existe aucun moyen de reculer dans le temps pour aller vérifier. Donc on ne peut tout simplement pas savoir si les créatures sur Terre ont vraiment changé ! »

À ceci je réponds : cet argument est tellement sublime ! En une phrase, les créationnistes remettent en cause quasiment tous les évènements historiques qui ont eu lieu sur Terre. Bah oui après tout, qu’est-ce qui nous prouve que la guerre de 100 ans a bien eu lieu étant donné que personne ne l’a jamais vu de ses propres yeux ? Et quand est-il de la bataille de Napoléon-duc de Wellington, de la fameuse bataille Montcalm-Wolfe ou encore de la bataille George Washington-Charles Cornwallis ? Hein ! Heureusement, les scientifiques, qui ne s’arrêtent pas à la première difficulté rencontrée, ont depuis longtemps trouvé plein de moyens simples et efficaces pour vérifier et tester la théorie de l’évolution, le tout, sans ampoule de 500 watts ! Ils utilisent, par exemple, les fossiles retrouvés dans les différentes couches terrestres, fossiles qui, s’ils n’ont pas été placés là par un Dieu farceur cherchant à effacer les traces de son boulot, permettent d’avoir un aperçu assez large de pas mal de créatures anciennes et moins anciennes qui ont peuplé notre Terre. De plus, les biologistes aiment valider la théorie de l’évolution en utilisant des animaux à cycle de vie très court comme les souris, les mouches drosophiles, les champignons ou les pois verts afin de simuler rapidement plusieurs générations d’une même espèce et étudier les modifications entrainées par la sélection naturelle.

Finalement, histoire de rire un peu, on peut demander à nos amis créationnistes, puisqu’ils ne croient pas aux dinosaures, pourquoi Noé n’a pas voulu accueillir les dinosaures dans son arche entrainant ainsi leur disparition ?

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On pourrait discuter encore longtemps sans arriver à convaincre les créationnistes qu’il ne faut pas confondre foi et science. Les textes de la Bible ont été écrits à une époque où la théorie de l’évolution était une inconnue. On l’a remplacée par l’histoire d’Adam et Ève. À l’époque, ça pouvait être acceptable, mais maintenant ça ne tient plus la route. Les créationnistes devraient le reconnaître pour leur plus grand bien. Sinon, on va penser qu’ils font preuve d’étroitesse d’esprit, ou que leur foi est aveugle. Est-ce possible ? Voyons voir.

L’origine de la foi

L’origine du Créationnisme découle d’une foi aveugle dans les écrits de la Bible. Mais d’où provient cette foi ? Comment une personne peut-elle en arriver à croire à autant d’affirmations gratuites, sans fondement, sans réelle démonstration de l’existence de divinités surnaturelles ? Voici.

Tout dépend de l’éducation reçue. À la naissance, le bébé n’a aucune foi, aucune culture et ne parle aucune langue. Puis en vieillissant, l’enfant apprendra la foi, la culture et la langue que ses parents voudront bien lui enseigner. Le mot important dans cette phrase est « apprendre ». Lorsque l’on parle de la foi, de la culture et de la langue, on parle d’apprentissage. Je le répète, d’apprentissage et non, dans le cas de la foi, d’un don de Dieu-s’il-existe. Tout est appris pendant les 10 ou 15 premières années de notre existence. En ce qui concerne la foi, toute croyance à une divinité quelconque, peu importe son nom, commence toujours par l’enseignement de concepts religieux très abstraits à de jeunes enfants qui sont incapables de comprendre tout ce qu’on leur explique. Pour que la foi se développe, il suffit de répéter, répéter et encore répéter, sans cesse, jusqu’à ce que leur jeune cerveau devienne tellement imprégné de concepts religieux abstraits et incompréhensibles, qu’ils n’ont plus le choix : ils croient ! Un monumental lavage de cerveau prodigué à de jeunes enfants sans défense. Voilà l’origine de la foi. La plupart du temps, la foi repose sur un apprentissage intensif et non sur une longue réflexion personnelle sur le sujet. Par contre, ceux qui se convertissent à l’âge adulte sont ceux qui ont eu la chance de ne pas subir de lavage de cerveau dans leur enfance, mais qui une fois adulte cherche à remplacer les géants que furent leurs parents (capables de combler tous leurs besoins fondamentaux) par des divinités fictives.

En souvenir des géants protecteurs que furent les parents dans leur enfance, les humains aiment construire d’immenses statues pour les protéger de tous les malheurs de la vie. Cependant, il faut faire attention avant d’adopter des croyances irrationnelles voulant que ces statues aient une influence sur le surnaturel, avant de croire à de telles superstitions. Rappelons, par exemple, les statues de l’île de Pâques. Malgré la construction d’un nombre impressionnant de statues géantes, elles n’ont pas empêché l’extinction des habitants de cette île [5]. Au lieu d’investir toutes leurs ressources humaines et naturelles dans la construction de ces statues géantes, ils auraient mieux fait d’investir dans la construction de bateaux pour aller à la pêche et dans le développement de l’agriculture. Je doute, pour ne pas dire j’ai la certitude, que des statues en bois, en plâtre, en pierre, ou peu importe le matériau utilisé pour les fabriquer, puissent apporter une protection équivalente à celle des parents lors de la jeune enfance.

À cause donc de leur foi aveugle, de leurs besoins infantiles de protection, les conclusions des créationnistes sont fortement biaisées par leurs croyances religieuses, ce qui fait qu’ils manquent d’objectivité et que par conséquent la plupart de leurs conclusions sont fausses. Ce qui me surprend également, c’est qu’ils mettent en doute les connaissances sur l’univers, lesquelles sont confirmées par de nombreuses vérifications expérimentales, alors que toutes leurs affirmations reposent sur les écrits d’un livre, la Bible, qui lui n’a aucune crédibilité [7].

Les créationnistes répondent que les écrits de la Bible sont la révélation de Dieu, donc ils sont indiscutablement vrais. C’est faux. Il y a trop d’incohérences, de contradictions, trop d’erreurs, de fraudes et de falsifications dans ce livre pour qu’il soit d’origine divine [6, 7, 8]. Un Dieu, dont on n’a par ailleurs jamais prouvé l’existence, n’aurait jamais permis autant d’erreurs. Il y a tellement d’hommerie dans ce livre, qu’il ne peut avoir été écrit que par des humains, des humains fanatiquement religieux et par surcroit, ignorants.

Pour conclure cette section, je trouve que la foi aveugle engendre l’étroitesse d’esprit, que l’endoctrinement religieux de jeunes enfants est pervers et que mon approche d’humaniste athée est beaucoup plus rationnelle et humaine que celle des créationnistes. Je ne la changerai pas. Mes convictions reposent avant tout sur une argumentation logique s’appuyant sur des évidences, sur une démarche scientifique qui élimine toute affirmation gratuite non vérifiable. Avec cette approche, mes arguments deviennent en fin de compte des preuves. Alors que celle des créationnistes repose sur une série d’affirmations gratuites sans fondement. Dans leur cas, tout reste à prouver… Ils ont beaucoup de pain sur la planche.

L’avant Big Bang

Une autre préoccupation des créationnistes est l’origine de l’univers. Aujourd’hui, ils admettent assez facilement qu’il est en expansion. Toutes nos connaissances actuelles sur l’univers nous le confirment, ce qui implique qu’il a forcément été plus petit par le passé. Beaucoup plus petit… En reculant dans le temps, on arrive alors à un instant où il était entièrement contenu dans un volume microscopique. Puis, pour qu’il passe d’une dimension infime à sa taille actuelle, il a fallu qu’il se produise un événement qui ressemble à une gigantesque explosion, nommée Big Bang. Mais qu’est-ce qu’il y avait avant ce fameux Big Bang ? Comment toute l’énergie du Big Bang fut-elle créée, qu’elle est donc son origine ? Pour le moment, les scientifiques n’ont pas d’explication. Cependant, les créationnistes, y compris une bonne partie des croyants, prétendent que le Créateur de l’univers serait une mystérieuse divinité toute-puissante, que le Big Bang a nécessité à la fois une force et une intelligence illimitée que seule une puissance divine peut posséder. Alors, l’univers est d’origine divine ou pas ? Essayons de répondre à cette question.

Si un vrai Dieu existe, il ne peut être responsable tout au plus que de l’origine de l’univers, soit le Big Bang, et des forces fondamentales qui gouvernent l’atome et l’univers. Tout le reste n’est qu’évolution, échelonné sur une période de 13,7 milliards d’années [9]. Mais vous allez me rétorquer : « Qui a créé dans ce cas toute l’énergie initiale du Big Bang ? » Ce qu’il y avait avant le Big Bang, présentement, nous l’ignorons. Nos capacités intellectuelles actuelles ne nous permettent pas d’ imaginer ce qu’il y avait avant. Nous ne pouvons qu’imaginer que l’univers était dans un état microscopique extrêmement dense et extrêmement chaud. Avant ce moment fatidique, où l’univers est passé d’une taille inférieure à celle d’un proton à une immensité, en moins d’un milliardième de milliardième de seconde, toutes les équations de la physique cessent de fonctionner, même le temps et l’espace n’existent plus, comme l’explique Einstein lui-même dans sa théorie de l’espace-temps. Nous perdons tous nos repères. Les théories actuelles sur l’infiniment petit, entre autres, la théorie des cordes [10], ou la théorie quantique [11], n’arrivent pas à expliquer l’origine de l’univers. Essayer d’imaginer l’avant Big Bang, c’est comme essayer d’enseigner le fonctionnement du moteur automobile à un chien. Le mélange essence, air et feu est un concept trop abstrait pour son cerveau. Ça dépasse sa capacité à comprendre. L’avant Big Bang est la même chose pour l’humain. Ça dépasse notre capacité intellectuelle. De là à imaginer un être suprême capable d’exister avant cette singularité temporelle et cosmique, créateur de tout, est vraiment trop facile. À moins que Dieu-s’il-existe fût tanné d’être nulle part…

Ce qui est sûr, c’est que l’humain lui n’existait pas avant ce moment, et qu’il était donc incapable d’imaginer un dieu fictif tout-puissant, créateur de l’univers. Ça aura pris 13,7 milliards d’années pour qu’il en soit capable… Peut-être que dans quelques milliers d’années, lorsque nous aurons créé une intelligence artificielle très évoluée, nous découvrirons à quoi ressemblait l’univers à ses débuts et… que Dieu n’était qu’une fabulation ! Ou peut-être, nous ne le découvrirons jamais, qui sait ! Pour le moment, je préfère croire que le cerveau humain a ses limites et que nous ignorons ce qui s’est passé avant le Big Bang. Et cette réponse me satisfait. Je n’ai pas besoin de plus d’absolu et d’infini pour justifier notre présence sur cette petite planète Terre. De plus, si tout ce qui existe doit avoir été créé par un dieu tout-puissant, alors qui a créé Dieu lui-même ? Les croyants répondront que Dieu est éternel. Encore une autre affirmation gratuite sans fondement. Je préfère répondre : « On ne le sait pas ! »

En guise de conclusion

Bien que je doute fortement que cet article parvienne à convaincre les créationnistes que le mélange foi et science est incompatible, j’espère qu’il aura au moins éclairci les doutes que certains pourraient avoir concernant cette invraisemblable approche.

Je ne suis pas là pour discréditer la foi. Chacun est libre de croire ce qu’il veut, même les choses les plus invraisemblables, pourvu que ça ne brime pas la liberté d’expression des autres. Ce que je fustige en revanche, c’est la promotion de l’obscurantisme et d’absurdités sous le couvert de la religion. Il faut cesser de prendre les humains pour des imbéciles. Aujourd’hui, à cause de tous les moyens de communication, les gens sont beaucoup mieux informés et moins crédules. J’invite les croyants convaincus à avoir un esprit un peu plus critique. Ils peuvent garder leur foi s’ils le veulent, mais ils ne doivent pas mélanger foi et science. La foi repose sur la croyance irrationnelle à des divinités imaginaires, alors que la science repose sur l’observation de faits expérimentaux bien réels. Les deux sont incompatibles. Par exemple, les scientifiques ne peuvent pas « voir » les atomes, mais peuvent prouver hors de tout doute qu’ils existent ! Alors, messieurs et mesdames les créationnistes, si vous ne pouvez pas faire de même, alors taisez-vous !


Références

Avis aux lecteurs et lectrices : il existe de nombreux articles sur le Créationnisme. Je me suis inspiré des 4 premières références ci-dessous pour décrire le plus fidèlement possible l’approche des créationnistes. Cependant, toutes les conclusions du présent texte sont personnelles.

  1. Wikipédia, Créationnisme
  2. Skeptics’s Dictionary, Créationnisme, traduit de l’anglais par Pierre Cloutier, membre de l’organisme « Les Sceptiques du Québec inc. »
  3. Paper Blog, Pourquoi le créationnisme c’est vraiment n’importe quoi ?
  4. Le blogue du cerveau à tous les niveaux, Les attaques du créationnisme contre l’évolution
  5. Wikipédia, Histoire de l’île de Pâques
  6. Normand Rousseau, La Bible immorale, Louise Courteau, éditrice, 2006.
  7. Normand Rousseau, La Bible démasquée, incohérences et contradictions, Louise Courteau, éditrice, 2010.
  8. Normand Rousseau, Normand Rousseau, Le procès de la Bible, défenseurs et dénonciateurs, Louise Courteau, éditrice, 2012.
  9. Wikipédia, Âge de l’univers
  10. Wikipédia, Théorie des cordes
  11. Wikipédia, Physique quantique

* Richard Rousseau : chercheur scientifique spécialisé en physique des rayons X, à la retraite, ayant travaillé tout près de 37 ans au laboratoire d’analyse par fluorescence des rayons X (FRX) de la Commission géologique du Canada, à Ottawa. Il y a développé une méthode d’analyse FRX et un logiciel d’application. Il est membre de Libres penseurs athées (LPA) et membre à vie de l’Association humaniste du Québec (AHQ).


Un commentaire sur “Le Créationnisme, quelle belle fumisterie créée par les religions !
  1. Jaque Parisien dit :

    Excellent texte M. Rousseau. Votre réflexion se déploie sans faille et montre combien les créationnistes font preuve de duplicité et de mauvaise foi, sans jeu de mots. En passant, j’aimerais vous souhaiter la bienvenue parmi nous. Que votre collaboration avec notre nous, notre association, soit longue et fructueuse. Au plaisir.

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