2022-11-19 : Entretien avec Yasmine Mohammed

Date de publication : 2022-12-19

[La vidéo est en anglais. Une traduction française de la première moitié suit sur cette page.]

Bienvenue à cette vidéo d’un événement en ligne de Libres penseurs athées. Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’accueillir une figure majeure de la libre pensée, de la laïcité et des mouvements des ex-musulmans, une auteure et militante des droits de l’homme qui a tant fait pour dissiper la nébuleuse d’idées fausses et de malhonnêteté qui entoure la question de l’islam et de l’islam radical. Je fais bien sûr référence à Yasmine Mohammed. Son livre Lever le voile, ou Comment les progressistes occidentaux favorisent l’islam radical (le titre résume bien la situation) a été traduit en une quinzaine de langues. La version française vient de paraître, chez une éditrice québécoise locale Jet Bleu.

Note du traducteur : En première partie de la présentation de Mme Mohammed, une douzaine de questions prédéterminées ont été posées par Monsieur David Rand, président des Libres penseurs athées. En seconde partie, les participants ont pu poser leurs questions à Mme Mohammed.

Transcription en français de la vidéo (première partie)

David Rand : À votre avis, pourquoi y a-t-il autant d’opposition à la Loi 21 dans le reste du Canada (ROC) ?
Yasmine Mohammed : Mon livre vient d’être traduit en différentes langues. Et il a récemment été traduit en espagnol. Je reçois beaucoup de support des féministes parlant espagnoles d’une façon telle que je ne l’ai jamais reçu des féministes nord-américaines parce que les féministes en Amérique du Sud — les féministes qui parlent espagnol — sont très conscientes de la façon dont l’Église catholique était toujours sur leurs dos à imposer toutes sortes de contraintes sur leurs vies et sur leur gagne-pain. Et cela s’est passé récemment au Québec, où les femmes ont leurs histoires, le souvenir de leurs mères et de leurs grands-mères contrôlées par l’Église. Alors que les femmes dans la partie anglophone du Canada n’ont pas ce genre de souvenirs. La population dans le reste du Canada n’a pas ce genre de souvenirs. Alors lorsqu’ils regardent la Loi 21, ils ne comprennent pas vraiment ce besoin de supporter très fortement la laïcité. Ils le considèrent comme une façon de discriminer certaines personnes à cause de leurs identités. Je crois que c’est vraiment ce à quoi ça se résume. Ils sont tout simplement ignorants de la situation, ignorants de cette lutte-là.
David Rand : Au Canada en dehors du Québec, il y a plusieurs associations qui se prétendent pour le sécularisme mais qui S’OPPOSENT à la Loi 21. Qu’en pensez-vous ?
Yasmine Mohammed : Il s’agit d’une mauvaise conception de la laïcité. C’est là la différence entre le sécularisme américain et la laïcité française par exemple. Aux États-Unis ils croient que cela signifie la protection de la religion, alors qu’en France la laïcité signifie la protection de la population contre la religion. C’est une approche très différente et une différence fondamentale au cœur de la façon de voir la laïcité. Je crois que c’est vraiment ce à quoi ça se résume. Ces prétendus groupes « séculiers » et ces groupes prétendument « athées » il est embarrassant de voir jusqu’à quel point ils sont ignorants de la vraie définition du sécularisme (ou de la laïcité) et de son vrai but. Malheureusement nous constatons ça parce que le terme « sécularisme » est en général compris comme étant « la liberté de religion » alors qu’il s’agit aussi de pouvoir se libérer de la religion.
David Rand : En France, depuis 2004, le port de signes religieux est interdit aux élèves à l’école. Des chercheurs ont constaté que, depuis lors, les performances scolaires des filles de familles musulmanes se sont considérablement améliorées et qu’aucune amélioration similaire n’a été observée, ni pour les garçons, ni pour les filles de familles non musulmanes. En d’autres termes, l’absence du hijab a été très bénéfique. Pensez-vous que le gouvernement du Québec devrait étendre la loi 21 pour mettre en place une disposition similaire ici ?
Yasmine Mohammed : J’aimerais ça pour être honnête. Mais nous avons déjà tellement de problèmes avec la loi telle quelle est. Je pense qu’elle ne va pas assez loin et que nous aimerions voir un fort support de la laïcité et un fort support des femmes. C’est quelque chose qui est réellement… les religions en général, mais l’islam en particulier est si férocement misogyne que lorsque l’on permet à la religion — je cherche une expression polie — de contrôler, de dominer, quand elle n’est pas stoppée, quand elle n’est pas limitée ou contrainte, les premières personnes qui sont affectées sont les femmes. En tant que personne qui se préoccupe profondément des droits des femmes, c’est la raison principale pour laquelle je parle contre cette religion. Bien sûr elle fait du mal à tout le monde, elle fait du mal aux hommes aussi, elle fait du mal aux homosexuels, aux minorités, mais la façon dont elle traite les femmes est tellement inhumaine et ces statistiques que vous venez de mentionner sont tellement révélatrices qui démontre que dès que vous permettez aux filles d’être elles-mêmes vous pouvez voir toute la différence que cela fait dans leurs vies. Quand elles ne sont pas complètement et en tout temps contrôlées par cette religion. Et ne faites pas cette erreur : le hidjab n’est pas seulement un morceau de tissu, même si ça ressemble à un simple morceau de tissu, mais il est comme des menottes aux bras d’un esclave ou des menottes aux bras d’un prisonnier. Ce n’est pas ce qui les rend esclaves, ce n’est pas ce qui les faits prisonniers, c’est seulement la partie visible que vous voyez. Ces filles sont complètement asservies dans leurs esprits. Et enlever le hidjab est un geste si énorme, si monumental c’est comme une clé, c’est comme enlever des menottes. C’est la première étape. Comme je dis toujours, « libère ta tête et libère ensuite ton esprit ». C’est la première étape pour acquérir leur liberté.
David Rand : Lors de vos nombreuses entrevues dans les médias, vous parlez souvent de la façon dont les accusations de soi-disant « islamophobie » sont utilisées par les islamistes — et par leurs idiots utiles — pour étouffer les discussions ouvertes sur les problèmes causés par l’islam et par l’islamisme. Pourriez-vous expliquer brièvement ? Et lié à cette question, vous avez sans doute remarqué comment même les accusations de racisme sont utilisées de la même manière. Apparemment, les islamistes ont infiltré le soi-disant mouvement antiraciste. (Je dis « soi-disant » parce que ce mouvement ne semble pas vraiment agir contre le racisme comme il le prétend.) Quelle est votre opinion sur tout cela ?
Yasmine Mohammed : Le mot « islamophobie » a été inventé à Iran par des islamistes, ce qui peut vous dire en partant de quoi il retourne. Dans des pays comme l’Iran, la Pakistan, l’Arabie saoudite, etc., il est interdit par la loi de critiquer l’islam, il est interdit par la loi de critiquer le prophète de l’islam, et si vous le faites, vous allez être emprisonné, vous allez être fouettés publiquement, vous pouvez être exécutés, toutes sortes de punitions peuvent vous être infligées. Par exemple… Vous connaissez Ensaf Haidar de Sherbrooke et la situation de son mari qui ne critiquait même pas l’islam, il parlait seulement de libéralisme. Quand vous voyez dans l’Ouest, quelqu’un qui critique l’islam, voyez ce qui est arrivé à Charlie Hebdo, voyez ce qui est arrivée à Samuel Paty, voyez ce qui est arrivé à Salman Rushdie, etc., to Ayaan Hirsi Ali, Theo Van Gogh, la liste est très longue, dès que quelqu’un critique l’islam, il subit de la violence. C’est la même sorte de violence que les gouvernements utilisent dans les pays à majorité musulmane. Mais lorsque vous n’êtes pas dans un pays à majorité musulmane, vous devez vous fier aux Musulmans pieux pour effectuer l’acte de vengeance. Le mot « islamophobie » a été créé pour les pays où il n’existe pas de lois contre le blasphème, où il n’y a pas de loi imposée d’en haut (i.e. du gouvernement) contre le blasphème, où il n’y a pas de gouvernement qui dit que critiquer l’islam va vous mener en prison. Au lieu de cela, ils ont inventé ce mot pour empêcher la critique de l’islam à partir de la population elle-même. Cela sert exactement le même objectif, c’est-à-dire imposer le silence à la population. Qu’il soit imposé de haut en bas par le gouvernement dans les pays musulmans ou de bas en haut par la population elle-même dans les autres pays. Créé par les idiots utiles, perpétué par les idiots utiles. Les gens qui utilisent ce terme-là, les gens qui font taire les autres, les empêchent de critiquer cette religion, sont des idiots utiles, ils font le travail des islamistes. C’est à ce point, David, que même les femmes iraniennes, lorsqu’elles parlent de la République d’Iran qui leur interdit de danser, de chanter, de rire, de conduire un vélo, de s’habiller comme elles le veulent, si elles devaient essayer de critiquer ces limites en Iran, elles seraient assassinées. Et ici en Amérique, si elles essaient de parler de ces conditions-là sur les médias sociaux, elles sont bombardées par le mot « islamophobie ». Elles ne peuvent même pas en parler.
David Rand : En d’autres mots, le terme « islamophobie »… L’accusation d’ »islamophobie » est une accusation de blasphème.
Yasmine Mohammed : Absolument ! C’est pour faire taire !
David Rand : Mais utilisée à l’extérieur des pays à majorité musulmane — où il peut ne pas y avoir une loi contre le blasphème ou, s’il y en a une, elle est moins forte.
Yasmine Mohammed : Absolument ! C’est une façon de faire taire les gens. Certains vont utiliser la violence, comme ceux qui ont poignardé Salman Rushdie ou ceux qui ont assassiné les caricaturistes de Charlie Hebdo, alors que d’autres choisissent la méthode « non violente » en se servant du mot « islamophobie », mais c’est dans le même but, c’est le même objectif : vous empêcher de critiquer cette religion-là.
David Rand : Si je comprends bien, votre mère et votre beau-père (son deuxième mari) sont tous les deux égyptiens et qu’en Égypte, quelque 98 % des femmes subissent des mutilations génitales féminines (MGF). Je comprends également que c’est la menace que cette procédure soit appliquée à votre fille qui vous a amenée à prendre une décision qui a changé votre vie. S’il vous plaît, racontez-nous cette histoire.
Yasmine Mohammed : Alors, euh… J’ai toujours été mécontente de ma vie mais j’avais aussi très peur. J’avais trop peur de faire quelque chose pour la changer, j’avais peur.… j’avais peur de ma mère, j’avais peur de l’homme qu’elle avait marié, j’avais peur de mon frère, j’avais peur d’être assassinée… J’avais aussi peur de… brûler en enfer pour l’éternité, et de toutes les punitions que je devrais supporter dans le tombeau, et de toutes les choses que l’on vous raconte qui vont vous arriver si vous désobéissez. Et j’acceptais mon destin de femme musulmane, je l’acceptais de la même façon que l’on accepte un diagnostic de cancer… Je sentais qu’il n’y avait rien que je pouvais y faire, je n’avais pas le choix, je n’avais aucun pouvoir, alors il fallait que je l’accepte. Il faudrait que je vive de cette façon. Quand j’ai eu ma fille, j’étais maintenant responsable d’elle. Je voulais la protéger, je voulais qu’il n’y ait que du bonheur dans sa vie, qu’elle ne souffre jamais, et… quand ma mère… et l’homme qu’elle m’avait forcée à marier ont discuté de l’amener en Égypte pour la faire… mutiler… c’était comme si… À ce moment-là, j’ai eu envie de la prendre dans mes bras et de sauter par la fenêtre… J’aurais préféré… Je voulais seulement m’échapper, désespérément quitter la pièce… Et ce qui m’a empêché de le faire a été la réaction de ma mère qui lui a dit « Non… On va attendre qu’elle ait six ou sept ans, alors on va l’amener en Égypte le faire là-bas. On ne peut pas le faire au Canada.  Alors je me suis dit : « OK, il me reste six ou sept ans pour sortir d’ici.  À cette époque, j’avais une éducation d’école secondaire, c’était avant les médias sociaux, je me sentais complètement isolée… Et il y une chose ici… même si je détestais ma vie jusque-là, je voyais que la vie de ma fille serait pire que la mienne, parce que moi je n’avais pas eu de mutilation génitale. Et ce bébé… que je voulais protéger de toutes mes forces, je savais qu’elle aurait une vie encore pire que la mienne… C’était inimaginable ! Alors j’ai réalisé que je devais sortir de ce mariage, que je devais m’éloigner de lui, que je devais m’éloigner d’elle… Il fallait que ce soit seulement moi et ma fille.
David Rand : Concernant le « burkini », dans une de vos entrevues, vous avez posé la question rhétorique suivante — que je trouve franchement brillante : « Souhaitez-vous célébrer les sous-vêtements mormons sur la couverture de Sports Illustrated ? Alors pourquoi célébrer le burkini ? » S’il vous plaît, commentez cette figure de style.
Yasmine Mohammed : Oui, absolument ! Ils ne glorifient jamais les philosophies extrémistes fondamentalistes, jamais ! Vous ne voyez pas de Juifs hassidiques, de Mormons, vous ne les voyez pas glorifier FLDS (Église fondamentaliste de Jésus-Christ des saints des derniers jours), ou la Scientologie, mais, mon dieu, le hidjab est partout ! Il est fétichisé, pas seulement sur la couverture de Sports Illustrated, mais aussi sur la tête des poupées Barbie, sur les journaux et les revues, je ne peux pas cliquer sur n’importe quelle publicité, n’importe quelle appli sur mon téléphone, sans qu’il soit là partout. Il est là tout le temps ! Le hijab est partout, normalisé, banalisé, comme s’il n’y avait pas de femmes pourrissant en prison en ce moment même à cause du hidjab, comme si ce n’était qu’un morceau de tissu inoffensif. Si on mettait des sous-vêtements mormons sur la couverture de Sports Illustrated, ce serait plus logique parce que personne n’est assassiné à cause des sous-vêtements mormons. Des filles sont assassinées pas seulement en Iran ou en Arabie saoudite, mais même au Canada il y a eu des filles qui ont été assassinées à cause du hidjab ! Mais je ne sais pas… Il y a cette manie de prétendre que c’est un vêtement exotique et bénin, qui appartient à une culture. C’est un mensonge tellement sadique. C’est tellement cruel de prétendre qu’il s’agit d’un vêtement ordinaire, vous savez… Ce n’est pas que… Des gens se mettent en colère à cause d’événements qui se sont produits il y a des centaines d’années… Oh, ceci est une insulte à la mémoire des X, Y ou Z ! Mais ceci se produit en ce moment même, ça se produit actuellement ! Quand j’étais à Montréal, j’ai discuté avec tellement de femmes venant du Maroc ou de l’Algérie, des femmes qui… Vous savez en Algérie il s’est produit quelque chose qu’ils appellent « la Décennie Noire », pendant laquelle les femmes étaient tuées à cause du hidjab. Si vous ne portiez pas le hidjab, vous étiez assassinée. Et beaucoup de ces femmes sont venues vivre au Canada… et beaucoup sont venues vivre au Québec parce qu’elles parlent français. Et maintenant au Canada, elles voient quoi… Elles voient leurs collègues féministes se faire expulser des Groupes féministes parce qu’elles osent critiquer le hidjab ! On a affaire à une inconcevable… ignorance !
David Rand : J’appelle ça de la stupidité volontaire !
Yasmine Mohammed : Oui. C’est parfait.
David Rand : Ça n’explique pas ce que c’est, mais c’est hypocrite jusqu’à l’absurde… Dans une autre de vos entrevues, vous expliquez que la critique est le moteur du progrès. Sans cette critique, les sociétés et les religions ne progressent ni ne s’améliorent. Commentez s’il vous plaît.
Yasmine Mohammed : Oui, absolument ! J’aime bien la façon dont vous l’avez exprimé… et je ne l’ai jamais expliqué dans ces mots éloquents mais je pourrais bien utiliser ces termes dans le futur. Il s’agit définitivement d’un instrument majeur pour le progrès. Si nous ne critiquons jamais les choses, comment pouvons-nous espérer qu’elles changent ou qu’elles s’améliorent ? Vous voyez, c’est… C’est complètement fou pour moi, particulièrement à l’époque de Trump, ou les Américains se sentaient si confortables de critiquer leur gouvernement, critiquer même au point que… parfois, c’était grotesque… Par exemple, lors de la fête du Canada, nous ne voulons pas fêter le Canada, nous sommes tellement dégoutés par notre propre pays… Vous voyez ce que je veux dire, cela se rend jusqu’à l’extrême. Ils sont capables de critiquer leurs politiques, de critiquer le christianisme en général, de critiquer leur propre gouvernement… Mais lorsque des gens venant de pays à majorité musulmane ou issues de communautés musulmanes essaient de critiquer les horribles choses qui se produisent, comme vous l’avez mentionné… les athées qui sont assassinés, les gais qui sont assassinés, les femmes qui sont décapitées parce qu’elles portaient des jeans… les raisons les plus banales de tuer des femmes, alors nous n’avons pas le droit d’en parler, nous n’avons pas le droit de critiquer ça, parce que si nous le faisons, alors c’est nous qui sommes les méchants ! Alors je me demande pourquoi vous ne voulez pas que ces communautés ou ces pays progressent de la même façon que vous l’avez faite ? Pourquoi avez-vous acquis le droit de critiquer l’Église et d’implanter la laïcité dans vos pays, pourquoi avez-vous eu le droit de critiquer le patriarcat et d’implanter l’égalité des hommes et des femmes dans vos pays ! Pourquoi avez-vous acquis le droit de critiquer l’homophobie et d’avoir l’égalité hommes-femmes dans vos pays ! Pourquoi ces avantages pour vous seulement ? Ce sont des valeurs universelles ! Oui, elles ne sont implantées actuellement qu’en Occident, et nous les appelons « les valeurs de l’Occident », mais ça ne signifie pas qu’elles sont seulement pour l’Occident ! Vous savez… ce sont des droits humains et nous avons tous droit aux mêmes libertés. Et pas seulement les Occidentaux.
David Rand : Je crois que c’est une obsession continuelle contre l’Europe. Vous pouvez critiquer… L’Europe était le centre de l’Univers… Elle était à l’origine de tout ce qui était bon, maintenant elle est à l’origine de tout ce qui est mauvais. Mais elle est toujours le centre de l’Univers… Vous pouvez critiquer le Christianisme, les violations des droits de la personne dans les cultures européennes… mais pas en dehors.
Yasmine Mohammed : Oui, mais on ne parle pas du fait que… nous n’avons pas de discussion au sujet de l’esclavage par les Arabes, nous ne mentionnerons pas que les Arabes ont colonisé un quart de la planète, on ne rappellera pas que l’Arabie saoudite n’a cessé l’esclavage que lorsque les Britanniques l’ont exigé. Les Anglais ont dit : nous ne vous aiderons pas à extraire le pétrole de votre sol si vous ne cessez pas d’acheter et de vendre des êtres humains. Et ils ont seulement cessé dans les années soixante ! Ils n’ont cessé que dans les années soixante ! Aussi incroyable que cela puisse paraître !
David Rand : Il y a un demi-siècle.
Yasmine Mohammed : Parce que, selon l’Islam, l’esclavage est permis. Et la seule raison pour laquelle ils l’ont cessé est qu’ils voulaient l’argent qu’ils pouvaient amasser pour leur pétrole. Et qu’ils ne pouvaient pas obtenir l’aide du « gros méchant homme blanc » sans cesser l’esclavage.
David Rand : Dans une autre de vos entrevues, vous observez que le relativisme culturel nuit au groupe même que l’on prétend expressément vouloir protéger. S’il vous plaît, expliquez.
Yasmine Mohammed : Bon… Les relativismes culturel et moral sont horribles. Ils sont absolument dégoutants ! Les choses qui sont correctes, ce qui est vrai est vrai, ce qui est faux est faux, peu importe votre localisation géographique dans le monde. Alors, ce que je voulais dire par ce commentaire, je faisais référence dans mon livre à l’époque où j’avais douze ans… c’est en fait un de mes professeurs qui avait remarqué que je ne semblais pas bien. Après lui avoir parlé un peu, je lui ai mentionné les abus que je subissais à la maison. Il a alors dit que c’était son devoir de le rapporter. Alors il est allé à la police, et les Services à l’enfance se sont impliqués et c’est devenu une grosse enquête. Cela s’est rendu jusqu’au Tribunal d’affaires familiales et à la fin de l’audience, le juge m’a dit : « C’est votre culture, c’est votre religion, c’est votre famille, c’est la façon que votre famille a choisie pour vous discipliner… et donc c’est différent de la façon dont les autres Canadiens choisissent de discipliner leurs enfants, mais cela fait simplement partie de votre culture ! » Notez bien que ce juge savait que j’avais été pendue par les pieds la tête en bas dans le garage et fouettée. Et c’était ça, sa réponse pour moi : « Ah, c’est votre culture ! Il se trouve que tu es née dans cette famille-là, il se trouve qu’ils viennent de ce pays-là, alors il va simplement falloir que tu l’endures… » Alors, c’est à ça que je fais référence. Lorsqu’ils pensent qu’ils vont protéger certaines cultures ou protéger certaines croyances parce que de cette façon nous allons être inclusifs et diversifiés et que nous allons être de bonnes personnes, ce qu’ils font en fait, c’est protéger les oppresseurs. Et ils empêchent les victimes de parler et d’être entendues, parce qu’ils protègent les oppresseurs !
C’est ce que je voulais dire par ce commentaire-là. Malheureusement, ça ne s’est pas arrêté, ça continue encore. Je reçois encore des lettres de filles venant de partout au Canada, d’Australie, des États-Unis, de la Grande-Bretagne, d’Écosse, de partout, qui me racontent des histoires semblables. Il y a tellement de gens qui travaillent dans les services sociaux et qui sont musulmans et qui… il y a tellement d’histoires… Certaines me viennent à l’esprit maintenant… mais je vous en raconter juste une très rapidement. Il s’agit d’une fille à Londres qui avait seize ans et dont la famille s’est aperçue qu’elle avait un petit ami. Alors sa famille a menacé de la tuer, ils l’ont battue et l’ont enfermée dans la maison. Elle a réussi à rejoindre les Services à l’enfance. Et lorsque ce derniers sont venus à la maison, ils ont amené avec eux un traducteur urdu, ce qui n’était pas nécessaire parce que les deux parents parlaient parfaitement anglais. Ils ont amené le traducteur urdu, parce qu’ils voulaient montrer qu’ils étaient sensibles à leur culture. Et le traducteur a dit aux parents, en urdu, « elle a seize ans maintenant, et dans un couple d’années vous ne pourrez plus la contrôler. Alors vous êtes mieux de l’emmener au Pakistan et la faire marier dès maintenant. » Et c’est exactement ce qu’ils ont fait.
Et ce genre de choses… Il y a tellement d’histoires semblables ! Et c’est ce qui arrive quand ils essaient d’être « sensibles à la culture ». « Oh, ils viennent du Pakistan, alors nous devons amener avec nous un traducteur urdu ! » J’ai des histoires semblables de la communauté Somalienne, et des histoires comme ça, ça n’en finit pas ! Ils se croient « sensibles aux cultures », ils se croient bienveillants, mais ce qu’ils font en réalité c’est rendre encore plus difficile pour les filles soumises à cette tyrannie-là de parler franchement.
Et c’est pourquoi ce que vous avez mentionné au début de la présentation – que les filles en France étaient protégées par leur Gouvernement qui a dit : « Vous ne pouvez pas mettre ces vêtements sur les jeunes filles ». Rien que ça permet aux jeunes filles de se sentir moins impuissante parce qu’elle sait que dans ce pays « Mon Gouvernement est derrière moi ! ». Au contraire de moi. Ou au contraire de Sadia, la fille dont je viens de vous parler. Nous avons eu le contraire, ici. Nous ne sentions pas que notre pays nous appuyait.
David Rand : Dans encore une autre de vos entrevues, vous dites que les gens les plus racistes sont ceux-là mêmes qui se disent les plus préoccupés par le racisme. Mais je pense que vous avez déjà répondu à cette question en répondant à la précédente.
David Rand : Pouvez-vous nous parler un peu de votre initiative Free Hearts Free Minds (Cœurs libres Esprits libres) qui vient en aide aux ex-musulmans dans les pays à majorité musulmane ?
Yasmine Mohammed : Oui. Quand j’étais dans le processus de quitter l’islam, cela nécessitait beaucoup de « déprogrammation » et c’est une démarche longue et difficile. On le décrit maintenant comme un « traumatisme religieux ». Il y a maintenant de la recherche à ce sujet et c’est beaucoup mieux compris. Mais lorsque je passais à travers tout ça, c’était très difficile. Je ne pouvais dire à personne que j’avais été musulmane. Ma fille et moi avons toutes deux changé de noms et nous déménagions constamment et… J’étais terrifiée. L’homme qu’on m’avait forcé à marier était un membre d’Al Qu’Aïda. Je savais qu’il était en prison, je savais que j’étais protégée de lui parce qu’il était en prison en Égypte. Mais Al Qu’Aïda est une grosse organisation et je ne savais qui ils allaient envoyer contre moi. Aussi, ma mère avait également menacé de me tuer, alors j’avais également peur d’elle, ou de quiconque elle choisirait d’envoyer après moi. Alors vous vivez avec ça, vous vivez tellement dans votre tête. Je parle de ma propre expérience, mais je suis au Canada.
Alors je fais partie des chanceuses et des privilégiées. Vous pouvez juste vous imaginer si vous êtes une femme en Arabie saoudite et que vous ne croyez pas en cette religion, ou si vous êtes un homme au Pakistan et que vous ne croyez pas en cette religion, comment vous seriez terrifié à l’idée que quelqu’un s’en rende compte.
Alors, ce qui m’a amené à démarrer cette organisation, je me suis dit que j’avais tout juste traversé ce changement en y laissant presque ma vie, je ne sais même pas comment j’ai réussi à survivre. Et je vis dans un pays laïque et je suis hétérosexuelle. Alors j’ai pensé aux personnes qui vivent dans des pays à majorité musulmane, ou aux personnes homosexuelles qui vivent dans des pays à majorité musulmane, et jusqu’à quel point ils doivent être terrifiés, ce doit être bien pire pour eux que cela l’a même été pour moi. Et ce qui m’a vraiment aidé, c’est la thérapie, recevoir beaucoup d’aide psychologique. Alors mon organisation fait exactement cela. Nous avons créé un programme qui vise spécifiquement le traumatisme religieux venant de l’islam. Nous avons des séances de groupe, ce qui est très important parce que quand vous quittez l’islam, vous vous sentez tellement déconnecté. C’est un culte, un culte tissé très serré, et si vous ne suivez pas le banc de poissons comme tous les autres, vous vous sentez tellement isolé ! Alors il est important de reconstruire la communauté, de connaître d’autres ex-musulmans, qu’ils viennent du même pays ou qu’ils viennent d’autres pays. Heureusement, avec l’internet et les médias sociaux, nous pouvons construire ces communautés. Cela donne aux gens un sentiment d’espoir, et cela leur donne aussi les habiletés dont ils ont besoin pour préserver leur santé mentale pour qu’ils puissent… Vous savez, une de séances s’intitule « Prochaines étapes » Que pouvez-vous faire pour retrouver votre liberté, pour retrouver le bonheur. Et c’est différent pour chaque personne, vous savez. Parfois, nous avons des tas de personnes qui sont mariées et ont des enfants, ce qui restreint leurs possibilités de plusieurs façons, d’autres sont encore jeunes et n’ont pas de stabilité financière, alors tout le monde n’est pas en mesure d’échapper à leur situation, alors parfois ils ont juste besoin d’aide pour s’organiser avec leur situation jusqu’à ce qu’ils soient libres.
David Rand : Parlez-nous un peu de votre témoignage devant le Parlement canadien au sujet de la motion M-103, la motion parlementaire qui dénonce la soi-disant « islamophobie » et l’associe au soi-disant « racisme systémique ». Que pensez-vous de cette motion M-103 ?
Yasmine Mohammed : (Long soupir) Vous savez, c’est tellement une farce ! Le mot « islamophobie » même quand vous allez le consulter sur Google, (le dictionnaire) Webster va vous dire qu’il s’agit de la critique ou la haine de la religion de l’islam, des Musulmans ou de l’islam politique. Vous ne pouvez même pas critiquer ou haïr l’islam politique, même ! Je m’excuse, mais je vais haïr l’islam. Bien sûr que je vais haïr l’islam ! Il m’a causé tellement de traumatismes dans ma vie, il continue à causer tellement de traumatismes dans la vie de tellement de gens. C’est une religion qui veut ma mort, et je devrais l’aimer en échange ? Absolument pas ! Alors vous ne pouvez pas me dire que je ne peux pas critiquer cette idéologie. Vous voulez parler contre la bigoterie, vous voulez parler contre le racisme, je suis cent pour cent d’accord avec vous ! Mais nous avons déjà des lois qui protègent les gens dans ces situations-là.
Alors ce terme d’« islamophobie », premièrement, est un faux terme, c’est un terme inapproprié, utilisé dans un sens erroné, et je dénonce complètement ce terme pour lui-même. Mais avoir une sorte de loi qui va tenter de forcer ça, rendre illégal d’être « islamophobe », et donner ensuite une définition de l’islamophobie comme étant, fondamentalement, la liberté de parole, la liberté d’expression ! (Elle rit.) C’est contre nos propres valeurs d’appuyer une loi qui dit « Je veux restreindre les possibilités des Canadiens de dénoncer une idéologie ! Je veux empêcher la capacité des Canadiens d’être libres. » C’est vraiment embarrassant et dégoûtant que cela ait même été proposé, mais le fait que cela ait été appuyé à l’unanimité par les Libéraux, c’est juste… triste. C’est juste…
David Rand : Je pense que l’unanimité vient du fait que les gens sont terrifiés à l’idée d’être en désaccord publiquement. Ils sont terrifiés.
Yasmine Mohammed : La terreur est un outil efficace ! Ils l’utilisent et cela fonctionne depuis des décennies.

PAGE EN CONSTRUCTION. La suite de la traduction sera affichée ici sous peu…

David Rand : J’ai remarqué qu’il y a toute une page Wikipédia sur le soi-disant Féminisme musulman et ce, dans 31 langues, y compris le français et l’anglais. Que pensez-vous de cette expression ?
Yasmine Mohammed : ___réponse___
David Rand : Pouvez-vous commenter l’arabisation des peuples conquis par les envahisseurs islamiques, comme l’Égypte et d’autres pays d’Afrique du Nord, ou l’Iran ou l’Afghanistan. Quelles ont été les conséquences pour ces sociétés de cette islamisation ?
Yasmine Mohammed : ___réponse___

Un commentaire sur “2022-11-19 : Entretien avec Yasmine Mohammed
  1. Michel Belley dit :

    Merci pour cette excellente conférence.

    Pour en savoir plus sur les tribulations de Yasmine Mohammed, je recommande les articles suivants:
    • Yasmine Mohammed, MOHAMMED : Under Religious Repression, Women Are Their Own Liberators, Reduxx, 28 sept. 2022. https://reduxx.info/mohammed-under-religious-repression-women-are-their-own-liberators/
    • Frédéric Bastien, Yasmine, la vie horrible d’une musulmane au Canada, Le Journal de Montréal, 24 sept. 2022. https://www.journaldemontreal.com/2022/09/24/yasmine-la-vie-horrible-dune-musulmane-au-canada
    • Frédéric Bastien, Voile : QS abandonne les femmes aux islamistes, Le Journal de Montréal, 17 sept. 2022. https://www.journaldemontreal.com/2022/09/17/voile–qs-abandonne-les-femmes-aux-islamistes

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