Blogue 065 : La théologie est-elle nuisible à l’humanité ?

Marco DeRossi

2015-11-12

« LA THÉOLOGIE, C’EST SIMPLE COMME DIEU ET DIEU FONT TROIS. »
Jacques Prévert

Le 20 septembre 2015, l’Association Internationale de Libre Pensée, lors de son Ve Congrès, tenu à Montevideo, Uruguay, présentait sa déclaration afin que l’argent public ne serve plus à financer les églises et les religions :

« Nous récusons l’idée que la religion serait une catégorie à part dans la palette des convictions de l’Humanité. Et qu’il faudrait lui conférer un statut particulier qui interdirait de la soumettre à la critique rationnelle et humaine. Et qu’il faudrait, en surplus, qu’elle soit financée par les fonds publics, produits par l’ensemble des contributions des citoyens soumis à l’impôt ».

Déclaration de l’AILP

En effet pourquoi les religions seraient-elles distinctes des autres absurdités, que sont l’astrologie ou la cartomancie ? Pourquoi devrions-nous payer pour cela ?

La théologie est l’étude et le faire valoir des religions, en se basant sur la définition de la philosophie spirituelle et ésotérique, la théologie serait un discours parmi d’autres, qui consiste en l’étude des doctrines, prétendues « divines », ainsi que du fait religieux, selon l’interprétation des textes dits « sacrés ». En lien avec cette définition, voici une interprétation du pape Léon XIII qui malheureusement, fait encore office de credo aujourd’hui :

« le théologien sérieux et instruit ne doit pas négliger l’interprétation des dogmes, appuyée sur l’autorité de la Bible. La théologie, en effet, ne tire pas ses principes des autres sciences, mais immédiatement de Dieu par la révélation. Et aussi, elle ne reçoit rien de ces sciences, comme lui étant supérieures, mais elle les emploie comme étant ses inférieures et ses servantes ».

Providentissimus Deus, Lettre encyclique de sa sainteté le Pape Léon XIII (1893)

En fait, le sens étymologique du mot théologie correspond littéralement à l’expression « raison de Dieu ». Or, il n’y a rien de raisonnable dans la recherche de Dieu, la théologie représente à la fois un antagonisme ainsi qu’un non-sens, car la croyance en Dieu provient d’un manque de connaissance et l’expérience de Dieu, d’un désordre psychique bien identifié par les neurosciences. Issue de la métaphysique, la théologie ne repose nullement sur une base expérimentale ou empirique, elle est bien inférieure à la démarche scientifique. Par le biais d’une réflexion—qui, par le fait même, ne peut être systématique—on peut lui faire dire tout ce que l’on veut. On ne retrouve rien de scientifique dans la théologie, car elle consiste en l’étude de conceptions subjectives de la réalité représentée par différentes doctrines qui s’opposent et s’entremêlent. D’ailleurs, il n’existe pas de théologie universelle faisant consensus, comme pour la science, car les divers textes sacrés sont, pour la plupart, nébuleux quant à leur interprétation, et diffèrent pour chacune des religions. De plus, la théologie ne devrait aucunement être une discipline de recherche critique puisqu’elle ne remet aucunement en cause ses propres fondements, qui sont, il va s’en dire, sans fondements. Elle ne s’appuie nullement sur la rigueur intellectuelle, car elle place la foi au-dessus de la raison.

Il est alors fortement déplorable que des programmes de formation théologiques soient offerts à l’universitaire car ceux-ci ne s’appuient que sur une tradition de croyances. Ces formations tentent d’apporter une crédibilité à la foi, qui n’est qu’une mesure de l’intensité personnelle d’une conviction irrationnelle. En d’autres mots, la théologie cherche à exprimer le contenu de la foi religieuse dans un langage se voulant cohérent, sans toutefois y parvenir. Y-a-t-il quelque chose d’intelligible au mystère de la Sainte Trinité, de la résurrection, de la réincarnation, des anges, du paradis, etc. ? Non ! Conséquemment, les théologiens se perdent en conjectures pour tenter d’expliquer l’indéchiffrable.

Plusieurs universités à travers le monde offrent des programmes dits de sciences religieuses; c’est aussi aberrant que de dire, science des croyances ou science des mythologies, puisqu’on n’y explique et n’y prouve rien. De nos jours, les penseurs universitaires et le genre humain devraient avoir assez évolués pour savoir que les croyances, tout comme les religions, n’ont rien de scientifique. En fait, contrairement à une théorie, une croyance fait défaut de deux dimensions : elle n’a pas de cadre théorique ayant une puissance explicative, ni de base expérimentale probante et concluante.

Pourquoi les universités offrent-elles encore ces programmes de formation ? Pourtant, les aspects sociologique, anthropologique, psychologique, linguistique et autres sont déjà couverts pas les autres facultés universitaires. Que reste-t-il à la théologie proprement dite pour occuper un programme ? Rien ! Au Québec, nous avons de nombreuses facultés de théologie : Laval, Sherbrooke, Montréal, McGill, Concordia, et certaines composantes de l’Université du Québec. N’y aurait-il pas là des économies importantes à réaliser ?

Les universités francophones enseignent la théologie catholique, les autres, la théologie protestante et évangélique. Qui a la vérité ? Pour faire un parallèle, demandons-nous quelle est la différence entre l’ufologie et la théologie ? Ces deux domaines traitent de croyances en des entités extra-terrestres, mais la théologie trouve le moyen d’être enseignée à l’université ! Si l’ufologie devait être propagée à l’université, nous ne pourrions—sur ces mêmes critères—lui accorder aucune acceptabilité. Que représente alors la valeur d’une maîtrise ou d’un doctorat en théologie ?

La théologie ne remet pas en cause ses propres fondements, pas plus qu’elle n’a la volonté de s’opposer aux croyances dans nos sociétés. En fait, la religion ne représente qu’un stade primitif de l’évolution de la raison humaine ; elle devrait être supplantée par la démarche objective scientifique. L’enseignement de la théologie, dans la sphère publique, comporte un caractère récusable. Il est en effet inacceptable au Québec de ne pas considérer la séparation totale entre l’Église et l’éducation, tel que stipulé dans le rapport Parent des années 60. L’incursion du religieux dans la sphère pédagogique universitaire préconise un caractère d’autant plus insidieux que le relativement simple débat sur le port de signes ostentatoires par certains employés de l’État, ou encore, sur le port du niqab devant une séance d’assermentation à la citoyenneté canadienne. Pourquoi ? Parce que les pitreries accessoires sont la résultante des absurdités enseignées.

Force est de constater une certaine désaffectation des programmes en théologie. Les étudiants les désertent, et pour cause, car ces formations ne sont plus adaptées à notre société (évoluée et progressiste) d’aujourd’hui. Doit-on se féliciter de voir les effectifs en théologie diminuer ? Doit-on simplement attendre qu’ils soient en extinction par sélection naturelle ? Non, car les fonds publics continuent d’être dilapidés dans des programmes visant la défense du fait religieux. Le cours d’Éthique et culture religieuse (ÉCR) dispensé au secteur jeune au Québec en est un bon exemple. Le nouveau programme de l’Université Sherbrooke, sous la dénomination « Centre d’Études du Religieux Contemporain », en est un autre.

Les croyances rongent nos sociétés et le fait de croire apparaît comme une drogue qui empêche les individus d’affronter la réalité avec lucidité. Les croyants se jettent sur la substance immatérielle et en redemandent. En fait, pour arriver à croire, il s’avère nécessaire d’éluder tout processus de doute, pourtant essentiel en science, car on ne peut croire et douter en même temps. Tout en s’opposant à la raison, croire apparaît tout à fait comme une conviction statique. En somme, la théologie fait l’apologie de la croyance, et c’est pour cela qu’elle est si nuisible à l’évolution humaine. Les croyances sont nuisibles, car elles maintiennent les gens dans des allégories et empêchent notre quête de connaissances objectives. Les croyances s’opposent à la libre pensée, elles sont liberticides et statiques. L’enseignement des dogmes représente un frein à l’évolution sociale.

21 commentaires sur “Blogue 065 : La théologie est-elle nuisible à l’humanité ?
  1. Bravo et merci !

    C’est le texte le plus étoffé et critique que j’ai lu depuis des lustres et il vient du Québec.

    Bravo aussi pour le À propos de nous. Définition complète, sans compromis.

    Heureux de voir qu’il y a autre chose que des zombies chez nous !

    Michel

    • Marco DeRossi dit :

      Merci, c’est très apprécié.

    • Yves Forban dit :

      En fait il y a beaucoup mieux comme étude.
      La sociologie fonctionaliste offre une bien meilleure perspectice de la théologie.

      Reprenons les bases :

      1. Qu’est-ce qu’un groupe social (clan) ? (Fondation d’un clan)

      Les humains sont des animaux sociaux : Ils sont instinctivement programmés pour ne se sentir bien qu’au sein d’un groupe social. Mais en tant qu’êtres supposément intelligent ils se piquent de ne point être le joué de leur instinct, mais agir par raison.

      Aussi pour rationnaliser leur besoin d’être ensemble, ils s’inventent en permanence des mythologies justifiant leur agrégation.

      Chez les primitifs, le mythe est plutôt du genre : Un animal totem s’est un jour transformé en humain et tout ses descendant sont habité par l’âme de ce grand ancêtre. (80% des totems étaient animaliers)

      Notons tout de suite le premier mythe qui est que tous les membres du clan seraient habités par un même Etat d’Esprit faisant lien social.

      Notons aussi que cela vaut non seulement pour les religions traditionnelles, mais aussi pour les cultes modernes (!) : Nationalisme, communisme, fascisme, rationalisme (tous les rationalistes se vivent comme habité par un Esprit Rationnel). Sauf que les cultes modernes s’agrégent autour de mythologies plus rationnalisées, moins improbables. Ceci dit les clans modernes continuent bien à fonctionner comme des cultes primitifs, comme les religions traditionnelles.

      2/ Fonder un clan ne se fait pas deux fois, par contre il faut le perpétuer.

      L' »Etat d’Esprit » (âme commune au clan) doit être entretenu régulièrement, faute de quoi il y ait désenchantement progressif.
      C’est la fonction des rituels et du fétichisme (reliques, grigris et autres amulettes)
      Les rituels sont des sortes de messes ou rassemblements de fidèles. Ces rassemlements ont pour fonction de partager des émotions communes. L’émotion commune vaut pour « Etat d’Esprit commun », qui se perpétue dans le souvenir de ces rassemblements et émotions associées. Plus les émotions succitées sont fortes plus leur souvenir perdure (et fait lien social).

      N.B.: généralement les émotions suscitées font référence aux mythes fondateurs (mises en scène surthéatralisées des mythes avec épreuves physiques (marcher sur des braises, sauter d’une tour avec un filin au pied, évocation du sacrifice du totem, des marthyrs (communion), etc.. Mais aussi ien celà n’est pas nécessaire (le rituel du bûcher des hérétiques (forte émotion) n’avait rien à voir avec l’amour du prochain mythique prôné au départ – croisades et guerres de religions faisant ritualisation du culte -)
      Plus l’émotion est forte plus le lien est solide, d’où le recours réccurent au fantastique et surnaturel. Aussi la joie c’est bien (Noël) mais la peur et la terreur proccurent bien souvent des émotions plus fortes.

      Les talismans ne sont que des rappels de l’attachement communautaire par l’évocation du totem (crucifix autour du coup, poster d’un « Monstre Sacré » de la culture, etc.. Notons qu’une revue, ou documentaire scientifique peuvent faire fonction soit de messe soit de talisman : Rappel de son attachement à son Etat d’Esprit.

      3. Théologie (nous y voilà !) Ou invention de la malédiction (péché et ostracisme).

      Les rituels et mythes ont besoin d’une certaine pertinence pour être effectifs (il faut y croire à minima)
      [CE COMMENTAIRE A ÉTÉ TRONQUÉ À QUELQUE 500 MOTS.]

      • Yves Forban dit :

        Suite et fin ducommentaire tronqué :

        3. Théologie (nous y voilà !) Ou : invention de la malédiction (péché et ostracisme).

        Les rituels et mythes ont besoin d’une certaine pertinence pour être effectifs (il faut y croire à minima)

        Ainsi les « messes » rituelles, qui renouvellent le lien social, sont souvent perpétrées lors d’un renouvellement d’un cycle (naturel ou pas), comme le retour de la saison des pluies. Le rituel fait ainsi l’amalgame surnaturel entre renouvellement du lien communautaire et renouveau de la nature, qu’il est censé faire venir mythologiquement (ou autre : renouvellement du Chef d’Etat dans les démocraties).

        Mais pour autant, la saison des pluies peut ne pas venir à la date prévue. Aie ! Il faut donc expliquer le décalage entre ritualisation du culte et inscription de sa fonction allégorique dans le réel qui se dérobe.

        Se mettent donc en place des mythologies secondaires (en fait théologies) EXPLIQUANT ces décalages : Une malédiction serait intervenue pour contrecarrer l’effet supposé magique du rituel sur le réel. Les Rituels sont ainsi censés faire en sorte que tout aille bien pour le clan (se garantir la bienveillance du Totem par des offrandes).

        Certaines évènements ou personnes seraient venus apporter cette malédiction en perturbant l’ordre des chose (comêtes, ou étrangers de passage ne souscrivant pas aux tabou et obligation du clan).

        Il faut donc réparer le lien avec le totem (allégoriquement lien social) en lui offrant des sacrifices rituels. Sacrifice de sa personne, ou plus confortablement d’étrangers (sacrifice et/ou guerres où on met autant en jeu sa vie que celles des porteurs supposés de malédictions).

        La théologie est ainsi une tentative d’explication des différences entre le réel et la mythologie fondatrice (notons que le passage d’une culture orale (où la mythologie s’adapte aux aléas réels au faire et à mesure), à une culture écrite (où les mythes sont gravés dans le marbre) aggrave les choses : Où le besoin d’explication doit palier à une adaptation du mythe désormais figé.

        N.B. : Mythes modernes.
        Tout ce qui est de l’ordre de la connaissance est de l’ordre du mythe (on se fait une idée de l’ordre du monde et de notre place dedans).
        Mais il faut y croire : Soit on adapte les mythes générés aux réalités, soit on défend les mythes en dépit du réel.
        Le Rationalisme (scientifique) :
        La science est donc une sorte de religion célébrant au réel. Les hypothèses sont des mythes qui nous servent à parler de notre lien au réel (Le mot chat n’est pas le chat, comme les hypothèses ne sont pas le réel mais nous servent à nous parler du réel. Le E= Mc² (mythique !) sera peut-être remplacé demain par une équation des « cordes »).
        La science est donc une religion qui a pour rituel principal de vérifier systématiquement l’adéquation des mythes qu’elle génère avec le réel. Là où les religions classiques se disent « merde ! » quand le réel démolit ses mythes, la science et les rationnalistes se disent « chouette ! un nouveau mystère à élucider…).
        En gros, la science revient à une sorte de culture orale où les mythes ne sont plus gravés dans le marbre, mais peuvent évoluer au gré des découvertes (aléas provenat du réel).

        Bon la socio. c’est un peu plus compliqué, c’est ici une approche, certes lapidaire, mais suffisante pour se mettre le pied à l’étrier

        • Marco DeRossi dit :

          Merci pour votre commentaire.

          Je préciserais que la théologie n’a aucune capacité explicative et que la démarche scientifique détruit les mythes.

    • Yves Bienfait dit :

      Désolé pour l’ortograf : Je ne suis pas un intégriste du « sacré » orthografic, et néglige souvent une relecture (le sens prévaut sur la forme pour moi)

  2. Michel Belley dit :

    Il y a bien des théories enseignées dans les universités qui ne sont que des rationalisations après les faits. Plusieurs autres donnent lieu à des idéologies diverses. La religion se base souvent sur des croyances, mais aussi sur des témoignages, de la même façon que bien des sciences humaines, ainsi que la psychologie clinique et la médecine clinique (pas celles qui se basent sur les expériences scientifiques, mais sur les témoignages de guérison des gens).

    Si on éliminait toutes ces tergiversations qui ne se reconfirment jamais, on éliminerait plus que la moitié des programmes universitaires. Je pointe ici la psychologie clinique, la sociologie, la philosophie, une bonne part des pseudosciences économique, les sciences sociales, etc. Quant aux programmes reliés aux arts et à la musique, je ne vois pas pourquoi ils sont dans les universités.

    Les sciences des religions sont nouvelles. Elles tentent d’étudier les différentes croyances et cultures du monde, et de savoir pourquoi les gens ont ces différentes croyances. L’histoire fait partie de ces sciences, de même que l’étude des textes anciens pour mieux les traduire et les comprendre, même s’ils ne sont souvent qu’un ramassis de croyances farfelues. Mieux les comprendre aide aussi à les démystifier. La psychologie et la neuropsychiatrie devraient être enseignées davantage en science des religions. Plusieurs phénomènes de révélations et voyances ressemblent énormément à la schizophrénie.

    Il ne faut pas oublier non plus que bien des idéologies se sont développées au fil des siècles, et elles ont souvent été aussi dommageables pour l’humanité que les religions. De plus, l’humain a besoin de développer une philosophie de vie. Il doit avoir des buts dans la vie, et les sciences pures ne fournissent pas cela. On se tourne donc vers des idéologies diverses, qui incluent les religions et les différentes cultures. Le capitalisme et la démocratie sont des religions de notre siècle, des religions sans dieux autres que l’argent et les droits de l’homme.

    On ne s’en sort pas. L’HUMAIN CROIT, que ce soit à des dieux, des livres ou à des constructions sociales diverses. L’éducation aiderait, mais la crainte de la mort, le désir de vivre éternellement ou d’accomplir quelque chose de transcendant mènent bien des gens vers la croyance aux dieux. L’athéisme est difficile à vivre. Tenter d’avoir un monde athée est une bataille perdue d’avance. Une bonne proportion des nouveaux athées pourraient décider de profiter de la vie au maximum en se foutant des autres.

    La bêtise humaine est sans fond, mais certaines religions et idéologies aident à contrôler la masse, pour qu’on puisse vivre plus en paix. Il suffit juste 1) de combattre celles qui mènent aux guerres et 2) de contrôler la natalité, parce qu’une surpopulation mène aussi aux guerres, aux famines et à la destruction de l’environnement. Et l’un des moyens historiquement les plus efficaces pour contrôler les masses reste encore la religion…

    Michel Belley
    VP des Sceptiques du Qc
    Chimiste retraité, Athée
    Étudiant en science des religions

    NB: La définition de religion est changeante. Avec le bouddhisme qui n’a pas de dieu et les nouveaux mouvements religieux et sectes qui n’ont souvent pas de rites ni de règles, le terme religion en vient à inclure les différentes cultures, idéologies et croyances diverses.

    • Pierre Thibault dit :

      Je veux un monde plus rationnel donc plus athée. Je sais que la bataille sera longue. Mais vivre en faisant des choses qu’on aime dans le respect des autres et de soi est suffisant pour faire une bonne vie. Les croyances ne sont pas nécessaires.

    • Yves Bienfait dit :

      Voir mon approche sociologique ci-dessus.

      Quand à définir ce qui est de l’ordre de la connaissance, tout n’est pas scientifique : La musique, les arts la morale, etc.

      Que dire d’une approche scientifique ? Les intégristes diront que c’est ce qui est indubitablement prouvé (corroroboré disent-ils). Mais l’histoire de la science dénie cette conception. Il y a une démarche scientifique qui voudrait qu’on vérifie l’adéquation de toute hypothèse avec un réel qui a une furieuse tendance à contredire toute prétention à une exactitude absolue.
      A ce titre, votre inclinaison à rejeter toutes approche scientifique non parfaitement aboutie du champ des connaissances devraient y ajoindre la science elle même qui ne prétend pas être totalement aboutie. Mais plus ou moins avancée.

      On ne peut pas parler de sciences économiques, psychologiques, sociologiques des arts et des lettres, etc., mais à ce compte pas plus de sciences physiques.
      Il n’y a que des connaissances plus ou moins abouties, perfectibles. On peut juste parler de degrés de vraisemblabilité. Certaines lois « naturelles » dégagées sont extrémement précises (mais jamais absolues) pour expliquer certains phénomènes particulier, d’autres moins, voir beaucoup moins, sans pourtant être totalement impertinente (je suppose que vous allez voir votre médecin avec un certain degré de confiance envers leurs connaissances, certes non absolues, mais avec un certain degré de pertinence : doit-on pour autant les évacuer d’un cursus universitaire ?)
      On tente parfois d’ailleurs de classifier les connaissances par rapport à leur degré de corroboration : en fonction du nombre de faits qui échappent parfois à leurs hypothèses (Quid en astrophysique des phénomènes dits « noirs » ?).
      Par rapport à la sociologie fonctionnaliste par exemple, je dirais que le taux de corroboration est du même ordre que celui du darwinisme (c’est à dire très haut). En particulier ici, elle explique très bien l’émergeance de la théologie dans les groupes humains (théologie au sens large incluant les auto-justifications des idéologies modernes).

      Vous me semblez juste un peu trop intégriste à propos d’une connaissance mythologiquement « pure ».

  3. Pierre Gosselin dit :

    Dire que L’HUMAIN CROIT est un constat pratique, mais nullement une propriété intrinsèque. C’est uniquement dû à l’environnement social d’où il émerge. Un milieu où le Même de la croyance se propage et se maintient grâce au grégarisme, au besoins d’appartenance, de sécurité, d’identité, etc. Ceux qui vivent dans le monde réel et qui s’abreuvent à la coupe des sciences dures sont à 99% athées et vivent fort bien. Le rationalisme est la seule et unique garantie contre l’auto-destruction tant individuelle que sociale. Il faut, dans notre société, éradiquer les religions et mythes et s’appuyer sur la connaissance du monde réel sous ses multiples facettes. L’humain se fait un modèle du monde et de la place qu’il y occupe en fonction de ses apprentissages. Si ceux-ci reposent sur des mythes, on peut être assuré de son besoin de croyance, un comportement acquis. Quant à vouloir changer le monde globalement, c’est une utopie. Il faut s’occuper du nôtre, le protéger et le sécuriser contre l’envahissement du Même étranger, incompatible. Cela dit, on doit débuter par l’abrogation du cours ÉCR, le retour de la charte de la laïcité, abroger l’alinéa 319(3)b) du Code Criminel du Canada et mettre fin au financement des institutions qui propagent l’absurde tel que la théologie. Ce n’est certainement pas par l’entremise des religions, les vecteurs des virus de la haine des femmes, de l’homophobie, de la destruction de la sexualité, de la haine du corps humain, du bonheur dans des mondes imaginaires, etc., etc., etc., qu’on y parviendra.

    • Michel Belley dit :

      @Pierre Gosselin
      Dire que l’humain croit n’est pas qu’un constat pratique. C’est une réalité. Plusieurs athées croient aux droits humains, à l’égalité homme/femme, à l’égalité entre les races, etc. La science ne dit rien sur ces sujets, puisque la science reconnait les différences entre les individus. Une femme peut enfanter, un noir a certains allèles de ses gènes reliés à la couleur de la peau qui sont différents des blancs.

      Le cerveau de la femme est en moyenne 10% plus petit que celui de l’homme. En se basant là-dessus, on pourrait conclure à la supériorité de l’homme… C’est la même chose avec les races. Les noirs sud-africains et les aborigènes d’Australie ont des cerveaux plus petits. Mais la plupart des pays ont décidé de leur donner les mêmes droits, parce que nous croyons à l’égalité des droits. Même un handicapé mental ou un vieillard atteint d’Alzheimer peut voter.

      On a établi des lois et des règles qui ne sont pas scientifiques. Ce sont des constructions sociales au même titre que les religions, les cultures et les différentes idéologies. Nos lois et règles sont l’équivalent d’une religion (sans dieux), et nous croyons avoir développé de bons principes, et plusieurs croient qu’ils sont universels, ce qui n’est pas le cas. Je vous recommande le best-seller écrit par Harari, Sapiens:une brève histoire de l’humanité.

      Ce que j’ai écrit peut sembler choquant, mais se baser sur la science peut mener à certaines dérives idéologiques, comme la croyance en une race supérieure, ou la croyance qu’on devrait tenter de favoriser certaines mutations pour augmenter l’intelligence humaine parce que c’est ce que la nature a fait pour qu’on devienne une espèce intelligente.

      L’humanisme est aussi un mouvement religieux, au sens où il est idéologique et philosophique. La science n’a rien à dire sur cette façon de voir le genre humain. Quant au féminisme radical, il est anti-scientifique puisqu’il rejette toutes les découvertes récentes en psychologie expérimentale. Ce féminisme défend un mythe des origines, une espèce de paradis terrestre où tous étaient pratiquement égaux dans les tribus de chasseurs/cueilleurs (Ex. les amérindiens), avec la domination de l’homme comme péché originel, et l’élimination des genres et l’éducation comme voies de libération. C’est un bel exemple d’idéologie qui se rapproche de la religion bouddhiste, religion sans dieu souvent analysée comme une philosophie.

      • Yves Bienfait dit :

        Tout à fait d’accord (voir mon explication sociologique de la théologie plus haut)

        La science nous donne une vision rationnelle des mécanismes naturels, mais où toute morale est proscrite. (Il ne serait pas « juste » qu’un cataclysme cosmique détruise notre planête, ce serait juste (Leblanc) ainsi.

        L’ordre social n’est pas naturel, bien que répondant à des mécanismes sociaux (naturel ?) qui nous échappent la plupart du temps.

        L’humanisme est ainsi une aspiration quasi anti-naturelle (quoi que)

        Je dirais qu’en tant qu’athée ou agnostique prononcé, l’humain doit se déterminer quant au sens de son existence. Il a le choix : Se choisir une vie la moins désagréable possible le temps de sa courte existence est sans doute la voie la plus raisonnable. Mais peut se décliner en plusieurs sous doctrines : Vie meilleure pour soi ou pour son clans en écrasant ses voisins, ou tenter une approche plus globale (humanisme) associant tant que faire se peut l’ensenble de l’humanité, voir même la nature dans son ensemble.

        Mais ce n’est qu’un choix, pas un déterminisme naturel (quoi qu’on en pense mythologiquement quant à un darwinisme dévoyé)

      • Marco DeRossi dit :

        Monsieur Belley, vous confondez  »croire » (conviction irrationnelle) avec  »espoir » (équité et justice sociale). Les droits humains n’ont RIEN à voir avec l’idée de donner de la vraisemblance à une entité indéfinissable (DIEU).

  4. David Rand dit :

    @ Michel Belley
    Monsieur Belley, dans votre premier commentaire (2017-02-11) c’est une énorme dose de relativisme que vous nous servez, avec des à-côtés de complaisance et de fatalisme. La religion est inévitable, dites-vous. Nous croyons tous, dites-vous. Les religions ne sont pas vraiment différentes des très nombreuses et très répandues autres croyances infondées, dites-vous.

    Vous refusez de donner une définition claire de la religion. Les mots vagues servent à attiser la confusion et sont souvent à la base des discours obscurantistes. Toute définition de religion doit forcément inclure l’aspect surnaturel. Sans le surnaturel, il ne s’agit pas d’une religion — peut-être une para-religion, une pseudo-religion, une idéologie qui resemble un peu à une religion ou s’en inspire, mais pas une religion au sens strict.

    Vous négligez complètement l’aspect-clé de la question : la morale, surtout pour les théismes, en particulier les trois monothéismes abrahamiques. Ces monothéismes sont des pseudosciences de la morale. C’est-à-dire qu’ils prétendent détenir une expertise exclusive en matière de morale, tandis que cette prétendue expertise est infondée. La science n’a pas cette prétention.

    Votre discours ressemblent beaucoup aux excuses qui ont été fournies en 2006 lorsque Les Sceptiques du Québec ont pris la décision irrationnelle de supprimer la laïcité de leur déclaration de mission. Une décision qui était, à mon avis, d’une incohérence et d’une lâcheté intellectuelles abjectes. Ne pas reconnaître l’importance de la laïcité, en particulier la laïcité du système scolaire, c’est accepter que n’importe quelle foutaise religieuse — comme la Scientologie par exemple — soit enseignée dans les écoles publiques aux frais des contribuables. Et c’est la situation actuelle : le programme Éthique et culture religieuse fait précisément cela. Les foutaises qui y sont enseignées n’incluent pas encore la Scientologie (mais rien de l’empêche), mais le programme inclut déjà des trucs aussi mauvais et même pire.

    Dans votre deuxième commentaire (2017-02-24), vous poursuivez…

    Vous parlez, encore une fois, de religion sans utiliser une définition suffisamment claire. Un mouvement idéologique ou philosophique n’est pas religieux s’il n’intègre pas une ou des croyances surnaturelles. Le capitalisme et la démocratie ne sont pas des religions. Le marxisme n’est pas une religion non plus, mais on pourrait l’appeler une para-religion, surtout dans ses dérives les plus extravagantes comme le stalinisme, car on y voit plusieurs aspects du monothéisme : dictateur adulé et omnipuissant, perfection à atteindre dans un avenir incertain, morale manichéenne, etc.

    Vous utilisez un argument de type homme-de-paille pour rejeter toute contribution de la science à la morale. Vous répondez au fait à l’assertion que la science doit être la seule base de la morale, mais personne n’a dit cela. En tout cas, moi, je ne connais personne qui prétende que la morale doit être dictée par la science et que par la science. Au contraire, ma position — et je pense que les membres de l’association LPA seraient d’accord avec moi –, c’est que la morale doit tenir compte de la science et être compatible avec elle. Par exemple, s’il y a des preuves scientifiques suffisamment solides que le condom freine de façon significative la contagion des MTS, alors promouvoir l’utilisation du condom est moralement recommandable et s’opposer à son utilisation est moralement inacceptable à moins de fournir une bonne alternative.

    Vos exemples ne prouvent pas grand-chose. Prétendez-vous que le volume d’un cerveau soit une mesure précise de l’intelligence ? Ce n’est qu’un critère parmi tant d’autres. Si le féminisme « radical » (c’est votre terme ; moi je dirais plutôt le féminisme de IIIe vague) est anti-scientifique, alors ce féminisme est faux et il faut en faire la critique au lieu de s’en servir pour blanchir les religions. De la même manière, si la psychologie clinique, la sociologie, les sciences sociales, etc. comportent des aspects pseudoscientifiques, encore une fois il faut en faire la critique afin d’améliorer ces disciplines.

    Les religions sont les pseudosciences par excellence, des modèles de ce qu’il ne faut pas faire. Si dénoncer ouvertement et franchement les religions n’étaient pas un si grand tabou, il serait plus facile de critiquer aussi les para-religions et les autres pseudosciences. Mais votre discours dédouane les religions.

    • Marco DeRossi dit :

      M.Belley,

      Vous faites de la dissonance conceptuelle, l’on ne peut pas croire aux droits humains, à l’égalité des sexes ou à l’égalité des races.

      Le verbe croire, dans son sens étymologique pur, correspond à donner de la vraisemblance à des conceptions dénuées de puissance explicative tout en n’étant supportées par aucune évidence.

      La théologie n’a pas de fondement tout comme l’astrologie.

  5. phrenocarpe dit :

    1- « Dire que l’humain croit n’est pas qu’un constat pratique. C’est une réalité».
    Il est dit que c’était «nullement une propriété intrinsèque», en clair, que ce n’est pas dans ses chromosomes. Que plusieurs humains croient est un constat, un fait bien réel. Vous associez «le concept de réalité» à «croyance comme telle» alors qu’il faut l’associer avec «sa prévalence».

    2- «Plusieurs athées croient aux droits humains, à l’égalité homme/femme, à l’égalité entre les races, etc.».
    Plusieurs non athées y croient aussi. En conséquence il y a un certain nombre résiduel qui n’y croient pas.

    3- «La science ne dit rien sur ces sujets, puisque la science reconnaît les différences entre les individus».
    La prémisse est vraie. La justification est fausse, elle n’est autre que la vôtre, car ce n’est pas du domaine d’application de la science.

    4- «Une femme peut enfanter, un noir a certains allèles de ses gènes reliés à la couleur de la peau qui sont différents des blancs».
    Des évidences. Mais quel rapport avec ce qui précède?

    5- «Le cerveau de la femme est en moyenne 10% plus petit que celui de l’homme. En se basant là-dessus, on pourrait conclure à la supériorité de l’homme… C’est la même chose avec les races. Les noirs sud-africains et les aborigènes d’Australie ont des cerveaux plus petits. Mais la plupart des pays ont décidé de leur donner les mêmes droits, parce que nous croyons à l’égalité des droits. Même un handicapé mental ou un vieillard atteint d’Alzheimer peut voter».
    Cette affirmation me semble tendancieuse, on n’est pas loin du nazisme ou de l’eugénisme.

    6- «On a établi des lois et des règles qui ne sont pas scientifiques».
    Les lois et règles de la société peuvent bien s’inspirer des méthodes de la science mais n’en sont en aucun cas tributaires.

    7- « Ce sont des constructions sociales au même titre que les religions, les cultures et les différentes idéologies».
    Absolument pas. Les lois et règles se fondent sur les comportements, droits et libertés fondamentaux de l’humain, à tout le moins, au niveau de compréhension et d’évolution de la société considérée. Les religions se fondent sur une croyance mystique sans rapport avec le réel. Leurs diktats sont toujours en contradiction avec le monde naturel, donc la science. Elle le sont avec les lois et règles sociales lorsqu’elle n’ont pas réussi à les y faire intégrer.

    8- « Nos lois et règles sont l’équivalent d’une religion (sans dieux), et nous croyons avoir développé de bons principes, et plusieurs croient qu’ils sont universels, ce qui n’est pas le cas».
    Il ne faut pas mélanger équivalence et similitude, je répète, il n’y a aucune équivalence entre lois sociales et religion. De plus, les lois et les religions ne sont en aucun cas universels, tous sont tributaires de la société dans lesquels ils naissent. Ils sont fonction de l’histoire des peuples. Seule la science peut prétendre à l’universalité car il n’y a qu’une seule nature, un seul monde réel commun à tous.

    9- «Ce que j’ai écrit peut sembler choquant, mais se baser sur la science peut mener à certaines dérives idéologiques, comme la croyance en une race supérieure, ou la croyance qu’on devrait tenter de favoriser certaines mutations pour augmenter l’intelligence humaine parce que c’est ce que la nature a fait pour qu’on devienne une espèce intelligente».
    Comme au deuxième paragraphe, l’eugénisme fait son apparition. La science ne mène à aucune dérive idéologique. Seuls les agitateurs, les démagogues, les fascistes, les anti-lumières, les religions et assimilés font de faux syllogismes en ce sens. Seule une idéologie, ce qui n’est pas de la science, peut utiliser un fait naturel et l’exploiter dans le sens qui lui plaît. À titre d’exemple, interdire le contrôle des naissances ou encore l’homosexualité sous le prétexte que c’est contre nature, l’obsession des religions.

    10- «L’humanisme est aussi un mouvement religieux, au sens où il est idéologique et philosophique. La science n’a rien à dire sur cette façon de voir le genre humain».
    D’un point de vue général, l’humanisme est une [doctrine] morale reconnaissant à l’homme la valeur suprême (elle s’oppose ainsi tant au fanatisme religieux qu’à l’étatisme politique, qui voudrait sacrifier l’individu à la raison d’État). L’humanisme n’est pas un mouvement religieux !

    11- «Quant au féminisme radical, il est anti-scientifique puisqu’il rejette toutes les découvertes récentes en psychologie expérimentale. Ce féminisme défend un mythe des origines, une espèce de paradis terrestre où tous étaient pratiquement égaux dans les tribus de chasseurs/cueilleurs (Ex. les amérindiens), avec la domination de l’homme comme péché originel, et l’élimination des genres et l’éducation comme voies de libération. C’est un bel exemple d’idéologie qui se rapproche de la religion bouddhiste, religion sans dieu souvent analysée comme une philosophie».
    Qu’est-ce que le féminisme vient faire ici, associé au bouddhisme? Ce que vous dites me semble incongru. Pour introduire et associer des concepts sans rapports, vous êtes sans pareil. Vous vous dispersez, on est loin du besoin de croire.

    • Yves Bienfait dit :

      Bon, je ne suis pas d’accord (7, 8 & 10)… (voir mon commentaire tout en haut sur la socio)

      Les cultes modernes, dont la démocratie, l’humanisme, ne sont pas si éloignés des religions traditionelles. Elles ont simplement moins tendance à souscrire à des thèses surnaturelles.
      Pour la socio., « le totem est le miroir déformant dans lequel mle groupe se regarde lui-même » (vox populi, vox deï : compris totem démocratique ou humaniste justement !
      Les lois démocratiques seraient en fait plus « totémiques », s’entend plus révélatrice de l’ « Etat d’Esprit » de la communauté.

      Si la science (sociologique) peut expliquer en quoi la part d’irrationnel en l’humain influe irrationellement sur son auto évaluation, et surtout comment. Et l’humanisme est irrationnel (mais « raisonnable »).

      Pour le reste, la critique me semble pertinente..

  6. Michel Belley dit :

    Certaines personnes ci-dessus me demandent une définition du terme religion. C’est un problème, parce que la définition de religion a évolué et s’est énormément complexifiée depuis qu’elle n’est plus basée que sur les religions abrahamiques. L’addition du bouddhisme, une religion sans dieu, de l’hindouisme et des spiritualités amérindiennes a complètement « fucké » la définition ancienne: « ensemble des croyances, de dogmes et de pratiques rituelles qui expriment le rapport de l’humain à la divinité. »

    Je vous donne ci-dessous une définition qu’on a eue dans le cadre d’un cours à l’Université de Montréal. Cette définition permet d’inclure énormément de choses dans la définition de religion, comme les idéologies, la culture, les sectes, etc. Et elle est aussi très critiquable. En science, on aime les termes bien définis, mais la religion n’est pas un de ces termes bien définissables. La frontière entre idéologie et religion est aussi indéfinie. Quand est-ce qu’une idéologie défendue par son gourou devient religion? Quand ce gourou meurt et qu’on se met à commémorer annuellement le jour de sa mort? Ou quand on en fait l’équivalent d’un saint ou d’un martyr?

    « Définition opératoire (utile) et temporaire de «religion» pour ce cours :
    • des dispositifs de savoirs-pouvoirs (Foucault), une norme, une construction (Butler);
    • qui correspondent à un domaine de la vie (point de vue occidental);
    • ainsi que leurs impacts dans des corps/sujets qui performent ces dispositifs;
    • que les personnes impliquées définissent elles-mêmes comme «religion»;
    • qui s’inscrivent dans un ensemble «de réseaux intrareligieux et extrareligieux de relations
    culturelles» (Kwok pui-lan) (tel que mentionné : le religieux ne se situe pas au-dessus de la
    culture, chacune des traditions religieuses est multiple, leurs frontières sont poreuses). »

    • Yves Bienfait dit :

      Oui, de Durkheim à Weber et les suivants, la question de la définition de la religion a été longtemps entâchée par les définitions antérieures monothéistes.
      Avant il n’y avait qu’une religion valable : La chrétienté. Tout le reste n’était que paganisme, superstition et hérétisme. Eventuellement, les cultes antiques (et précolomiens) avaient voie au châpitre, voir les cultes faisant reliion d’Etat dans cetaines partie du monde.
      Avec l’anthropologie, les cultes primitifs se sont vus reconnaître une certaine « sacralité », mais en les nommant plus cultes que « religions » pour ne pas trop faire polémique (pas de rupture épistémologique franche).

      La sociologie a eu du mal à sortir de ces présupposés : Notamment de la dicotomie présupposée entre « sacré » et « profane ». Ce en raison sans doute de l’affrontement entre la laïcité démocratique (préssuposément profane) et le religieux (dit sacré par auto-définition excluant tout autre mouvement social de cette noble fonction par exclusivité religieuse)
      Pourtant, la socio a reconnu d’emblée le caractère « sacré » accordé par les sociétés modernes à certaines valeurs présupposément profanes (en politique, mais aussi dans les arts, la culture, le sport, l’entreprise ou l’armée…)

      Pourtant Durkheim lui-même explicait que dans une tribu composée de plusieur clans totémiques, les choses sacrées pour un clan étaient nécessairement profane pour les autres clans et réciproquement.
      Bref, les choses ne sont pas intrinsèquement sacrées ou profanes en elles mêmes, mais toutes sacrées ET profanes, mais différemment suivant tels ou tels membres d’un clan ou d’un autre.

      C’est juste que le social est une sorte de tribu élargie où beaucoup de totems sont célébrés (la différence avec les primitifs, c’est que les gens modernes peuvent adhérer à des clans différents (On peut être catholique, socialiste, humaniste, rationaliste (eh oui même), fan du PSG, de Ferrari ou des Beatles, etc. tout à la fois, indépendamment des autres membres de chaque clan).

      Bref ce qui est sacré ou profane pour un socialiste ne l’est pas nécessairement pour un libéral, un catholique, un fan de Harley, de Maryline Monroe, un suprémaciste blanc. Les chose sont sacrées totem par totem : il n’y a aucun sacré universel, ni aucun profane universel.

      Alors, certes ! La plupart des sociologues préfèrent ne pas trop donner de définition claire à la religion (allez donc dire à un patron, catholique par ailleurs, que son entrempise est une sorte de religion (que ça fonctionne avec les même mécanismes sociaux), ça ne le fait pas. Idem allez donc dire aux athées que leur mouvement siprituel (Esprit Rationnel) est une sorte de religion. Alors que dans le fond tout ceci marche pareillement sur la « sacralisation » de certaines valeurs. Donc ils préfèrent parler d’idéologies, mais sans trop être dupes de cette litote diplomatiquement pragmatique)

  7. Michel Belley dit :

    1) Dogmes et croyances

    Quand j’ai parlé des droits de la personne, je n’aurais pas dû utiliser seulement le terme de croyances, mais plutôt celui de dogmes. Notre société regorge de différents dogmes, que les gens admettent sans les remettre en question, de la même façon que certains dogmes religieux.

    Des exemples: l’égalité des humains, hommes et femmes, et de toutes les races. Le passage à l’âge adulte à 18 ans, avec droit de vote et de prendre de l’alcool, et qui implique une inégalité des adolescents et des adultes, pourtant tous humains. Les arrêts obligatoires aux feux rouges (même s’il n’y a aucun véhicule en vue dans toutes les directions). On pourrait additionner le capitalisme, la loi du marché, les droits de l’homme, etc.

    Nos lois sont exactement comme un ensemble de dogmes religieux, qu’on observe scrupuleusement. Les remises en question sont souvent très difficiles et demandent des efforts considérables, sur des années. Mais il est vrai que ce procédé est plus rapide que pour les dogmes religieux.

    2) La croyance, propriété intrinsèque de l’humain.

    L’enfant va apprendre ce que les adultes lui disent sans les remettre en question. C’est l’éducation. Cette remise en question peut se faire si l’enfant expérimente quelque chose qui le met devant une contradiction, ou si d’autres personnes remettent en question ce que le premier adulte lui a dit. Mais toute remise en question va dépendre énormément de la confiance qu’il a mise dans ce premier adulte, celui qui a fait la première affirmation.

    L’esprit critique n’est pas facile à développer. Il ne se développe souvent que quand on est mis face à un ensemble de points de vue différents. Une personne élevée avec la croyance en dieu, mais qui n’a jamais rencontré de personne crédible remettant cette croyance en question, continuera de croire pendant longtemps. Il lui faudra probablement une expérience traumatisante pour remettre en question cette croyance, mais elle risque fort de seulement changer sa définition des attributs de son dieu.

    En psychologie, on sait depuis longtemps que le premier réflexe de l’humain devant une affirmation quelconque est de prendre pour acquis qu’on lui dit la vérité. On se met donc automatiquement en mode croyance, surtout devant une source d’information qu’on à laquelle on accorde sa confiance. La remise en question, la critique et la vérification des faits ne viennent pas automatiquement dans ces cas-là. L’humain a un fort côté crédule, et c’est d’ailleurs ce qui lui permet d’apprendre. Il est impossible pour une personne de tout vérifier constamment. Notre monde est trop complexe et notre intelligence trop limitée.

    Alors, au départ, on développe une croyance en ceux à qui on met notre confiance, et à ce qu’ils disent. Plus tard, on développera une croyance envers ceux qui disent ce qu’on veut entendre, et c’est là l’attrait des idéologies et des religions.

    • Yves Bienfait dit :

      Il y a des dogmes qui par définition sont dogmatiques, et dont la remise en cause est à priori blasphématoire quand même.

      Pour les droits sociaux rien n’est définitivement inscrit dans le marbre : Les droits des noirs, des femmes des mineurs évoluent, et il est permis d’en discuter aprement (on notera que les dogmes sont généralement du coté des obscurantistes dans les débats). La majorité put ainsi passer de 21 à 18 ans, les femmes pouvoir voter etc. etc..
      Parler de dogmes est un peu outrancier (encore une fois on peut en parler, alors qu’il n’est en général pas question de discuter des dogmes religieux – ils tombent juste quand ils deviennent vraiment trop ridicules auprès de la société civile qui évolue plus vite, mais en général en catimini : on feint plus de les oublier, qu’on ne les revendique explicitement caduques).

      Les dogmes reposent plus sur une parole unique sacralisée, que sur un débat ouvert.
      Il ne faut pas confondre consensus social transitoire, même étalé dans le temps, et dogmes a priori incontestables.

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