Pourquoi se retirer de l’AILP ?

David Rand

2018-10-28
2018-11-18 : petites corrections, incluant un lien. 2018-11-20 : un autre lien corrigé


À mon avis, la Fédération nationale de la libre pensée (FNLP), qui domine l’Association Internationale de Libre Pensée (AILP), est une association islamogauchiste, c’est-à-dire que, malgré son orientation politique de gauche, elle affiche un évident préjugé favorable à l’islam, refusant d’en faire la critique plénière que mérite toute religion, surtout les monothéismes. Sur quoi se base cette allégation ?

Il suffit de lire le document Pour débattre rationnellement de l’Islam de Christian Eyschen, vice-président de la FNLP et porte-parole de l’AILP. Ce document fait partie de la brochure Débattre rationnellement de l’Islam éditée par la FNLP et disponible sur son site web. Ce document débute par la constatation que le monothéisme représente « une régression de la pensée » par rapport au polythéisme, une assertion avec laquelle nous sommes tout à fait d’accord. Mais lorsqu’il s’agit de l’islam en particulier, nous apprenons des choses surprenantes. Monsieur Eyschen :

  • fait l’éloge de l’Empire islamique, sa grandeur, sa splendeur, son «  message d’égalité », son expansion qui s’accomplissait par le commerce — mais sans mentionner l’épée.
  • déclare que l’islam a été « l’athanor de la connaissance », un creuset de la recherche scientifique, mais sans mentionner le fait que les progrès se faisaient surtout durant certaines périodes de liberté relative, où le dogme islamique était en recul, et que ces périodes prenaient abruptement fin lorsque le parti rigoriste reprenait le contrôle politique.
  • affirme que l’islam « n’est pas un laudateur de l’esclavage » et que celui-ci est « en contradiction avec les textes » de cette religion, citant un passage où il est recommandé de libérer un esclave comme geste charitable. Eyschen affirme que « En de nombreux lieux, ce sont les musulmans qui libèrent les esclaves » sans donner d’exemple, mais ne mentionne pas, par exemple, les recherches de Tidiane N’Diaye sur les effets dévastateurs de la traite arabo-musulmane en Afrique.
  • déclare que les textes de l’islam ne sont aucunement plus violents que les écrits « saints » du judaïsme et du christianisme, se basant sur une étude informatique purement quantitative. Mais il passe sous silence les différences qualitatives majeures entre, par exemple, la bible, dont les auteurs sont nombreux et dont les récits de violence sont pour la plupart de la narration prétendument historique, et le coran qui, selon le dogme islamique, est l’oeuvre d’un seul auteur, Allah lui-même, et constitue une sorte de code civil et criminel à l’usage des musulmans, où les passages violents ont souvent une valeur prescriptive, enjoignant les fidèles à agir tel qu’Allah leur ordonne.
  • remet en cause la validité même d’expressions telles que « islam fondamentaliste » et « terrorisme » et nie que les écrits dits « saints » puissent avoir une quelconque responsabilité pour le comportement violent de certains croyants.
  • fait l’amalgame entre deux critiques très différentes de l’islam : (1) la critique judéo-chrétienne selon laquelle le judaïsme et le christianisme seraient franchement supérieurs et qui prétend que seul l’islam serait incompatible avec la laïcité et la démocratie ; et (2) la critique athée et libre-penseuse de l’islam, qui reconnaît que ces trois monothéismes sont tous néfastes, anti-laïques et anti-démocratiques, mais peuvent très bien manifester des différences significatives entre eux, tout comme les monothéismes se distinguent des polythéismes. Eyschen assimile la deuxième critique à la première, rejetant ainsi les deux comme étant partiales.
  • met la responsabilité pour toute radicalisation chez les musulmans entièrement sur le dos de l’impérialisme et du néocolonialisme occidentaux, et rejette ainsi toute possibilité que les dogmes de l’islam lui-même puissent y être pour quelque chose. Citons : « Présenter le “ terrorisme ” comme étant d’origine religieuse conduit au non-sens le plus absolu. »
  • prétend que ceux et celles qui luttent contre la normalisation du port du voile islamique seraient des « réactionnaires » et des « xénophobes ». Eyschen met ce voile sur un pied d’égalité avec les cheveux longs et les mini-jupes, une simple question de choix vestimentaire, passant sous silence toute la portée politique de cet accoutrement.
  • voit dans les manigances du Vatican et chez les critiques de l’islamisme les seuls dangers de fascisme en Europe — et ne voit aucun danger de ce type du côté de l’islam. Eyschen rejette catégoriquement « la grande campagne de dénonciation du danger de l’islam » comme étant « une opération d’enfumage ». Il refuse d’envisager l’existence de deux menaces — et le christianisme et l’islam — qu’il faudrait affronter simultanément.

Pour résumer, ce document de Christian Eyschen est une apologie éhontée de l’islam et, étant donné que son auteur a la prétention de se dire libre penseur, une ineptie inexcusable. Ce qu’il refuse de reconnaître, c’est que cette complaisance à l’égard de l’islam alimente l’extrême-droite catholique. Puisque beaucoup de gens de la gauche et prétendument pro-laïques refusent de critiquer l’islam convenablement, cette nécessaire critique est laissée à la droite politique qui attire ainsi l’appui de la population, dégoûtée par l’inaction de la gauche.

En rapport avec ce document, remarquons que le volume 12, numéro 3 (2017) de la revue virtuelle Québec humaniste comporte un texte au sujet de l’AILP dans lequel il est écrit :

Le dépliant « Arguments pour un débat rationnel sur l’Islam », 2017, des Éditions de FNLP, en vente à la Librairie de la Libre Pensée, fait le tour de façon érudite et réfléchie de l’histoire et de l’état des lieux de l’islam dans le monde et en France, et aussi, particulièrement, de la menace islamiste à la laïcité en France. Là, au lieu d’éructations épidermiques et de battage de poitrine sur des actes terroristes, on trouve des analyses riches, denses, expertes, précises, larges, historiques, factuelles, raisonnées… et militantes. Personne ne peut accuser la FNLP d’ignorer la question musulmane, ni la question de l’islam politique. Encore faut-il que la question de l’islam soit discutée à l’AILP. C’est parti !

Ce texte est signé par deux individus qui ont été nommés récemment (par la FNLP, bien sûr) porte-parole de l’AILP. Notons aussi que l’Association humaniste du Québec (AHQ), qui publie cette revue, a aussi adhéré à l’AILP. Des analyses « expertes, précises, larges, historiques, factuelles, raisonnées » ??? Si ce texte lamentable, qui endosse naïvement l’apologie de l’islam faite par Christian Eyschen, reflète la position officielle de l’AHQ (nous espérons que non), alors ce fait constituerait encore une autre raison de se dissocier de l’AILP.

Si la lecture de cet hallucinant document de Christian Eyschen ne suffit pas pour convaincre de la nature islamogauchiste de la FNLP, considérons les observations suivantes ;

  • La FNLP s’est opposée à la loi française du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux dans les écoles publiques. Elle s’est aussi opposée à la loi, en vigueur depuis le 11 avril 2011, interdisant les couvre-visage en public.
  • Lors de chacun des deux attentats islamistes à Paris en 2015 (chez Charlie Hebdo le 7 janvier et au Bataclan le 13 novembre), la FNLP a émis des déclaration de « solidarité » avec les victimes, mais sans parler des responsables, sans aucune mention ni de l’islam, ni de l’islamisme. Voici, par exemple, la déclaration FNLP au sujet de Charlie Hebdo.
  • Lors de la réunion du Conseil International de l’AILP, tenue à Paris le 24 septembre 2017, nous, LPA, avons soumis cette proposition reconnaissant le danger que représente l’islamisme actuellement. Sous la pression de la FNLP, une version fortement modifiée a finalement été adoptée, disponible à la page 117 du compte-rendu du Congrès AILP 2017. Voilà ce qui a été supprimé dans la version adoptée :
    1. Toute utilisation du terme « islamofascisme ».
    2. La phrase « À l’heure actuelle, l’islamisme est l’idéologie religieuse la plus dangereuse et la plus misogyne, accordant un statut sous-humain à la moitié des êtres humains. »
    3. Un énoncé de l’importance du voile en tant qu’outil de propagande de l’islamisme.

    Voici une comparaison détaillée des deux versions de la proposition.

L’islamisation est un phénomène réel, existant. L’islam politique avance, souvent tout doucement, parfois brutalement. Cette menace constitue-t-elle un danger plus ou moins grave, plus ou moins immédiat, que la menace d’une reconquête catholique de l’Europe ou d’une théocratisation évangélique des États-Unis ? Des gens raisonnables peuvent très bien arriver à des conclusions divergentes quant aux dangers relatifs de ces divers courants obscurantistes. Mais de là à dire que l’islamisation n’existe même pas, que ce n’est que de l’« enfumage », et, encore pire, réécrire l’histoire afin d’édulcorer ou d’obscurcir les origines de cette menace, c’est d’une malhonnêteté extrême, d’un aveuglement volontaire. De plus, nous n’avons aucune envie de collaborer avec des gens irrationnels qui nous considèrent « xénophobes » pour la simple raison que nous ne partageons pas leur aveuglement.


3 commentaires sur “Pourquoi se retirer de l’AILP ?
  1. Emmanuel dit :

    Il est bien connu que la FNLP est phagocytée par les Trotskistes.
    On peut lutter contre les dérives dogmatiques et en croquer !
    Pourquoi vouloir faire de même avec l’AILP ? Eyschen est sans doute dur à « piéger », mais il a fait un genre de « coming out ». Il est indecent de vouloir faire de l’AILP une FLNP Bis. .
    Vous avez raison, cela dépasse sans doute la sémantique, quand on n’est pas d’accord, on se retire.
    Il fut un temps où la libre pensée française était plus humaniste, pépinière de Franc-Maçons, et moins prosélyte.

  2. Philippe dit :

    Vous avez raison: la FNLP est devenue un outil brutal et sectaire des trotskistes du POI où ils imposent avec dogmatisme l’absence de démocratie, de vrais débats, d’humanisme, de la moindre remise en question, en suscitant les départs de quiconque n’est pas « dans la ligne officielle » et des scissions dont ils ont la triste habitude depuis longtemps. Ils n’ont en effet aucun scrupule à s’allier avec des fanatiques religieux… Présent au congrès de l’AILP à Paris en 2017, j’ai récemment rejoint l’association des libres penseurs de France créée par d’anciens exclus de la FNLP. Merci à LPA de son intégrité intellectuelle laïque et athée.

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