L’inquiétante intolérance de la nouvelle commissaire antiracisme

Texte collectif

2021-01-21

Ce texte a paru dans le Journal de Montréal, Le Devoir et TVA Nouvelles.


Le rôle de choisir une personne chargée de faire reculer le racisme, bien réel et vécu à Montréal n’est pas chose facile. Informé des objections qui pouvaient être faites à l’endroit de la commissaire désignée, Bochra Manaï, un des porte-parole de la mairesse a indiqué que « la Ville ne peut pas, légalement ou moralement, rejeter un candidat qualifié sur la base de ses positions ou emplois passés. »

Tout au contraire les positions et les emplois passés ne sont-ils pas un indicateur essentiel pour juger de la capacité de la personne choisie d’accomplir sa tâche d’écouter, de rassembler, d’agir sur un sujet délicat avec le plus de nuances possibles et par conséquent d’obtenir des chances de succès ?

Sa définition du racisme

La définition que Mme Manaï a du racisme est évidemment au cœur de la question. Rappelons que le racisme est fondé sur une idéologie sur la croyance qu’il existe une race supérieure.

Or, la religion n’est pas une race !

N’en déplaise au parti municipal au pouvoir et au conseil municipal qui a condamné à l’unanimité la Loi 21 sur la laïcité. À l’encontre des 65% des Montréalais qui favorisent l’interdiction des signes religieux pour les policiers et 58% pour les enseignants (Crop sur la RMR novembre 2018).

Mme Manaï a livré en 2019 un discours rempli d’amalgames où elle a inscrit dans la même logique l’adoption de la loi sur la laïcité, l’attentat de la Mosquée de Québec et celle de Christchurch (Nouvelle-Zélande). Elle a même indiqué que « le Québec est désormais une référence pour les suprémacistes extrémistes du monde entier ».

Estime-t-elle que la Loi 21 sur la laïcité est raciste ? Cela semble être le cas puisque cinq fois, en entrevue au 98,5 FM avec Bernard Drainville, elle a refusé de se prononcer sur cette question. Qui ne dit mot consent !

Pense-t-elle donc que la forte majorité des Montréalais favorables à cette loi présentent des symptômes de racisme ?

Les défenseurs de la laïcité bafoués

Désormais la commissaire chargée de faire reculer le fléau raciste, ne devrait-elle pas se prévaloir de cette forte tradition historique québécoise favorable à la séparation des religions et de l’État ?

On sait qu’un bon nombre de Québécoises musulmanes ou nord-africaines, ont soutenu le combat pour la laïcité, celles qu’elle accuse d’être des « laïcards ». Loin de se montrer respectueuse des divergences d’opinions au sein de la diversité québécoise, irresponsable, Mme Manaï, a nommément accusé ces femmes d’avoir précipité « les Québécois dans une chasse aux musulmans » faisant d’elles des cibles à abattre pour les islamistes, les réduisant à de « pseudo-intellectuelles assurément exotiques ».

La critique confondue avec la haine

Sa définition du racisme est également problématique et dépasse le simple mépris pour ses contradicteurs au sujet de la laïcité. Dans un texte sur l’islamophobie, elle explique clairement que toute critique de l’Islam est une forme de racisme contre les musulmans :

« Les détracteurs du terme islamophobie évoquent l’idée qu’il est possible de «critiquer» l’islam, sans pour autant «détester» les musulmans. Or, cette hostilité qui s’exprime à l’encontre de l’islam comme religion semble directement liée au rejet des musulmans eux-mêmes. »

Elle souscrit donc à « toutes les définitions de l’islamophobie comme racisme. » Ne distinguant pas la lutte contre l’Islam radical, la critique de la religion et le racisme.

Avis donc à tous ceux qui osent dire que l’Islam, même modéré, est fondamentalement inégalitaire, – comme d’ailleurs le judaïsme ou le christianisme. Ils sont, au vu de la commissaire, des racistes.

La commissaire Manaï juge-t-elle avec moins d’ouverture d’esprit les Montréalais qui critiquent l’Islam radical ? Ou encore estime-t-elle que des imams et ayatollahs extrémistes qui endoctrinent ceux qui décapitent et tuent au nom du prophète ailleurs sont des victimes ?

Ne serait-ce que pour ces amalgames qui ne distinguent pas la lutte contre l’Islam radical et la critique de la religion, la mairesse de Montréal n’aurait jamais dû la nommer.

Les coupables sont-ils les démocrates ?

Dans un texte intitulé « le Quiproquo de la radicalisation », elle qualifie de « vaste supercherie » l’idée que des imams radicalisés poussent au crime et au djihad des jeunes montréalais. Il s’agit, écrit-elle d’une « pseudo-théorie de la radicalisation comme processus théologique » promue à son avis, par les services de renseignements occidentaux. On convient que le processus de radicalisation des djihadistes occidentaux est un phénomène complexe lié à plusieurs facteurs.

Cependant la négation obstinée de Mme Manaï du rôle joué par les réseaux islamistes violents, radicaux et financés par l’Iran, l’Arabie saoudite ou le Qatar, relève d’un dangereux aveuglement, d’un manque de discernement et de nuances.

Montréal a été épargnée, ces toutes dernières années, par le phénomène, mais l’Europe occidentale en constate les dégâts quotidiennement.

On pourrait penser que la nouvelle commissaire estime au moins que les assassins des caricaturistes et du personnel de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher à Paris ont répondu aux appels aux meurtres lancés par les imams et ayatollahs violents du Moyen-Orient, appels relayés par des prédicateurs djihadistes locaux. Pas du tout !

L’occident responsable du manque d’intégration ?

Dans un texte ahurissant consacré à cette tuerie, Mme Manaï porte la totalité du blâme sur la France et les écueils qu’ont connu ses politiques d’intégration. La nouvelle commissaire s’attriste même du fait que son analyse sur l’échec des valeurs républicaines françaises « échappe à ces millions de marcheurs » réunis dans la foulée de l’attentat pour défendre le droit à la liberté d’expression et réprouver la haine de la civilisation occidentale portée par les djihadistes.

Si le texte juge que la politique française envers sa population arabe et ses banlieues a créé des conditions de l’aliénation d’une partie de la jeunesse, on est surpris de ne pas y lire à tout le moins un mot sur la coresponsabilité des recruteurs islamistes.

Une nuance ici, la France qui nous a précédés sur ce chemin, a compris que pour vivre harmonieusement il faut séparer l’Islamisme de l’Islam.

Les forces maléfiques occidentales

Mme Manaï introduit bien dans son texte un élément géopolitique. Elle parle de « l’union des forces maléfiques » qu’elle décrit ainsi : « une solidarité inconditionnelle des États les plus meurtriers de l’Histoire ». Elle qualifie de « forces maléfiques » les pays occidentaux qui ont participé à des opérations militaires au Moyen-Orient. Elle ne parle ni de l’Iran, ni de l’Iraq, ni des talibans, ni de la Turquie, etc.

Tous ces écrits sont disponibles sur le site du Huffington Post Québec.

Ne serait-ce que pour ce délire spirituel, la mairesse de Montréal aurait dû choisir un/e candidature avec un profil de rassemblement, de tolérance et surtout de pédagogie citoyenne.

L’idée que se fait Mme Manaï du racisme et des racistes, des Montréalais et des Québécois, est qu’ils portent en eux ce dangereux stigmate du racisme, qu’elle a pour mandat de les accompagner et de les redresser sur les chemins de la tolérance et de l’acceptation de l’autre, c’est-à-dire sur le chemin de l’acceptation de l’Islam radical et contre cette dangereuse loi de la laïcité.

Faire, entre autres, cet amalgame entre race et religion revient à la négation totale de la liberté de conscience, une liberté des plus fondamentales qui est au cœur de la démarche laïque. Comment peut-on lutter contre le racisme et contre la discrimination tout en bafouant complètement cette liberté fondamentale ?

Alors que la laïcité permet justement une neutralité viable pour TOUS les citoyens, quels que soient leurs convictions religieuses.

Signataires

  • Louise Beaudoin, ex-ministre des Relations internationales (Québec)
  • Agnès Maltais, ex-ministre de la Culture et des Communications (Québec)
  • Évelyne Abitbol, ex-conseillère spéciale à la diversité culturelle à l’Assemblée nationale
  • Mohand Abdelli, P.Eng., ingénieur retraité, Montréal
  • Jawad Amerzouk, chercheur doctorant en sociologie des problèmes publics, et conseillers en développement des compétences. (UQAM)
  • Suzie Baillargeon, Enseignante retraitée pour enfants immigrants
  • Daniel Baril, vice-président du Mouvement laïque québécois (MLQ)
  • Frédéric Bastien, historien
  • Sylvie Bergeron, écrivaine
  • Étienne-Alexis Boucher, Société nationale de l’Estrie
  • Zahra Boukersi enseignante
  • Ferid R. Chikhi, Conférencier et Formateur
  • François Côté, Avocat
  • Claude Kamal Codsi, président du Rassemblement pour la laïcité (RPL)
  • Francine Desjardins. gestionnaire
  • Andrée Devault Professeur à la retraite
  • Amin Djema, Gestionnaire TI et vlogueur
  • Anne-Emmanuelle Lejeune, membre du CA, PDF-Québec
  • Nadia El-Mabrouk, membre du RPL
  • Marie-Claude Girard, membre du RPL
  • Louise Guilbault, membre de PDF-Québec
  • Ensaf Haidar, militante et défenseure de la Laïcité (FRBL)
  • Hassan Jamali, écrivain et professeur à la retraite
  • Lucie Jobin, membre du RPL
  • Yves Laframboise, membre du RPL
  • Richard Lajoie, enseignant
  • Ghisline Larose, féministe
  • Mona Latif-Ghattas, écrivaine
  • Leila Lesbet, membre PDF-Québec, Conseil du statut de la femme (CSF) Québec (2013 à 2018)
  • Christine Levesque, Professeure et membre du CA de PDF-Québec
  • Hélène Massé, enseignante
  • Léon Ouaknine, écrivain
  • David Rand, président, Libres penseurs athées (LPA)
  • Andréa Richard, membre de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)
  • Louis Robichaud, Artiste
  • Guillaume Rousseau, Avocat
  • Johanne St-Amour, féministe
  • Ferroudja Si Hadj Mohand, Membre Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) féministe universaliste
  • Claire Simard, professeure-chercheure retraitée et membre du CA de PDF-Québec
  • Khaled Sulaiman, journaliste et écrivain
  • Nicole Vermette, orthopédagogue retraitée, membre de PDF-Québec
  • Michel Virard, président, Association humaniste du Québec (AHQ)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

Imprimer cette page Imprimer cette page